Ce film qui donne de la couleur à nos sentiments

Quand le programme tv m’a informée que La Couleur des Sentiments passait à la télé à 21 heures, j’ai su que je ne me coucherai pas de bonne heure ce soir-là car ce film est, de loin, un de mes préférés.

L’histoire se déroule dans les années 60 dans le Mississipi, en la ville de Jackson, dans un quartier tranquille habité par des ménages exclusivement blancs. On entre dans la vie de ces femmes, toujours impeccables quant à leurs tenues, leur mobilier moderne ou leur comportement, qui mènent leur quotidien avec l’aide de leurs indispensables bonnes, noires évidemment.
Skeeter, une blanche élevée dans ce modèle de vie ne veut pas de cette vie dictée par les jacasseries des voisines. Elle souhaite devenir écrivaine ou journaliste alors qu’elle serait en âge de se marier et d’avoir des enfants. Skeeter décide de recueillir les témoignages de toutes ces femmes de couleurs qui élèvent les enfants des blancs et dont la reconnaissance se limite au petit salaire mensuel qu’elles reçoivent. Elle publiera anonymement et avec l’aide de treize bonnes, un livre intitulé The Help (Les Bonnes), racontant les histoires et les petites anecdotes de toutes ces femmes.
A sa sortie, les lecteurs se questionnent : Ce livre qui dénonce les inégalités raciales avec tellement de justesse a-t-il vraiment été écrit par un habitant de Jackson ?

On ne peut que s’attacher aux différents personnages tels que Skeeter, la jeune femme ambitieuse qui veut voir les choses changer, la douce Aibeleen qui apprend aux enfants qu’elle élève, que chacun d’eux est important, ou la rustre Minny, la bonne qui n’a pas froid aux yeux. On arrive même ressentir de la pitié pour l’odieuse madame Ellie, amie de Skeeter, qui considère que les bonnes devraient avoir des toilettes attitrées… au fond du jardin ! Selon elle, les gens de couleurs salissent la pureté de sa blancheur, ce qui est le fruit de l’éducation raciste qu’elle a reçue.
J’ai particulièrement aimé le personnage de Célia, la jolie et voluptueuse femme. Elle a épousé un homme riche qui appartient à une classe supérieure par rapport à elle. Elle emploie la bonne Minny, sans que son mari ne soit au courant, pour que celui-ci pense que sa femme peut tenir une maison seule et être ainsi la conjointe idéale. Cette dernière n’est pas au courant des « normes et usages » concernant les relations entre blancs et noirs, elle considère donc Minny comme son égale et se lie d’amitié avec elle. Celle-ci lui apprendra tous ses savoirs culinaires et lui transmettra notamment sa fameuse recette de la tarte au chocolat. Ce personnage, incarné par Jessica Chastain, est rempli d’humour. Elle est pétillante, humaine quoique naïve quant à l’idéologie raciste de son nouveau milieu social.

Ce film permet de comprendre ce qu’ont vécu les femmes noires il y a à peine un demi-siècle, la manière dont elles sont traitées par les blancs ou la difficulté de s’exprimer quant à leurs conditions de travail, de peur de perdre leurs emplois. Il dénonce le racisme qu’elles endurent, la ségrégation raciale aux Etats-Unis et la xénophobie maladive dont peuvent être atteints certains blancs éduqués ainsi.
L’écriture du livre The Help par Skeeter est un acte courageux car à l’époque, il était très mal vu de défendre les droits des gens de couleurs et de prôner l’égalité. Autre exemple, Rosa Parks est devenue l’une des plus grandes figures de la lutte anti-ségrégation américaine. En effet, elle a refusé de se plier aux ordres racistes (mais communs à l’époque) alors qu’on lui imposait de céder son siège à un blanc dans un bus. Selon moi, il s’agit de ces petits évènements qui contribuent à défendre une cause et ainsi, de changer les choses politiquement.

En 2008, les Etats-Unis ont élu pour la première fois un président noir, Barack Obama, ce qui est un progrès énorme pour les minorités du monde entier. Un autre film, Le Majordome, raconte l’histoire d’un homme noir, Cécil, travaillant en tant que domestique à la Maison Blanche. Ces deux films sont pour moi très importants. Ils nous informent quant aux dures et injustes conditions de vie des personnes de couleurs il y a à peine un demi-siècle et contribuent à dénoncer la folie que certaines personnes, par peur de leur voisin, peuvent commettre.
Cependant, aujourd’hui, les américains ont élu un président blanc nommé Donald Trump, qui a pour programme de remettre en question ces progrès humains pour les minorités du monde entier, cela inclut-il un retour en arrière ? A suivre !

Le livre et le  film, adapté du roman, peuvent être empruntés au CDI !

Stockett, Kathryn. La couleur des sentiments. [Livre]. J. Chambon, 01-09-2010. 23 x 15 cm; 1 vol. (525 p.).

Tate, Taylor. La couleur des sentiments. [DVD-vidéo]. DreamWorks Pictures, 2011. 1 DVD-Vidéo; 2h20mn; couleurs.

Lucie Chappet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *