Emile Zola admire en Victor Hugo le poète lyrique mais il critique sa prétention à vouloir , à travers son drame romantique, représenter les ambitions du Peuple; On peut d’abord se demander si les critiques de Zola paraissent fondées et s’il a raison de reprocher à Hugo ses contre-sens historiques . On peut également émettre l’hypothèse que les deux auteurs n’ont pas la même conception du rôle du théâtre en particulier et de la littérature ,en général.N’oublions pas que cette lettre de Zola est publiée en 1880 soit presque 50 ans après la parution de la pièce.
Comment répondre aux critiques de Zola ? Une première étape consistait à prolonger les analyses du cours et à formuler clairement ce qui est critiqué par le romancier naturaliste en reprenant point par point les accusations formulées.
Vous trouverez en rouge dans le document les principaux reproches de Zola, en jaune les éléments qu’il admire dans l’oeuvre; en vert apparaît la conception de l’écriture et de l’oeuvre artistique et en bleu les interprétations de Zola qui sont discutables.
Et nous venons bien de le voir, à cette représentation de RuyBlas, qui a soulevé un si grand enthousiasme.
Zola himself
C’était le poète, le rhétoricien superbe qu’on applaudissait. Il a renouvelé la langue, il a écrit des vers qui ont l’éclat de l’or et la sonorité du bronze. Dans aucune littérature, je ne connais une poésie plus large ni plus savante, d’un souffle plus lyrique, d’une vie plus intense.
Mais personne, à coup sûr, n’acclamait la philosophie, la vérité de l’œuvre. Si l’on met à part le clan des admirateurs farouches […] tout le monde hausse les épaules aujourd’hui devant les invraisemblances de Ruy Blas. On est obligé de prendre ce drame comme un conte de fée sur lequel l’auteur a brodé une merveilleuse poésie. Dès qu’on l’examine au point de vue de l’histoire et de la logique humaine, dès qu’on tâche d’en tirer des vérités pratiques, des faits, des documents, on entre dans un chaos stupéfiant d’erreurs et de mensonges, on tombe dans le vide de la démence lyrique.
Le plus singulier c’est que Victor Hugo a eu la prétention de cacher un symbole sous le lyrisme de Ruy Blas. Il faut lire la préface et voir comment, dans l’esprit de l’auteur, ce laquais amoureux d’une reine personnifie le peuple tendant vers la liberté, tandis que don Salluste et don César représentent la noblesse d’une monarchie agonisante. On sait combien les symboles sont complaisants […] Seulement celui-ci, en vérité, se moque par trop du monde.
Voyez-vous le peuple dans Ruy Blas, dans ce laquais de fantaisie qui a été au collège, qui rimait des odes avant de porter la livrée, qui n’a jamais touché un outil et qui, au lieu d’apprendre un métier, se chauffe au soleil et tombe amoureux des duchesses et des reines ! Ruy Blas est un bohème, un déclassé, un inutile : il n’a jamais été le peuple. D’ailleurs admettons un instant qu’il soit le peuple, examinons comment il se comporte, tâchons de savoir où il va. Ici, tout se détraque. Le peuple poussé par la noblesse à aimer une reine, le peuple devenu grand ministre et perdant son temps à faire des discours, le peuple tuant la noblesse et s’empoisonnant ensuite : quel est ce galimatias ? Que devient le fameux symbole ? Si le peuple se tue sottement, sans cause aucune, après avoir supprimé la noblesse, la société est finie.
On sent ici la misère de cette intrigue extravagante, qui devient absolument folle, dès que le poète s’avise de vouloir lui faire signifier quelque chose de sérieux. Je n’insisterai pas davantage sur les énormités de Ruy Blas, au point de vue du bon sens et de la simple logique.
Commepoème lyrique, je le répète, l’œuvre est d’une facture merveilleuse ; mais il ne faut pas une minute vouloir y chercher autre chose, des documents humains des idées nettes, une méthode analytique, un système philosophique précis. C’est de la musique et rien autre chose.
J’arrive à un second point. Ruy Blas, dit-on, est un envolement dans l’idéal ; de là, toutes sortes de précieux effets : il agrandit les âmes, il pousse aux belles actions, il rafraîchit et réconforte. Qu’importe si ce n’est qu’un mensonge ! il nous enlève à notre vie vulgaire et nous mène sur les sommets. On respire, loin des œuvres immondes du naturalisme. Nous touchons ici le point le plus délicat de la querelle.
