CI et LP

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La classe inversée, pourquoi pas moi ?

La classe inversée, pourquoi pas en lycée pro ?

La classe inversée, pourquoi pas pour mes élèves de lycée pro ?

Toutes ces questions, je me les suis posées, je me les pose encore mais je me lance quand même…

Oups ! Tout cela représente quand même un gros pari !

Je citerai donc William Arthur Ward :

« C’est impossible, dit l’Orgueil

C’est risqué, dit l’Expérience

C’est sans issue, dit la Raison

Essayons, murmure le cœur ! »

Et du cœur, c’est certainement ce que j’ai le plus car c’est, de mon point de vue, l’essentiel voire l’essence même de ce qui me motive pour accomplir mon travail de professeur de lycée professionnel.

Alors on se dit, enfin je me dis : « mais qu’est-ce qui motive un élève ? qu’est ce qui lui donne envie ? comment peut-on faire en sorte qu’il vienne au lycée avec de l’envie ? ». Quand l’élève arrive en lycée pro en règle générale, c’est qu’il s’est entendu dire : « tu n’es pas assez bon pour faire autre chose ! ». Qu’on ne vienne pas nous dire le contraire, c’est ce que nous disent 9 élèves sur 10 quand ils rentrent en seconde. Dans ces conditions, comment fait-on pour donner de l’envie ?

Et là, à force d’échanges et de rencontres (un grand coup de chapeau aux professeurs des écoles que j’ai croisés sur les réseaux sociaux qui font des choses extraordinaires et qui ont été et sont toujours une vraie source d’inspiration et un autre coup de chapeau à « Flanders Lane » qui se reconnaitra, un autre magicien de la classe inversée), je me suis dit que oui, la classe inversée pouvait être une solution, serait une solution (car je n’en suis qu’au début).

Au début, je me suis dit : « ma pauvre, c’est peine perdue car déjà en lycée professionnel, ils doivent travailler à peu près 1 heure par semaine chez eux » ! Oups ! Dans ces conditions, quid du travail à la maison : une des bases de la classe inversée (entre autres).

Première tentative donc avec une présentation à une classe d’une capsule (nom utilisé pour de courtes vidéos qui permettent un travail avant la classe). Et là… réponse d’un de mes élèves : « mais, madame, vous nous prenez pour des « neuneus » à ce point-là ! votre vidéo, elle dure 3 minutes, on peut quand même faire ça pour vous et puis ça sera bien pour réviser ! Ah ! et puis est ce qu’on peut la mettre sur la page Facebook de notre classe ? ». Alors bien sûr, il est évident que lorsqu’ils ont su que j’avais une chaine YouTube à mon nom, j’ai eu droit à quelques moqueries ! Quelques mois ont passé et mon nombre d’abonnés a considérablement augmenté !

Donc déclic pour la prof qui se pose tant de questions mais qui, en fait, a totalement perdu de vue (aveuglée sans doute par tant d’interrogations et de doutes) que la classe inversée c’est aussi l’utilisation du numérique et que le numérique fait totalement et complètement partie de la vie de ces ados !

Utiliser leur outil de prédilection en cours (leur doudou alias leur téléphone portable) : mais quel bonheur ! Une vidéo de 2, 3 ou 4 minutes mais c’est 100 fois mieux qu’un discours du prof sur son estrade ! (attention, je ne dis pas que c’est toujours mieux mais ça peut aider à varier les façons d’enseigner et nos ados sont les rois du zapping donc c’est toujours mieux que de ne pas capter leur attention du tout).

Alors allons-y pour les tablettes en cours (prêtées 3 mois par le réseau CANOPE), le BYOD (bring your own device : emmener son propre matériel en cours et là on découvre que bon nombre d’élèves ont leur propre tablette mais qu’en plus ils en ont une parfaite maitrise), les QR Code à flasher, les infographies sur Piktochart, les capsules réalisées avec Moovly ou PowToon, les interrogations en mode Plickers… et toute la panoplie qui fait que le cours prend tout à coup un côté plus ludique et que 2 ou 3 heures passent (parfois) beaucoup plus vite…

Les premières expériences sont plutôt très positives. Ils aiment (pas tous certes) les outils numériques. Derniers oraux avec une classe de terminale : c’est moi la prof qui apprend de mes élèves. L’un d’entre eux avait réalisé une superbe maquette de son point de vente (ils sont donc en bac pro commerce) en 3D grâce à un logiciel dont le maniement lui avait été enseigné par son professeur de technologie en 5ème. Un pur régal ! Le même avait réalisé un diaporama et commandait son diaporama avec son téléphone portable, ce qui lui donnait une meilleure mobilité pour gérer l’espace.

Ils se sont fait plaisir et ils m’ont fait plaisir, se prouvant et me prouvant qu’ils étaient capables de … que, oui, eux élèves de lycée professionnel, ils avaient de vraies compétences !

Prochaine étape de ma classe inversée pour la rentrée 2016 avec une image interactive « La carte au trésor en économie droit » avec la classe de seconde bac pro commerce et deux autres cartes interactives pour les classes de terminale bac pro commerce et de terminale bac pro vente.

Donc, pour moi, professeur de lycée professionnel, la classe inversée c’est une chance, une opportunité de donner à mes élèves plus d’envie, d’espérer que, parfois (car la classe inversée ce n’est pas tout le temps, c’est une variante) le temps leur parait un peu moins long à eux pour qui l’école rime ou a rimé avec échec, frustration, découragement, dévalorisation au lieu de tout ce que je souhaite pour eux (vraiment du fond du cœur, on y revient) c’est-à-dire la réussite, l’ouverture, la valorisation de tout ce qu’ils savent faire (et ils savent faire plein de choses et je les admire pour tout ce qu’ils savent faire et ce qu’ils font parfois contre vents et marées) et l’épanouissement !

C’est pourquoi je leur dis un grand MERCI pour tout ce qu’ils m’apportent et j’espère que je les aiderai avec ou sans classe inversée à poursuivre leur chemin…

Marie Anne Dupuis
@M_A_Dupuis
Compte classe : @DupuisDistrict
PLP Économie Gestion
Académie de Poitiers