Le sort des prostituées, favorable au développement du sida

Le 03 décembre 2016,

Aujourd’hui, en Afrique du Sud, 7 millions de personnes vivent avec le VIH, soit 19,2% de la population. Un chiffre alarmant qui semble effrayer de plus en plus les prostituées de ce pays, qui en compte environ 153 000, et dont la prévalence de l’infection par le VIH serait comprise entre 40 % et 88 %, sachant que, dans la population féminine générale, elle est comprise entre 14 % et 15 %.

Nous nous intéresserons ainsi à deux maisons closes du quartier de Durban, toujours en Afrique du Sud, dans lequel une association intervient pour lutter et prévenir contre le Sida. Elles sont une vingtaine à travailler continuellement dans ces deux maisons jumelles du même propriétaire et ne travaillent qu’en intérieur (indoor par opposition à outdoor, la prostitution de rue).

L’association en question, la TB/HIV Care Association va effectuer un travail de prévention en informant les femmes sur les dangers de leurs activités, leur parler des tests de dépistages et des traitements antirétroviraux et s’entretenir avec elles. En effet, les prostituées sont sensibles à être des personnes séronégatives à haut risque d’être exposées au VIH (prophylaxie pré-exposition ou PrEP en anglais). Cette organisation est un véritable cadeau pour des femmes dont le quotidien est très souvent difficile; Chantey, prostituée dans ces maisons, explique: “Nous sommes des femmes normales. Comme n’importe quelles femmes, nous élevons nos enfants. Nous savons que nous prenons des risques. C’est un travail risqué chaque jour”. Elles font véritablement face à de gros risques quant à la contamination du VIH. Telza se livre: “Des clients demandent fréquemment à avoir des rapports sans préservatif”. Ainsi, les volontaires distribuent également des provisions de préservatif, pour pousser à la prévention.

Cette association, lancée en 2011 grâce à des financements du gouvernement américain et du conseil des églises sud-africaines, constitue le principal contact avec les soins pour beaucoup de prostituées, qui en sont très reconnaissantes, comme le dit Kim, 23 ans, qui se prostitue depuis trois ans, “Comme ce n’est pas facile d’avoir accès aux tests de dépistage et des préservatifs autrement, je me sens beaucoup plus en sécurité grâce aux visites de l’association. Je fais tous les tests : grossesse, tuberculose, VIH, frottis du col de l’utérus…, et je prends des vitamines. C’est comme une “clinique sur roues”. Sans eux, ce serait très dur.”

L’association sait comment agir, elle a pour atout d’avoir pour volontaires des infirmières, des travailleurs sociaux, des prostituées et des ex-prostituées. Comme Mngadi Thembi, 43 ans qui explique sa trajectoire, après avoir perdu ses deux parents très jeunes: “Je me suis retrouvée sans ressources et sans personne pour m’aider. J’ai donc commencé à me prostituer sur la voie publique, mais toujours en me protégeant.”

Selon une récente étude menée en Afrique du Sud par des chercheurs de l’université de Californie, à San Francisco, les 10 000 prostituées de Durban présenteraient un taux d’infection par le VIH de 53%. Actuellement, l’Afrique du Sud est la nation qui détient le plus vaste programme de traitement au monde.

Les actions de l’association ne s’arrêtent pourtant pas là, en effet, son but est bien d’aider au maximum le développement du bien-être global des travailleur-e-s du sexe. Car, malgré les progrès accomplis dans la lutte contre l’épidémie du VIH, l’association a évalué à 70 % la proportion des prostituées ayant recouru à ses conseils légaux qui ont été harcelées par la police. De même, au Cap, 12 % de celles se livrant à la prostitution de rue affirment avoir déjà été violées par un policier. Ces phénomènes sont donc non négligeable et nous prouvent encore une fois que les conditions de vie des prostituées sont toujours aussi tragique.

Le rapport annuel d’Onusida, rendu public le lundi 21 novembre en Namibie montre que même si le nombre de nouvelles infections annuelles chez les moins de 15 ans a chuté (51 % de moins qu’en 2010), le nombre de nouvelles infections chez les adultes qui ne décline plus depuis 2010 et stagne autour de 2 millions, contre 1,9 million en 2010. Le directeur exécutif d’Onusida, Michel Sidibé, en présentant le rapport a déclaré : “Les jeunes femmes sont exposées à une triple menace. Elles ont un risque élevé d’infection par le VIH, un taux de pratique de test VIH bas et un mauvais suivi du traitement. Le monde laisse tomber les jeunes femmes et il est urgent que nous en fassions davantage. »

Nous finirons par rappeler que les pandémies aux effets meurtriers déstabilisent, freinent, voire paralysent, le développement de toute société et le sida est la première cause de mortalité chez les 10-19 ans en Afrique. La lutte contre le Sida semble donc devoir se tourner vers le sort des jeunes femmes et notamment des prostituées.

Les propos ont été recueillis sur le site “www.lemonde.fr

Elisa G

Posted in Eco-soc, l'information économique et sociales.

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