Tous les articles par Agnès Dibot

Enseignante de Lettres et animatrice de l'option media.

Où sont les filles ? *

Sur l’air de la chanson de Patrick Juvet « Où sont les femmes ? »Résultat de recherche d'images pour "sweat shirt rose j'peux pas j'ai foot"

 

L’actualité adulte planétaire #Meetoo, #Balancetonporc nous a poussés à nous interroger sur les relations filles-garçons dans notre vie quotidienne de jeunes collégiens de 4ème : nous nous sommes demandé où sont les filles, dans notre espace vital marqué par le genre masculin.

Où sont les filles ?

Dans des cases pré-formatées, de la toute petite enfance à l’âge pubère, le nôtre. Des cases roses à paillettes…  aux allures de cages.

Cage n°1 : la cour de récréation

« Une fille, ça ne joue pas au foot ! »

Ylliana, une copine de 5ème, illustre notre enquête parce qu’elle est l’une des (trop) rares filles du collège à jouer au foot dans la cour de récréation. De plus, elle arbore un sweat-shirt rose sur lequel on lit « J’peux pas, j’ai foot ». On l’a donc érigée en mascotte Girl Power de notre collège 😉

Nous nous sommes penchés sur ces stéréotypes dont nous sommes victimes depuis notre naissance : « Non, les filles ne jouent pas au foot. » Pourtant, dans notre collège, on ouvre la section sport-étude foot aux filles. Elles ne sont que deux inscrites, Axelle et Lilou. Mais elles se défendent comme des garçons ! Oups : et voilà, nous sommes tombés dans le cliché de la représentation, définition même du stéréotype. Cela ne nous empêche pas de nous mettre en colère quand nous constatons que les médias jouent le jeu de cette sous-représentation des filles dans le monde du football professionnel : Soukaïna nous dit : « La coupe du monde de football (garçons, s’il fallait le préciser) a été suivie par le monde entier, tout le monde était dans la rue, faisait la fête, était content. Alors que, pour celle des filles, personne, pas un chat ! »

« Elles ont gagné ? » demande Matys, l’exemple type du garçon qui ne s’intéresse pas au football féminin. Normal, il fait du rugby… « C’est normal que les filles ne jouent pas au foot, c’est pas elles qui l’ont inventé : ce sont les hommes, les prisonniers à qui on coupait les mains et qui ont imaginé un jeu qui se joue avec les pieds », s’agace Roman. Brr : drôle d’histoire…

« Cette inégalité s’exerce à un très haut niveau dans l’e-sport où les filles –les femmes- sont refusées non pas parce qu’elles n’ont pas le niveau requis, mais parce que ce sont des femmes et que leur présence pourrait donner une mauvaise cohésion de groupe ! ajoute Cellou. Normalement, ce sont des jeux vidéo mixtes, les rencontres non virtuelles ont lieu sous forme de tournois, dans différentes villes, mais certains clubs n’acceptent pas les filles, pour la raison que je viens de dire. »

Cage n°2 : l’espace public

« La femme est l’avenir de l’homme » mais le regard de l’homme la prive de son présent

Nous, filles, ne pouvons pas vivre aussi libres que les garçons, sous prétexte que nous ne devrions pas perturber le regard de ces  garçons ! Comprenez : ils doivent pouvoir nous regarder sans être provoqués.  Pourquoi n’aurions-nous pas le droit de porter des jupes, des robes, des shorts (au collège ou dans la rue) ? Au collège, un petit trou dans un jean de fille, et hop, direction le bureau de la CPE !

Parce que cela choque les garçons ? Nous ne pouvons pas porter de vêtements au-dessus du genou, mais les garçons, eux, ont le droit de porter des shorts… En été, porter un jean par 36 degrés C, cela ne plairait pas aux garçons ! Nous, on doit se changer au moindre regard noir, parce que nous devons nous soumettre au regard des passants. Des passants masculins (comme quoi, le masculin l’emporte sur le féminin au-delà de la règle de grammaire…)… Nous n’avons pas ce droit, simplement parce que nous sommes des filles ! Des êtres inférieurs aux garçons.

