“Refuge”, exposition de Bruno Fert

Pour Lola, “des photos sans artifices”

​Jeudi 16 novembre, Bruno Fert, photographe et reporter français, nous présentait son exposition intitulée “Refuge” que nous pouvions retrouver à la Salamandre ainsi que sur les grilles du musée à Cognac. Bruno Fert nous a offert des photos humaines et sans artifices, prises sur fond gris, représentant des migrants qu’il avait rencontrés dans la “jungle” de Calais et lors d’un voyage de dix jours effectué en Méditerannée en Juillet 2017. Accompagnant les bénévoles de Médecins sans frontières sur le bateau “Aquarius”, le photographe a pu assister à des moments forts en émotions et les a retranscrits en images empreintes d’espoir et de promesses d’avenir. C’est désireux de leur rendre une dignité perdue dans leur périple que Bruno Fert a représenté ces migrants de la façon la plus pure qui soit tout en nous racontant leur histoire. Une exposition très touchante, qui m’a aidée à prendre conscience de notre rôle en tant que citoyens européens, ainsi que de la chance que nous avons.
Lola L–W., Terminale L, 11-2017

Les textes de Bruno Fert qui accompagnent ses photographies :

01_Salima, 23 ans et son fils Mohammed, 7 ans. Originaires de Sierra Leone

Fille mère à 16 ans, Salima fuit son village en Sierra Leone craignant qu’une société secrète* lui prenne son fils Mohammed. Salima vit quelques années en Guinée, au Nigeria, en Algérie, puis décide de rejoindre l’Europe en passant par la Libye. A peine arrivée dans ce pays, elle est violée puis prise en otage et séquestrée avec son fils Mohammed. « Ils vous donnent un numéro et alors vous devez payer par Monney Gramm. Quand vous payez, […] l’argent passe par l’Egypte. La banque vous donne un code et quand vous leur apportez le code, alors ils arrêtent de vous battre ». Le petit Mohammed, 7 ans, est battu, drogué et forcé de tirer sur une des otages avec une arme à feu. Bien que sans famille et donc sans ressources pour payer la rançon, Salima et son fils sont néanmoins libérés au bout de quatre mois. Ils rejoignent les plages d’où partent les barques pour l’Europe. « Quand les sauveteurs sont arrivés, mon fils était effrayé parce qu’ils ont demandé s’il y avait des femmes et des enfants à bord. Ils voulaient sauver Mohammed, mais lui avait peur ». Aquarius, mer Méditerranée. Juillet 2017

*Répandues en Afrique de l’Ouest, les sociétés secrètes règlent les activités sociales, scolaires et politiques de leurs membres.

06_Salima, 33 ans et Reza, 10 ans. Afghans.

Salima et son fils Reza étaient réfugiés en Iran. Dans ce pays, les réfugiés afghans doivent payer chaque année une taxe pour renouveler leur visa. S’ils n’en n’ont pas les moyens, les hommes ont la possibilité d’aller combattre au côté des troupes iraniennes engagées en Syrie. C’est peut-être le cas du mari de Salima qui a disparu depuis plus de deux ans. Son aîné de 12 ans est déjà parti en Europe dans l’espoir d’aider sa mère et son petit frère. Sans aucune nouvelle de son mari, Salima a décidé d’essayer de le rejoindre en Europe. Camp de Katsikas, Grèce. Juin 2016.

09_Mohammed, 16 ans, originaire du Mali

À la suite d’un crime commis par son frère, Mohammed n’a plus été le bienvenu dans son village. La maison familiale a été saccagée et Mohamed obligé de partir loin. Son père lui a «donné la route» et un peu d’argent. Le jeune homme va cheminer du Mali au Niger. Il vend des sachets d’eau, cuisine des spaghettis dans la rue ou porte les bagages de voyageurs qu’il finira par suivre. Ballotté au gré des rencontres, Mohamed arrive en Libye où il va vivre un calvaire. «Ils m’ont fermé là-bas. Ils m’ont fermé deux mois ou trois mois là-bas. Parce que je n’ai pas d’argent pour payer. On t’apporte les bandits. Si tu payes, on te libère. (…) On te frappe on te frappe». Libéré par un Africain installé en Libye, Mohamed doit travailler pour rembourser son bienfaiteur. Pour « construire sa vie », Mohamed se décide à traverser la Méditerranée. Quand il peut, il appelle au Mali une connaissance de son père. « Il me dit de bonnes paroles : tu es un homme. Un homme, y’a pas petit. Y’a pas grand. Si tu es un homme, tu resteras un homme toujours. Faut prendre courage. Ton père va bien. (…) S’il me parle de mon père, ça me donne le courage de continuer. » Paroisse San Antonio. Vintimille, Italie. Janvier 2017.

16_Altaher, 29 ans, originaire de Sinar au Soudan

Son voyage jusqu’à la « jungle » de Calais a duré un an et demi. Aujourd’hui, Altaher a renoncé à tenter de rejoindre l’Angleterre ; il estime que c’est trop compliqué de passer. Des amis lui ont parlé de Nantes et d’Angers. Il aimerait s’y installer et travailler comme ouvrier dans la construction. C’est Abdallah, son colocataire et compatriote qui a décoré leur refuge. Lui non plus ne tente plus de traverser la Manche depuis longtemps. Où veut-il aller ? Il ne sait plus. Jour et nuit Abdallah peint, repeint et embellit leur cabane de façon presque mystique.  Jungle de Calais, France. Mai 2016.

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