Nouvelle 16 : Réunion de crise

La menace se profilait. La folie tyrannique d’Hitler prenait de l’ampleur. En quelques années seulement, l’Allemagne avait conquis une impressionnante part de l’Europe. 12 mars 1938 : invasion de l’Autriche, le funeste Anschluss ; 29 septembre suivant : conférence de Munich durant laquelle la France, le Royaume-Uni et l’Italie concèdent les Sudètes aux nazis. Deux jours plus tard : annexion officielle des Sudètes ; 1er septembre 1939 : attaque de la Pologne par l’Allemagne et donc déclaration implicite de guerre aux démocraties. C’est ainsi qu’en à peine deux ans, on s’est retrouvé avec la guerre chez nous. Le temps filait vite, et bientôt, on se trouva acculés dans nos lignes de combats, face aux effroyables Allemands qui, inexorablement, avançaient, sans que l’on puisse vraiment les en empêcher. Voilà donc le triste constat auquel étaient confrontés le prochainement célèbre, Charles De Gaulle, et son président, Albert Lebrun. Le premier, valeureux soldat, farouchement opposé ne serait-ce qu’aux prémices d’un renoncement. Le second, président, pas des plus courageux, influençable, faible même mais néanmoins fortement attaché à sa patrie. La discussion était virulente ce jour-là. Chacun s’agaçait du fatalisme dont certains membres du gouvernement faisaient preuve. Car aucun des deux n’était prêt à laisser son pays aux mains des Allemands. Et c’est sur cette bien belle idée qu’ils se quittèrent ce jour-là.

Peu de temps après, une réunion de crise s’organisa.

– Une légion entière, envolée ! Comment est-ce possible ? Dites-moi que c’est une blague, je vous en prie De Gaulle, dites-moi que c’est une plaisanterie ! s’insurgea Pétain. Albert, comment pouvez-vous tolérer ça ? Perdre une unité complète alors que nous sommes en temps de guerre ? Comment voulez-vous que l’on s’en sorte ? L’état de nos troupes n’était déjà pas bien glorieux, mais alors là, c’est le pompon !!!

– Allons, allons. Enfin, ce n’est qu’une question d’heure avant que nous la retrouvions cette légion, tempéra l’intéressé, n’est-ce pas Colonel ?

– Évidemment, confirma De Gaulle, toutes nos équipes disponibles les recherchent, nous avons également sollicité les unités environnantes. Nous avons également mis au point une stratégie de recherche, chacun un secteur, ainsi avant la fin de la semaine, cette disparition ne sera plus qu’un mauvais souvenir car on les aura forcément retrouvés.

– Ha ha, s’esclaffa un allié du Maréchal, et quelle stratégie: laisser un trou béant dans notre défense, et, pour ne rien arranger, l’élargir en réquisitionnant les troupes voisines. Sans parler de la vague d’insectes qui a attaqué les provisions des dites légions réquisitionnées.

À cet instant, un homme entra discrètement dans la pièce, rejoignit prestement le fraîchement promu général De Gaulle, lui remit un document que celui-ci lut aussitôt, puis s’éclipsa.

– Des scorpions. Je viens de recevoir le rapport que j’attendais qui identifie les insectes comme des scorpions, ajouta-t-il devant le regard interrogateur du conseil. Et il semblerait que nous ayons plus grave à nous occuper. En effet, les bêtes n’ont pas fait que dévorer les provisions: elles ont également attaqué les soldats et fait des victimes: nous avons une petit quinzaine de morts à déplorer.

– Plus vous en dites, De Gaulle, plus la situation s’aggrave, on dirait, s’amusa Pétain.

– Écoutez, au vu des nouveaux éléments, je pense que nous avons tous besoin d’un peu de temps supplémentaire pour décider d’une nouvelle stratégie, suggéra le président Lebrun.