Cage n°3 : la tradition

Notre éducation elle-même nous rend esclaves des garçons

« Dans ma culture, nous confie Lana –d’origine du Laos-, les tâches ménagères comme la cuisine, le ménage, le service à table, la garde des enfants même, doivent être effectuées par les filles, par les femmes. Pendant que les garçons et les hommes parlent entre eux, jouent, je dois les servir. Mais cela ne me dérange pas, parce que j’ai été éduquée ainsi depuis toute petite. Selon moi, cela serait mal vu qu’une fille ne fasse rien, par exemple, lors d’une fête de famille ; alors que, pour les garçons, s’amuser, ne pas participer aux tâches ménagères, est logique. »

Mahawa, d’origine guinéenne, ajoute : « Si on veut sortir, on doit demander l’autorisation à notre père –à notre mari si on est une femme-. Quand on dit « bonjour » à un homme, on doit s’incliner. Par exemple, quand l’homme nous demande de l’eau à boire, on doit rester accroupie devant lui jusqu’à ce qu’il finisse de boire et qu’il nous donne la permission de nous lever. » Cellou, un élève lui aussi d’origine guinéenne, s’interpose : « Vous le faites vraiment ? Mes sœurs ne le font pas ! » Mahawa et Daloba avouent que leurs mères ne les y obligent pas, mais, quand il y a des invités à la maison, elles s’inclinent et leur donnent l’eau, sans pour autant rester agenouillées en attendant la permission de se lever.

Nous en apprenons, des choses, sur les cultures d’ailleurs ! Maghnia, d’origine algérienne, raconte que, quand il y a des invités à la maison, les femmes doivent préparer le repas dans la cuisine. “Si elles font trop de bruit, même pas beaucoup, c’est un peu mal vu, la honte, ce serait comme mal recevoir ses invités !”  Nadjoie explique que les hommes se tiennent au salon, les femmes n’ont pas le droit de leur porter le repas, ce sont les enfants qui le font : les femmes n’ont pas le droit de paraître dans le salon. Zakaria nous confirme que les femmes ne mangent pas dans la même pièce que les hommes.

En fait, dans certaines cultures, une femme qui ne s’occuperait pas de sa maison, de sa famille, serait considérée comme une mauvaise femme, une « femme de rue ».

Cage n°4 : la maison

Mon frère, ce héros (ou ce zéro ?)

Dans la classe, un petit sondage nous permet de constater que nous, filles, quelles que soient notre culture, notre religion, nous sommes les esclaves de nos frères ! Grands ou petits, ces messieurs nous prennent pour leurs boniches : florilège.

  • Mon frère ne fait pas le ménage, il refuse, c’est moi qui range sa chambre.
  • Mon frère ne range que sa chambre. Moi, j’aide ma mère à la maison : ménage, aspirateur, vitres, lave-vaisselle.
  • Mon frère ne range pas sa chambre, il n’aide pas ma mère, il n’y a que moi.
  • Mon frère ne veut pas aller faire les courses avec ma mère, c’est moi qui suis obligée d’y aller.
  • Mon frère accepte de participer aux tâches ménagères contre une rétribution ou une autorisation : il fait du chantage !

Jana, l’œil critique, s’amuse : « En fait, M’dame, même en dressant cette liste, on tombe dans le cliché puisqu’on écrit que c’est la mère qui fait les courses ou le ménage ! »

Cage n°5 : le genre

A bas les stéréotypes !

Simon, à son tour, profite de la discussion pour s’épancher : « Moi, je ne comprends pas pourquoi les garçons devraient faire du foot, être plus forts, plus grands… Il y a des garçons qui ne peuvent pas entrer dans ces critères, et, normalement, ça ne devrait pas les déranger. Quand j’étais petit, j’avais les cheveux très longs, on me disait que j’étais une fille, c’était gentil. Mais plus on grandit, plus les gens font une différence entre les garçons et les filles : leurs moqueries sont devenues méchantes. J’ai été élevé avec des filles : j’ai deux sœurs. Et j’ai mis longtemps à m’identifier au modèle masculin paternel. Avant, je copiais des attitudes de mes sœurs. J’ai joué à la Barbie, et j’aimais bien My Little Poney. »

« Il y a des filles qui ont des manières de garçons, qui marchent comme des garçons, elles sont critiquées. On a été élevés dans le stéréotype « les garçons jouent aux petites voitures. », intervient Matys. « Ou avec des armes », ajoute Roman. « Ma mère m’a fait faire des tests de danse, de twirling, alors que je voulais faire du basket, du judo. Au final, j’ai fait du foot, mais il a fallu que je le réclame ! », précise Soukaïna.

