Où sont les filles ? *

Sur l’air de la chanson de Patrick Juvet « Où sont les femmes ? »Résultat de recherche d'images pour "sweat shirt rose j'peux pas j'ai foot"

 

L’actualité adulte planétaire #Meetoo, #Balancetonporc nous a poussés à nous interroger sur les relations filles-garçons dans notre vie quotidienne de jeunes collégiens de 4ème : nous nous sommes demandé où sont les filles, dans notre espace vital marqué par le genre masculin.

Où sont les filles ?

Dans des cases pré-formatées, de la toute petite enfance à l’âge pubère, le nôtre. Des cases roses à paillettes…  aux allures de cages.

Cage n°1 : la cour de récréation

« Une fille, ça ne joue pas au foot ! »

Ylliana, une copine de 5ème, illustre notre enquête parce qu’elle est l’une des (trop) rares filles du collège à jouer au foot dans la cour de récréation. De plus, elle arbore un sweat-shirt rose sur lequel on lit « J’peux pas, j’ai foot ». On l’a donc érigée en mascotte Girl Power de notre collège 😉

Nous nous sommes penchés sur ces stéréotypes dont nous sommes victimes depuis notre naissance : « Non, les filles ne jouent pas au foot. » Pourtant, dans notre collège, on ouvre la section sport-étude foot aux filles. Elles ne sont que deux inscrites, Axelle et Lilou. Mais elles se défendent comme des garçons ! Oups : et voilà, nous sommes tombés dans le cliché de la représentation, définition même du stéréotype. Cela ne nous empêche pas de nous mettre en colère quand nous constatons que les médias jouent le jeu de cette sous-représentation des filles dans le monde du football professionnel : Soukaïna nous dit : « La coupe du monde de football (garçons, s’il fallait le préciser) a été suivie par le monde entier, tout le monde était dans la rue, faisait la fête, était content. Alors que, pour celle des filles, personne, pas un chat ! »

« Elles ont gagné ? » demande Matys, l’exemple type du garçon qui ne s’intéresse pas au football féminin. Normal, il fait du rugby… « C’est normal que les filles ne jouent pas au foot, c’est pas elles qui l’ont inventé : ce sont les hommes, les prisonniers à qui on coupait les mains et qui ont imaginé un jeu qui se joue avec les pieds », s’agace Roman. Brr : drôle d’histoire…

« Cette inégalité s’exerce à un très haut niveau dans l’e-sport où les filles –les femmes- sont refusées non pas parce qu’elles n’ont pas le niveau requis, mais parce que ce sont des femmes et que leur présence pourrait donner une mauvaise cohésion de groupe ! ajoute Cellou. Normalement, ce sont des jeux vidéo mixtes, les rencontres non virtuelles ont lieu sous forme de tournois, dans différentes villes, mais certains clubs n’acceptent pas les filles, pour la raison que je viens de dire. »

Cage n°2 : l’espace public

« La femme est l’avenir de l’homme » mais le regard de l’homme la prive de son présent

Nous, filles, ne pouvons pas vivre aussi libres que les garçons, sous prétexte que nous ne devrions pas perturber le regard de ces  garçons ! Comprenez : ils doivent pouvoir nous regarder sans être provoqués.  Pourquoi n’aurions-nous pas le droit de porter des jupes, des robes, des shorts (au collège ou dans la rue) ? Au collège, un petit trou dans un jean de fille, et hop, direction le bureau de la CPE !

Parce que cela choque les garçons ? Nous ne pouvons pas porter de vêtements au-dessus du genou, mais les garçons, eux, ont le droit de porter des shorts… En été, porter un jean par 36 degrés C, cela ne plairait pas aux garçons ! Nous, on doit se changer au moindre regard noir, parce que nous devons nous soumettre au regard des passants. Des passants masculins (comme quoi, le masculin l’emporte sur le féminin au-delà de la règle de grammaire…)… Nous n’avons pas ce droit, simplement parce que nous sommes des filles ! Des êtres inférieurs aux garçons.

Cage n°3 : la tradition

Notre éducation elle-même nous rend esclaves des garçons

« Dans ma culture, nous confie Lana –d’origine du Laos-, les tâches ménagères comme la cuisine, le ménage, le service à table, la garde des enfants même, doivent être effectuées par les filles, par les femmes. Pendant que les garçons et les hommes parlent entre eux, jouent, je dois les servir. Mais cela ne me dérange pas, parce que j’ai été éduquée ainsi depuis toute petite. Selon moi, cela serait mal vu qu’une fille ne fasse rien, par exemple, lors d’une fête de famille ; alors que, pour les garçons, s’amuser, ne pas participer aux tâches ménagères, est logique. »

Mahawa, d’origine guinéenne, ajoute : « Si on veut sortir, on doit demander l’autorisation à notre père –à notre mari si on est une femme-. Quand on dit « bonjour » à un homme, on doit s’incliner. Par exemple, quand l’homme nous demande de l’eau à boire, on doit rester accroupie devant lui jusqu’à ce qu’il finisse de boire et qu’il nous donne la permission de nous lever. » Cellou, un élève lui aussi d’origine guinéenne, s’interpose : « Vous le faites vraiment ? Mes sœurs ne le font pas ! » Mahawa et Daloba avouent que leurs mères ne les y obligent pas, mais, quand il y a des invités à la maison, elles s’inclinent et leur donnent l’eau, sans pour autant rester agenouillées en attendant la permission de se lever.

Nous en apprenons, des choses, sur les cultures d’ailleurs ! Maghnia, d’origine algérienne, raconte que, quand il y a des invités à la maison, les femmes doivent préparer le repas dans la cuisine. “Si elles font trop de bruit, même pas beaucoup, c’est un peu mal vu, la honte, ce serait comme mal recevoir ses invités !”  Nadjoie explique que les hommes se tiennent au salon, les femmes n’ont pas le droit de leur porter le repas, ce sont les enfants qui le font : les femmes n’ont pas le droit de paraître dans le salon. Zakaria nous confirme que les femmes ne mangent pas dans la même pièce que les hommes.

En fait, dans certaines cultures, une femme qui ne s’occuperait pas de sa maison, de sa famille, serait considérée comme une mauvaise femme, une « femme de rue ».

Cage n°4 : la maison

Mon frère, ce héros (ou ce zéro ?)

Dans la classe, un petit sondage nous permet de constater que nous, filles, quelles que soient notre culture, notre religion, nous sommes les esclaves de nos frères ! Grands ou petits, ces messieurs nous prennent pour leurs boniches : florilège.

  • Mon frère ne fait pas le ménage, il refuse, c’est moi qui range sa chambre.
  • Mon frère ne range que sa chambre. Moi, j’aide ma mère à la maison : ménage, aspirateur, vitres, lave-vaisselle.
  • Mon frère ne range pas sa chambre, il n’aide pas ma mère, il n’y a que moi.
  • Mon frère ne veut pas aller faire les courses avec ma mère, c’est moi qui suis obligée d’y aller.
  • Mon frère accepte de participer aux tâches ménagères contre une rétribution ou une autorisation : il fait du chantage !

Jana, l’œil critique, s’amuse : « En fait, M’dame, même en dressant cette liste, on tombe dans le cliché puisqu’on écrit que c’est la mère qui fait les courses ou le ménage ! »

Cage n°5 : le genre

A bas les stéréotypes !