Et cette nouvelle sonna comme une délivrance pour le général qui commençait à se sentir quelques peu harcelé par ses opposants. La légion ne fût jamais retrouvée, et le gouvernement dût donc faire avec les troupes restantes pour combler le manque. Ce mystère ne fût jamais résolu mais resta indélébilement dans les mémoires

Mais à présent, l’Allemagne est proche. Elle menace sérieusement la France qui, très affaiblie par la disparition de plusieurs légions supplémentaires après la première, peine à se défendre. Elle se déchire, se divise. En effet, le président est entouré de deux camps qui s’affrontent : d’un côté, le maréchal Pétain et ses adeptes qui réclament un accord avec l’Allemagne, sous prétexte de la dernière chance. De l’autre, De Gaulle, qui, fraîchement promu général, se bat et se démène pour le salut et l’indépendance de la France. Lors d’une énième réunion pour décider de la suite des évènements, les désaccords se font plus présents encore:

“Il est l’heure, sans honte et sans déshonneur, de reconnaître notre défaite, lança Pétain.

– Et que suggérez-vous, monsieur le maréchal ? l’interrogea le président Lebrun.

– On doit s’entendre avec l’Allemagne et rebâtir la France sur des bases nouvelles, proposa-t-il.

– C’est inadmissible !! tonna De Gaulle. Nous ne pouvons les laisser nous envahir sans dire mot.

– Mais continuer cette guerre serait comme mener notre nation à sa perte. Voulez vous vraiment détruire votre pays par simple orgueil et sous l’unique prétexte que vous n’acceptez pas la défaite ? objecta un allié du maréchal.

– Sauf votre respect, colonel, laissez aux plus expérimentés le soin de prendre de telles décisions,” persifla Pétain en envoyant tout son dédain vers De Gaulle.

De Gaule, excédé, quitta la réunion et laissa les “plus expérimentés” discuter. Plus tard, il retrouva le président dans ses appartements :

” Monsieur le président, vous ne pouvez décemment pas laisser les Allemands entrer dans Paris sans la moindre opposition.

– Mais nous nous battons, ce depuis des mois, et nous perdons. Vous le savez mieux que personne, vous qui étiez sur le terrain il n’y a encore pas si longtemps.

Durant la conversion (ou la dispute, ça dépend du point de vue), les yeux du président devinrent progressivement plus petits, ronds et noirs.

– En langage militaire on appelle ça une désertion, asséna le général.

– Je ne vous permets pas, De Gaulle !!!! éructa le président, hors de lui, d’une voix toutefois méconnaissable.

– Quoi que nous fassions, cette guerre sera mondiale. Décidons de continuer le combat ailleurs,” rétorqua De Gaulle, d’un calme presque intimidant.

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Peu à peu, la peau de Lebrun devint de plus en plus noire et rugueuse. A contrario, elle paraissait également luisante. Soudainement, Lebrun s’effondra. De Gaulle se précipita vers lui et tenta de le faire revenir à lui. Soudain, il remarque le visage déformé du président et son corps on ne peut plus suspect. Ne sachant que faire, De Gaulle le laissa à regret et partit appeler les secours. Lorsqu’il revint, quelques minutes plus tard, Lebrun avait disparu. Plus aucune trace du président. De Gaulle croisa seulement le regard d’un minuscule insecte qui s’enfuit sans tarder. Mais il ne se posa pas plus de question que ça, trop préoccupé par la disparition du président pour prêter attention à une bestiole ressemblant néanmoins trop à un scorpion. “Curieux,” se dit-il. Il avait néanmoins trop de problèmes pour se soucier de cet événement.

À peine un mois plus tard, les troupes, harassées, ne purent résister à un nouvel assaut allemands et ployèrent sous l’offensive. L’Allemagne eut raison de la France, envahit le nord, signa l’armistice peu après avec le maréchal Pétain, grand gagnant de cette invasion, puis continua sa petite conquête du monde vers l’est. Et De Gaule dans tout ça ? Bon gré, mal gré, il s’était retrouvé obligé de se replier en Angleterre pour réunir des résistants et mener le mouvement de l’extérieur. Mais la guerre n’était pas finie, et Hitler allait vite se rendre compte la France ne s’avoue jamais vraiment vaincue.

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