« Dès qu’on sort des stéréotypes, on n’est plus vraiment ni garçon, ni fille. On ne peut pas être ce qu’on est, sinon on n’est rien, en fait… », conclut Simon.

Cage n°6 : la représentation dans les médias

L’exemple des Youtubers(euses)          

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(MilanoHope)

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(Deujna)

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(Devovo)

Dans le top 10 des Youtubeurs, une seule femme ! Trois dans le top 50. Cela peut s’expliquer par le fait que les youtubeurs les plus connus sont des youtubeurs gaming. Les filles ne s’imposent pas assez, peut-être, dans ce domaine, même si quelques femmes, Deujna, Devovo, MilanoHope, réussissent très bien. Dans l’humour, on trouve des youtubeuses qui percent : Natoo, la plus connue, a 4.786736 abonnés. Elle a été connue grâce à … des hommes : Cyprien, Norman, Squizzie. Une autre, Andy, compte 3.570304 abonnés. Contre 12.786799 pour Squizzie, 11.400463 pour Norman, 12.961951 pour Cyprien.

En fait, l’espace You Tube est ouvert aux filles, mais pour des vidéos maquillage, les tutos « make up »… Si des youtubeurs transgenre, gay se maquillent, chantent, on se moque parce qu’on pense que le maquillage est réservé aux filles…

Cage n°7 : la publicité

Nous ne sommes pas des potiches !

Une pub pour une voiture ? Une fille pour décorer. C’est joli, et ça distrait ces messieurs quand ils vont au salon de l’Auto. La femme est utilisée comme un élément de décoration, elle est donc mise en situation d’infériorité.

Une pub pour un aspirateur ? Une femme pour le tester.

Des pubs qui tentent de déconstruire les clichés : Clémence nous assure que cela existe. Monsieur Propre ? Mais non, c’est l’homme parfait, fort, musclé, qui vient porter secours à qui ? A la ménagère !  Clémence est prête à nous faire un cours sur ces pubs qui déconstruisent les clichés misogynes mais c’est un nouveau débat à ouvrir, une autre fois, dommage…

Alors, où sont les filles ?

Où sont les filles ? Pas à la même place que les garçons. Quand on écoute bien les paroles de la chanson de Patrick Juvet (qu’on a découverte, on avoue qu’elle ne faisait pas partie de notre playlist), on croit comprendre qu’il regrette que les filles -les femmes- puissent porter les cheveux courts, un blouson noir, être libres… Libérées. Mais on n’est peut-être pas doués en analyse des paroles de la chanson de Patrick Juvet… On a envie de lui dire, tout simplement : on n’est pas là où ta chanson nous cherche…

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« Où sont les femmes?

Avec leurs gestes pleins de charme

Dites-moi où sont les femmes, femmes, femmes, femmes, femmes

Où sont les femmes? »

 

Article collectif, rédigé par la classe de 4ème6 du collège George Sand de Châtellerault dans le cadre du concours Zéro Cliché.

 

 

Pink Paillettes et Causette : nos zélèves sont à l’honneur dans la presse féministe !

 

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Larissa, Sounita, Fantafonée, Victoria, Jessica et Salimata : vous êtes publiées dans le hors série de Causette sorti hier en kiosques !

L’article de Laurence Garcia rend hommage à votre liberté de parole : vous recevrez chacune un exemplaire du magazine très bientôt. J’ai acheté ce hors série, ai lu l’article, il vous plaira 😉

Bonnes et heureuses vacances à toutes !!!!!

Agnès Dibot.

Le Der des Ders

Allez, encore une fois, promis, cet article, c’est le der des ders 😉

Moui… Ou l’avant dernier… Parce qu’il est dur de quitter ce petit journal de filles écrit pour les garçons, même si on a choisi de le quitter, de l’abandonner, de le reléguer aux zoubliettes… Comme on jette un jean devenu trop petit.

_ Quoi, mais on ne jette surtout jamais un jean devenu trop petit !!!!!!

