Agribashing, au tournant du virage écologique

Le ras-le-bol des agriculteurs https://www.lamontagne.fr/

L’agribashing. Ce terme est utilisé de plus en plus fréquemment par les agriculteurs pour exprimer leur sentiment d’être dénigrés dans l’espace public.

Jusqu’à récemment, la critique du modèle agricole conventionnel était surtout portée par des associations ou des journalistes militant en faveur de l’écologie et du bien-être animal. La part de la population contestant notre modèle agricole était alors relativement restreinte.

Depuis quelques années, cependant, les grands médias publics traitent de manière plus large les problématiques environnementales. Ainsi, alors que la critique se focalisait principalement sur l’utilisation d’OGM et sur l’action des grandes multinationales, le débat s’oriente désormais sur les conditions d’exploitation en agriculture conventionnelle. Des discours anti-pesticides et anti-élevage intensif se multiplient alors même que la majorité des exploitations agricoles françaises font l’usage de ces pratiques. Les agriculteurs voient leur activité mise à mal par les médias et l’opinion publique rejette progressivement ce mode de production pourtant dominant dans notre société.

Les agriculteurs se trouvent alors pris entre une volonté de l’Etat et de la population de rendre l’agriculture plus éco-responsable et le besoin de rester compétitifs face à la production agricole étrangère soumise à de moindres contraintes.

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Ainsi, alors que la volonté d’interdire le glyphosate est perçue comme une avancée pour la cause environnementale pour certains, elle sème un vent de panique chez les agriculteurs qui doivent modifier leur mode de production. Reconnu “cancérigène probable” par l’OMS, l’interdiction de l’herbicide vise à protéger la santé des consommateurs comme des producteurs tout en limitant l’impact de la production agricole sur les écosystèmes. Néanmoins, privés d’un outil de désherbage peu onéreux et efficace, les agriculteurs se voient contraints d’utiliser des méthodes plus coûteuses telles que le désherbage mécanique, qui augmentent leurs coûts de production et donc de vente, les rendant moins compétitifs sur le marché international.

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Le changement des modes de production ne peut donc être viable que s’il s’accompagne d’un changement des modes de consommation. Si l’on constate qu’une partie croissante de la population se montre plus encline à payer plus cher un produit respectueux de sa santé et de l’environnement, une majorité, par manque de moyens ou par habitude, se tourne vers les produits les moins chers, issus de l’agriculture intensive.

En contraignant par des lois les conditions de production des agriculteurs, l’Etat force la main au virage écologique alors que la population n’est pas entièrement convertie à la consommation plus durable. Encore une fois, les défenseurs de l’environnement peuvent se réjouir de l’implication de l’Etat mais qu’en est-il des agriculteurs ? Sans labels certifiant d’une agriculture respectueuse de la nature, ils ne peuvent pas concurrencer les produits labellisés avec lesquels l’écart de prix tend à se réduire. Ils ne peuvent pas non plus rivaliser avec les produits importés pour lesquels les conditions d’exploitation permettent d’afficher un prix très bas. En résulte une crise des fermes agricoles conventionnelles, prises en tenaille entre la production intensive étrangère et les nouveaux produits certifiés.

 

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