La vague Trump, témoin du malaise démocratique

La marche du monde on 10 Mar , 2017

Le mardi 8 novembre dernier, l’Amérique a choisi son 45ème président : le milliardaire et très polémique Donald Trump. Le 20 janvier dernier, le Président américain le moins aimé depuis 40 ans, entre à la Maison Blanche, alors que des manifestations monstres s’organisent partout dans le pays et dans le monde. Cet homme que l’on qualifie de “mégalomane” de “vulgaire”, de “misogyne” et de “xénophobe” et qui n’a aucune expérience politique, est maintenant à la tête de la 1ère puissance mondiale : coup dur pour le modèle démocratique occidental.

Cette victoire fut surprenante, en effet Hillary Clinton, son ancienne concurrente démocrate, était annoncée gagnante par la plupart des sondages, des spécialistes et des médias du monde entier. Selon le site The Hill, seulement 3 % des quotidiens américains soutenaient le magna de l’immobilier. Comment a-t on pu se tromper de la sorte ?

Donald parle à ses supporters lors de la campagne, à Prescott Valley, Arizona. (Source : Gage Skidmore)

Si nous nous sommes trompés, c’est que nous : gens des médias (de la presse ou de la télé) ou personnes classées comme “intellectuelles” faisons partie d’une élite bien-pensante de la démocratie, qui se rapproche plus des idées de Clinton et de Washington, que de la vision populiste et sans complexes de Trump. Pour tous, une victoire de cet OVNI de la politique était complètement de la science-fiction. C’est pourtant bel et bien Lui qui a été élu, lui l’anti-establishment dénonçant le décalage de Washington et des ses élites, que représentent les Clinton, par rapport au peuple américain.  C’est justement ce peuple oublié de l’Amérique qui a rendu possible la victoire de l’actuel locataire du bureau ovale. Toute la région centrale des USA a voté pour le candidat républicain, les régions généralement les plus rurales et moins développées économiquement du pays, où l’industrie est à l’agonie. C’est ce ras-le-bol de la politique et du pouvoir de Washington qui a fait gagner le candidat “anti-système” Trump, exemple de la faillite du système politique moderne et de ses élites déconnectées de la réalité, non représentatives du peuple qu’elles ne comprennent plus ; c’est du moins ce que dénonce M.Trump.

Cette mentalité inquiète partout dans le monde : les citoyens qui rejettent ce que l’on pensait acquis pour et par la démocratie et le bien commun : le Brexit au Royaume Uni, les accords de paix avec la FARC rejetés par référendum en Colombie, la volonté du Burundi et de l’Afrique du Sud de quitter la Cour pénale internationale etc. de plus, on voit de plus en plus de pays séduit par un autoritarisme, principalement de droite, comme en Europe de l’est avec la Pologne, la Hongrie et toujours la Russie.

La polémique œuvre street-art de Mindaugas Bonatu, représentant Donald trump et Vladimir Poutine à Vilnius (Lituanie). (Source : ecrf)

Ainsi, en France, le journal Le Monde publiait dans son numéro du 8 novembre 2016 une étude révélant “la grande fatigue démocratique des Français. Selon ce sondage réalisé par l’IPSOS-SOPRA STERIA, le Monde, l’Institut Montaigne et Sciences Po, 32 % des sondés estiment que “d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bon que la démocratie”. De plus, 20 % des personnes interrogées plébiscitent un régime autoritaire, selon eux, “les citoyens ont, en démocratie, trop de droits et pas assez de devoirs”. Cela explique la montée, depuis plusieurs années, des extrêmes principalement à droite avec le Front National de Marine Le Pen. D’anciens modérés surfent sur cette vague populiste, d’où la dérive identitaire et démagogique de l’ancien candidat à la présidence Sarkozy qui met en avant une prétendue “identité nationale” ; ou encore la grossièreté trumpiste assumée du “Républicain” Patrick Balkany, particulièrement envers les journalistes. Cette volonté transparaît aussi dans la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, que certains qualifient de “réac”, marqué par des valeurs traditionnelles chrétiennes. Ce même candidat qui, empêtré dans des affaires, scande au “complot politique” et pointe du doigt les médias et même la Justice. Tout comme lors de la campagne de l’actuel Président américain. La présidentielle en France de 2017 risque de suivre le modèle américain, avec ses abus et ses dérives. Ainsi le débat français, au lieu de parler de véritables problèmes, s’est concentré sur la burkini ou bien la dose de frites dans les cantines…

Trump, rentré à la Maison Blanche ce 20 janvier, représente à lui seul l’autodestruction de la démocratie occidentale par la haine, la bêtise et la démagogie populiste. Le phénomène Trump s’exporte déjà partout dans le monde, il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir de notre si chère démocratie…

Bouhier Pierre