_ Ah oui, pardon, la planète, le recyclage, tout ça, tout ça : oups. Euh, comme on remise un jean devenu trop petit dans le tiroir à torchons de ménage. C’est bon ?

_ PFFFFF : on ne jette jamais un jean devenu trop petit, des fois qu’il redeviendrait à notre taille. Un jour. Quand le Prince viendra. Pareil : les jeans qui se détendent à la même vitesse qu’on prend des hanches-cuisses-non abdos et les Princes Charmants qui rappliquent pile au moment où il FALLAIT qu’ils rappliquent, même combat. Et pas question de faire un régime pour le Prince Charmant.

“Sommes-nous libres, Hannane, d’attendre le Prince Charmant tout en cultivant nos rondeurs ?”

Je suis libre, pour ma part, de tout : privilège de l’âge 😉 On ose tout, quand on grandit (euphémisme pour ne pas dire qu’on vieillit).

Et vous, mes chères zélèves, ex-élèves, serez-vous libres de vous sentir libres d’oser, de vous épanouir, de sortir des carcans qu’on vous façonne ici et là ? La famille, les traditions, le qu’en dira-t-on, les garçons : oserez-vous vous libérer des préjugés, des stéréotypes, des idées reçues, des médisances, et regarder votre vie en face, dans le respect de vos propres valeurs comme dans le respect des valeurs de la République ?

Aujourd’hui, je sais que la réponse est “oui” : parce que vous poser la question “sommes-nous libres de” est déjà, en soi, une manière d’affronter la problématique et de vous libérer d’une éventuelle oppression. Et je remercie du fond de mon coeur de doyenne Pink Paillettes la douce Hannane d’avoir avec autant d’enthousiasme repris la rédaction de ce petit journal rose à paillettes !

Avec elle, vous êtes entre de bonnes mains : elle saura transmettre l’esprit Pink Paillettes de vos zaînées. Parce qu’elle est comme ça, Hannane, elle comprend, et parce que sa petite soeur, Ishane, est l’une des premières Pink Paillettes 😉 Un sang rose à paillettes coule dans ses veines, n’en doutez pas !

Je guette, je guette avec une curiosité sans nom vos articles, chères zélèves, et vous lirai, n’en doutez pas, avec un plaisir immense !!!!

Agnès Dibot.

 

Lissage, défrisage, tissage : liberté pour les cheveux frisés et/ou crépus !!!!

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https://www.liberation.fr/france/2018/11/19/dans-les-familles-afro-il-y-a-d-autres-priorites-que-savoir-ce-que-veut-dire-porter-les-cheveux-haut_1676756

Cet article dans Libération, ce matin, est très intéressant : je connais pas mal de mes zélèves et ex-zélèves qui se retrouveront dans sa lecture : il y est question de coupe de cheveux chez les filles Noires.

Les coupes de cheveux chez les filles noires, on en a souvent parlé, en option media, année après année. Mais toujours avec pudeur, parce qu’il y a là, semble-t-il, un tabou. Et puis, l’an dernier, l’une des vôtres a dû, pour une raison qui lui est personnelle, arborer une coupe de cheveux très courte, du jour au lendemain. Je crois savoir qu’un an après, elle a conservé cette coupe, peut-être confortée par tous les compliments qu’elle avait reçus dans l’idée que cette coupe courte l’avait embellie : il est vrai que cette coupe courte mettait en valeur son visage de façon extraordinaire.

Cette année, l’une de mes zélèves noires porte, elle aussi, cette coupe de cheveux courte. Je la remercie d’ailleurs, car nous sommes peu nombreuses et je me sens parfois bien seule, face à toutes ces tresses, ces couettes, ces queues-de-cheval et ces cascades de brun, de blond, d’ébène, de roux déferlant jusqu’aux reins… dans les rangs de nos zélèves.  Pour moi, la coupe courte a éradiqué la bouclette (et dévoilé les cheveux blancs !!!!), mais pour mon élève en question, il n’en est rien : la coupe “nappy” est une réelle affirmation de la liberté de porter le cheveux court, frisé, crépu, en le montrant.

Finis, les défrisages, les lissages, les tissages ? Nos jeunes zélèves oseraient-elles la libération capillaire ?

 

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Tous vos témoignages éventuels, vos réactions sont les bienvenus !

Causette à la rencontre de nos zélèves

Hier après-midi, pendant que les zélèves de George Sand festoyaient sur le stade à l’occasion du cross annuel (soleil, baskets et sprint), nous avions l’immense honneur et le plaisir de recevoir Laurence Garcia, journaliste à France Inter et pour le magasine Causette.

Laurence Garcia prépare un article pour Causette, sur le thème du changement : changement de cap, changement de vie, changement des choses… Sommes-nous capables de changer nos vies, de changer quelque chose dans nos vies, pour vivre heureux, pour vivre mieux ?

Ce sont nos lauréates de l’an dernier (souvenez-vous, le concours Zéro Cliché et l’article “La vie en rose ?”, on le rabâche assez souvent dans nos colonnes pour que la mémoire de nos -trop rares- lecteurs ait déjà flanché), nos ex-troisièmes, qui étaient conviées au micro de notre journaliste.

Sounita, Larissa, Victoria, Jessica, Salimata et Fantafonée se sont prêtées au jeu des questions-réponses avec une grande application : on aurait pu rester à discuter ainsi des heures, semblait-il, tant le sujet était passionnant. Eh oui, il s’agissait pour nos jeunes filles de témoigner de leur vie, de parler de leurs espoirs, de leurs rêves : difficile, quand on se sent enfermées dans les traditions, quand on se sent redevables d’une éducation… L’envol vers la liberté, vers l’autonomie ne serait-il pas renoncer à tous les interdits ? Balayer toutes les mises en garde ?

L’article sera à lire dans le numéro de décembre du magazine Causette. Un grand merci à Laurence Garcia pour son empathie : hier, elle était comme des nôtres 😉

D’ici là, bonnes et heureuses vacances à toutes !

Agnès Dibot.

 

Tout est-il beau, dans l’art ?

 

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La main jaune à Châtellerault, The bouquet of tulip à Paris : quand l’art s’invite sur nos avenues…

https://www.lemonde.fr/arts/article/2018/01/31/pourquoi-la-polemique-du-bouquet-of-tulips-de-jeff-koons-ne-degonfle-pas_5249632_1655012.html

“L’art est-il le beau ?”, cette question fleure bon comme un sujet au bac de philo en juin… Alors, que peut-on dire, chers zélèves ?

Pink Paillettes : la relève !

Chères zélèves de 4ème et/ou de 3ème,

L’Atelier Journal Pink Paillettes rouvre ses portes, après quelques semaines de congé.

Atelier Pink Paillettes ? Kézaco ?

 

C’est un atelier animé par Hanan Maameri (éducatrice), dans lequel les zélèves filles (eh oui, c’est un atelier non-mixte, n’en déplaise aux garçons qui auraient aimé être de la fête…) ont l’occasion de se retrouver pour discuter entre elles, avec l’animatrice responsable de l’atelier, de sujets “de filles”. Non, pas le maquillage, les fringues, les sacs à mains (encore qu’hélas, nous n’échapperons pas à ce genre de conversations frivoles, au début, du moins), mais bien les sujets sérieux, dont on ne parle pas facilement avec les parents ou entre nous : l’amour, l’estime de soi, l’éducation des filles, les traditions, la sexualité, les relations garçons-filles, l’orientation professionnelle, l’avenir…

Ishane, une pionnière de l’atelier Pink Paillettes, en 2008

http://journaletparolesdeleves.blogspot.com/search?updated-max=2008-06-13T06:43:00%2B02:00&max-results=7

Un exemple d’article “Pink” et “Paillettes”

C’était en 2008, nous avions invité une militante de l’association “Ni putes, ni soumises” à venir parler aux zélèves de l’atelier. 

“Le mardi 27 mai, il y a eu une dame de l’association “Ni putes, ni soumises” qui est venue nous parler de la violence, de la sexualité. On a parlé du respect entre les garçons et les filles car nous, les rédactrices du journal, on trouve qu’on n’est pas assez respectées par les garçons.
On n’était pas toutes d’accord à ce sujet : on avait invité chacune une copine, on était nombreuses. Certaines estiment que les garçons nous respectent et que le quartier n’est pas aussi dur qu’on l’a écrit dans Pink Paillettes. On n’est pas d’accord !
Nous avons invité cette intervenante de “Ni putes, ni soumises” pour parler du quartier car on en a marre que les garçons portent un jugement sur nous !
L’association s’est créée après le meurtre de la jeune Sohane, 17 ans, brûlée vive dans une cité parisienne : elle avait été aspergée d’essence et brûlée par un garçon qui ne voulait pas qu’elle vienne dans cette cité ! Il lui avait interdit d’être là, il voulait l’intimider, il l’a tuée ! (Il a obtenu 25 ans de réclusion criminelle). Dans une cave, il l’avait aspergée d’essence et avait jeté un briquet sur elle : elle est sortie de la cave et hurlant et est morte devant les immeubles, personne n’a pu la sauver !!!
Les femmes des quartiers se sont réunies en comités de soutien aux filles des cités, des quartiers, pour que des histoires comme celle-là ne se reproduisent pas. Cette association défend la cause des femmes. Par exemple, Maria Timana, notre intervenante, nous a expliqué qu’on avait le droit de porter une mini-jupe si on le souhaitait. Les garçons n’ont pas à nous traiter de p… quand on en porte une.
Maria Timana nous a apporté un livret du respect : dans ce petit livre, des jeunes filles s’expriment, racontent leurs mésaventures. Le livret sert à rappeler à ces jeunes filles (et à nous !) la loi, qui protège les citoyens !
On a appris, par exemple, que l’association “Ni putes, ni soumises” avait obtenu voici deux ans que la majorité sexuelle des filles soit reportée à 18 ans et non plus à 15 ans : cela nous protège.”

Où, quand et comment ?

Le jeudi, de 16 à 17 heures, en salle de technologie bleue : c’est là, en effet, que tout a commencé, en 2007… Venez nombreuses, reformez l’équipe, exprimez-vous, laissez libre cours à vos échanges, écrivez, publiez ! Vous verrez, vous serez fières d’être lues, écoutées, entendues, comprises par vos pairs… (mince, voici un nom masculin qu’on ne peut féminiser !!!!!!!!)

Un journal de filles écrit pour les garçons

Si vous voulez vous plonger dans l’esprit Pink Paillettes, allez voir Mme Mayer, notre Dame du CDI préférée : elle collectionne tous les numéros de Pink Paillettes dans son beau CDI ! Et puis, n’oubliez pas que, l’an dernier, vos aînées ont remporté le premier prix du concours Zéro Cliché, en écrivant un article nommé “La vie en rose ?” (que vous pouvez lire ci-dessous :

La vie en rose ?

« On s’épanouira quand on aura quitté la maison, et on quittera la maison quand on sera mariées… » Cette phrase résume à elle seule l’ambition de quelques-unes des élèves de troisième de notre collège. La vie en rose, quand on est une fille de 15 ans de collège REP+, issue de l’immigration ? Vraiment ?

Dans notre collège, les professeurs convient tous les élèves de troisième à assister, s’ils le souhaitent, aux conseils de classe des premier et second trimestres. L’occasion pour nous, élèves, de dialoguer avec nos professeurs et d’évoquer notre orientation. La grande question se pose à nous : « Quel est notre projet personnel d’orientation ? »  Sounita et Larissa, déléguées de classe, dressent, à l’issue de leur conseil de classe, un bilan alarmant : il apparaît que de nombreuses filles de la classe voient leur projet professionnel réduit aux murs de la ville de Châtellerault, voire aux murs du lycée de leur quartier, le lycée Edouard Branly. A commencer par leur propre avenir à toutes deux…

Vous avez dit « égalité filles-garçons » ?

Pour certaines des filles de notre classe, quitter Châtellerault est impensable : « nos parents, nos familles, ne veulent pas nous laisser partir pour faire des études, ils veulent qu’on reste à côté d’eux. De une, on est des filles, de deux… de deux, ils veulent nous surveiller » nous dit Sounita, élève originaire de Mayotte, arrivée à Châtellerault à l’âge de 8 ans.

« Ils ont peur qu’on dérape, qu’on ait de mauvaises influences, ajoute Larissa, née à la Réunion, arrivée en France métropolitaine à l’âge de 3 ans. En plus, moi, je suis fille unique, c’est pire, parce que ma mère est tout le temps sur moi : elle ne me laisse jamais faire ce que je veux.  Pour ceux qui ont des frères et sœurs, c’est plus facile : il y a d’autres enfants après eux pour s’occuper de leurs parents. Moi, je suis obligée de rester au service de ma mère. Pour le voyage, l’an dernier, elle n’a pas voulu me laisser partir, alors que mon cousin, lui, aurait pu partir. Rien qu’à Poitiers, ma mère, mon oncle et ma tante ne me laisseront pas partir, alors que lui, oui.»

« J’ai plusieurs frères, dont un avec qui j’ai quatre ans de différence, il a 19 ans. Lui, s’il veut faire des voyages, quitter la France pour aller travailler, ma famille va même l’encourager. Si c’est moi, il y aura toujours un petit problème, on va dire. », soupire Sounita.

Constat similaire pour Jessica, née au Portugal, arrivée en France à 4 ans : « Ma mère ne veut pas que j’aille loin, elle a peur que je m’éloigne trop, que je ne m’occupe plus d’elle, qu’il m’arrive quelque chose : elle et mon frère ne pourraient pas me protéger des dangers. Si j’allais travailler sur Paris, mon frère viendrait avec moi. Pour moi, il quitterait son travail ! »

Gwendoline, elle, interrogée sur son intention d’orientation, observe que sa mère « n’a pas peur, elle dit que ça (la) ferait mûrir d’aller ailleurs ». Quand elle explique qu’elle ira l’an prochain préparer un Bac Professionnel « aide à la personne » en MFR en internat, Sounita s’inquiète :

« T’as pas peur ? Aller à l’internat ? Toute seule, en plus ? Moi, j’aurais peur ! Etre livrée à moi-même : on nous a trop habituées à être à la maison, ensemble… Le jour où on verra des nouvelles têtes, on aura peur, c’est mon avis… C’est difficile de s’intégrer quand on est toute seule. »

«  Ma mère ne veut pas me laisser dormir à l’internat, même si je m’inscris à Poitiers pour un Bac Pro Vente, ma mère dit que je devrai rentrer tous les soirs, précise Jessica. Sinon, je ferai un Bac Général à Branly, à 15 minutes de chez moi. »

Le lycée du quartier pour tout horizon

Un petit tour de table nous permet de constater que nous sommes, en tant que filles, destinées à poursuivre nos études, non pas en fonction de nos rêves, mais bien de la localisation géographique des lycées. Le lycée Branly est situé à 50 mètres de l’appartement de Larissa, à 2 minutes de chez Sounita et de chez Victoria.

Victoria, justement, explique ce « choix » de lycée : « ma mère m’a dit que je n’avais pas le droit d’aller plus loin que Branly car je devais l’aider à ma maison. Elle est un peu malade, alors, mes sœurs et moi devons l’aider, mes sœurs sont plus petites, je suis l’aînée. Je vais chercher mes sœurs à l’école, je dois faire à manger, je fais aussi les courses. Pour moi, c’est normal, j’ai été éduquée comme ça. Ma mère est mère au foyer, je ne rêve pas d’être femme au foyer, comme elle. »

« Ma cousine doit, chaque soir, faire le repas pour huit personnes, elle ne peut se mettre à ses devoirs scolaires qu’à partir de 21 heures, témoigne Larissa.  Et moi qui dîne chez elle, je ne peux faire mes devoirs qu’en rentrant chez moi : je garde chaque soir le neveu de ma cousine qui a un an, depuis qu’il est né, je m’occupe de lui. Du coup, j’ai directement la responsabilité de le garder quand je rentre du collège. Je me mets à mes devoirs à 21 heures, pas avant. »

Sounita interpelle son professeur de français : « Vous, vous dites que le rôle des parents, c’est de laisser s’épanouir notre ambition. Moi, c’est ma sœur aînée qui m’a éduquée jusqu’à mes deux ans. Je vivais à Mayotte. Puis elle est partie en France. Du coup, quand elle est venue en 2009 pour me reprendre, et me ramener en France, elle m’a demandé de faire la même chose pour elle : je m’occupe de ses enfants, mes neveux et nièces. C’est un service rendu à ma sœur. Je lui suis reconnaissante de m’avoir emmenée en France, pour mon avenir. Je n’ai en fait jamais été élevée par ma mère. Ca m’a fait mûrir plus tôt. »