Simon, à son tour, profite de la discussion pour s’épancher : « Moi, je ne comprends pas pourquoi les garçons devraient faire du foot, être plus forts, plus grands… Il y a des garçons qui ne peuvent pas entrer dans ces critères, et, normalement, ça ne devrait pas les déranger. Quand j’étais petit, j’avais les cheveux très longs, on me disait que j’étais une fille, c’était gentil. Mais plus on grandit, plus les gens font une différence entre les garçons et les filles : leurs moqueries sont devenues méchantes. J’ai été élevé avec des filles : j’ai deux sœurs. Et j’ai mis longtemps à m’identifier au modèle masculin paternel. Avant, je copiais des attitudes de mes sœurs. J’ai joué à la Barbie, et j’aimais bien My Little Poney. »

« Il y a des filles qui ont des manières de garçons, qui marchent comme des garçons, elles sont critiquées. On a été élevés dans le stéréotype « les garçons jouent aux petites voitures. », intervient Matys. « Ou avec des armes », ajoute Roman. « Ma mère m’a fait faire des tests de danse, de twirling, alors que je voulais faire du basket, du judo. Au final, j’ai fait du foot, mais il a fallu que je le réclame ! », précise Soukaïna.

« Dès qu’on sort des stéréotypes, on n’est plus vraiment ni garçon, ni fille. On ne peut pas être ce qu’on est, sinon on n’est rien, en fait… », conclut Simon.

Cage n°6 : la représentation dans les médias

L’exemple des Youtubers(euses)          

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(MilanoHope)

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(Deujna)

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(Devovo)

Dans le top 10 des Youtubeurs, une seule femme ! Trois dans le top 50. Cela peut s’expliquer par le fait que les youtubeurs les plus connus sont des youtubeurs gaming. Les filles ne s’imposent pas assez, peut-être, dans ce domaine, même si quelques femmes, Deujna, Devovo, MilanoHope, réussissent très bien. Dans l’humour, on trouve des youtubeuses qui percent : Natoo, la plus connue, a 4.786736 abonnés. Elle a été connue grâce à … des hommes : Cyprien, Norman, Squizzie. Une autre, Andy, compte 3.570304 abonnés. Contre 12.786799 pour Squizzie, 11.400463 pour Norman, 12.961951 pour Cyprien.

En fait, l’espace You Tube est ouvert aux filles, mais pour des vidéos maquillage, les tutos « make up »… Si des youtubeurs transgenre, gay se maquillent, chantent, on se moque parce qu’on pense que le maquillage est réservé aux filles…

Cage n°7 : la publicité

Nous ne sommes pas des potiches !

Une pub pour une voiture ? Une fille pour décorer. C’est joli, et ça distrait ces messieurs quand ils vont au salon de l’Auto. La femme est utilisée comme un élément de décoration, elle est donc mise en situation d’infériorité.

Une pub pour un aspirateur ? Une femme pour le tester.

Des pubs qui tentent de déconstruire les clichés : Clémence nous assure que cela existe. Monsieur Propre ? Mais non, c’est l’homme parfait, fort, musclé, qui vient porter secours à qui ? A la ménagère !  Clémence est prête à nous faire un cours sur ces pubs qui déconstruisent les clichés misogynes mais c’est un nouveau débat à ouvrir, une autre fois, dommage…

Alors, où sont les filles ?

Où sont les filles ? Pas à la même place que les garçons. Quand on écoute bien les paroles de la chanson de Patrick Juvet (qu’on a découverte, on avoue qu’elle ne faisait pas partie de notre playlist), on croit comprendre qu’il regrette que les filles -les femmes- puissent porter les cheveux courts, un blouson noir, être libres… Libérées. Mais on n’est peut-être pas doués en analyse des paroles de la chanson de Patrick Juvet… On a envie de lui dire, tout simplement : on n’est pas là où ta chanson nous cherche…

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« Où sont les femmes?

Avec leurs gestes pleins de charme

Dites-moi où sont les femmes, femmes, femmes, femmes, femmes

Où sont les femmes? »

 

Article collectif, rédigé par la classe de 4ème6 du collège George Sand de Châtellerault dans le cadre du concours Zéro Cliché.

 

 

Agnès Dibot

Enseignante de Lettres et animatrice de l'option media.

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