Et quand le professeur ose la question : « Quand et dans quel travail allez-vous vous épanouir ? », la réponse est formulée en chœur : « Quand on aura quitté la maison. Et on quittera la maison quand on sera mariées. »

Interview de Mme Fontenit, chef d’établissement : « Mon rêve ? Réussir une meilleure égalité. »

« Beaucoup de filles ne souhaitent pas s’orienter en dehors de Châtellerault, elles réduisent leurs voeux pour ne pas aller ailleurs. Dans notre collège, 50% des filles se limitent à la voie professionnelle de façon à rester à Châtellerault : en somme, cela représente la moitié des filles du collège ! Les garçons sont plus ouverts, avec eux, il n’y a pas de problèmes, ils quittent facilement leur famille, leur ville. Tout cela est une question de culture : dans les cultures africaine subsaharienne et musulmane, on dit que, si une fille ne réussit pas ses études, ce n’est pas grave, de toutes façons, elle est là pour faire des enfants et s’occuper du foyer. C’est injuste, c’est de l’inégalité filles-garçons. En tant que principale, je cherche à réagir contre cela, je prends en compte les lois de la République, que je cherche à privilégier. Pour lutter contre ces inégalités, il faut que les filles se cultivent, apprennent, fassent des études. Mon rêve ? Réussir une meilleure égalité. »

Châtellerault, une petite ville de province en difficulté économique

Châtellerault pour tout horizon professionnel ? Notre ville ne fait pas rêver les auto-entrepreneurs, ni les ambitieux, à l’exception de quelques-uns de nos aînés qui, eux, ont réussi à s’implanter sur la ville et à gagner leur vie. Quelques-uns. Plus rares sont les filles qui, comme nous, sont issues de « l’immigration », à avoir réussi.

Châtellerault est une ville de 83 227 habitants, située dans la Vienne. Elle a été victime d’une crise économique en 2009 qui a entraîné le déménagement de plusieurs habitants et la fermeture de nombreux commerces : la plupart se sont réimplantés dans les centres commerciaux, d’autres ont fermé définitivement.

Interview de M. Aimé, professeur d’Histoire : « Châtellerault se fait belle pour être attractive, mais cela ne suffit pas. » 

« Châtellerault est une ville en reconversion. Dans les années 90, il y avait beaucoup d’usines, sauf que c’était un problème, puisqu’il s’agissait d’emplois peu qualifiés (ouvriers), et les conditions de travail étaient mauvaises (des ouvriers travaillent de nuit, par exemple). Depuis 2000, beaucoup d’entreprises ont fermé, ce qui a réduit le nombre d’emplois. L’enjeu pour Châtellerault est de se renouveler, mais c’est difficile car c’est un cercle vicieux : perte d’emploi, chômage, départs, perte d’attractivité de la ville, et ainsi de suite. En fait, Châtellerault est un trompe l’œil, la population augmente, mais c’est une population pauvre : par exemple, dans notre collège, les élèves ont souvent des mamans seules, qui ne travaillent pas. Les gens restent sans doute vivre à Châtellerault parce que les loyers ne sont pas chers, des personnes qui travaillent vont plutôt vivre en zone périurbaine. Là-bas, elles ont une vie tranquille, avec petite maison et jardin. Elles ne sont pas trop loin de la ville… Le risque pour Châtellerault est la délocalisation des entreprises. Il y a du travail à Châtellerault, mais aucune entreprise ne souhaite s’implanter ici. Il n’y a plus de centre ville. Châtellerault se fait belle pour être attractive, mais cela ne suffit pas. »

Pour conclure, nous sommes « destinées » à vivre à Châtellerault, proches de nos parents, en attendant que le Prince Charmant ne nous emmène sur son cheval blanc, ailleurs…

 

Larissa, Sounita, Gwendoline, Chloé, Mathis, Jessica, Lucas, Fantafonée, Victoria.

A vous lire très bientôt, mesdemoiselles les futures Pink Paillettes !!!!

Agnès Dibot.