Sans le traiter encore à fond, voyons donc ce que Ruy Blas contient de vertu et d’honneur. Il faut d’abord écarter don Salluste et don César. Le premier est Satan, comme dit Victor Hugo ; quant au second, malgré son respect chevaleresque de la femme, il montre une moralité douteuse. Passons à la reine. Cette reine se conduit fort mal en prenant un amant ; je sais bien qu’elle s’ennuie et que son mari a le tort de beaucoup chasser : mais, en vérité, si toutes les femmes qui s’ennuient prenaient des amants, cela ferait pousser des adultères dans chaque famille. Enfin, voilà Ruy Blas, et celui-là n’est qu’un chevalier d’industrie, qui, dans la vie réelle, passerait en cour d’assises. Eh quoi ! ce laquais a accepté la reine des mains de don Salluste ; il consent à entrer dans cette tromperie, qui devrait paraître au spectateur d’autant plus lâche que don César, le gueux, l’ami des voleurs, vient de la flétrir dans deux superbes tirades ; il fait plus, il vole un nom qui n’est pas le sien. Puis, il porte ce nom pendant un an, il trompe une reine, une cour entière, tout un peuple et ces vilenies, il s’en rend coupable pour consommer un adultère ; et il comprend si bien la traîtrise, l’ordure de sa conduite, qu’il finit par s’empoisonner ! Mais cet homme n’est qu’un débauché et un filou !Mon âme ne s’agrandit pas du tout en sa compagnie. Je dirai même que mon âme s’emplit de dégoût car je vais malgré moi au-delà des vers du poète, dès que je veux rétablir les faits et me rendre compte de ce qu’il ne montre pas ; je vois alors ce laquais dans les bras de cette reine, et cela n’est pas propre.
Au fond Ruy Blas n’est qu’une monstrueuse aventure qui sent le boudoir et la cuisine. Victor Hugo a beau emporter son drame dans le bleu du lyrisme, la réalité qui se trouve par-dessous est infâme. Malgré le coup d’aile des vers, les faits s’imposent, cette histoire n’est pas seulement folle, elle est ordurière ; elle ne pousse pas aux belles actions, puisque les personnages ne commettent que des saletés ou des gredineries, elle ne rafraîchit pas et ne réconforte pas, puisqu’elle commence dans la boue et finit dans le sang. Tels sont les faits.
Maintenant si nous passons aux vers, il est très vrai qu’ils expriment souvent les plus beaux sentiments du monde. Don César fait des phrases sur le respect qu’on doit aux femmes ; la reine fait des phrases sur les sublimités de l’amour ; Ruy Blas fait des phrases sur les ministres qui volent l’État. Toujours des phrases, oh ! des phrases tant qu’on veut !
Est-ce que par hasard les vers seuls seraient chargés de l’agrandissement des âmes ? Mon Dieu ! oui, et voilà où je voulais en arriver : il s’agit simplement ici d’une vertu et d’un honneur de rhétorique. Le romantisme, le lyrisme met tout dans les mots. Ce sont les mots gonflés, hypertrophiés, éclatant sous l’exagération baroque de l’idée. L’exemple n’est-il pas frappant : dans les faits, de la démence et de l’ordure ; dans les mots, de la passion noble, de la vertu fière de l’honnêteté supérieure. Tout cela ne repose plus sur rien : c’est une construction de langue bâtie en l’air. Voilà le romantisme. […]
Victor Hugo reste un grand poète, le plus grand des poètes lyriques. Mais le siècle s’est dégagé de lui, l’idée scientifique s’impose. Dans Ruy Blas, c’est le rhétoricien que nous applaudissons. Le philosophe et le moraliste nous font sourire.
Émile Zola, Lettre à la jeunesse (fragments).
À propos de l’entrée de RuyBlas à la Comédie-Française, en août 1880
18. janvier 2017 · Commentaires fermés sur Lambeaux : une écriture du souvenir pour se reconstruire · Catégories: Seconde
Charles Juliet compose une oeuvre originale qui poursuit différents buts : tout d’abord, se connaître lui-même et se découvrir au moyen de l’écriture ; Ensuite reconstruire sa vie en ressuscitant le personnage de sa mère , décédée alors qu’il était âgé de sept ans. Enfin recoller les morceaux de son identité divisée par cette adoption qui lui a permis de vivre entouré d’amour et de surmonter le traumatisme originel de cet abandon forcé.
juli3.jpg, janv. 2017
Consignes de travail et de révisions : lis le cours suivant sur le roman et cherche le sens des mots que tu ne connais pas (certains sont en rouge ou en italique; Note leurs définitions dans ton classeur de français et illustre les par un passage du roman auquel ils semblent particulièrement bien s’appliquer .
Pourquoi écrire ?
«…Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance. Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.
… Écrire pour déterrer ma voix.
Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m’unifier. »
Charles Juliet prend la parole pour tous les sans voix, ceux à qui on a ravalé les mots dans la gorge, ou qui n’ont pas su l’exprimer. Il parle de « toutes ces heures qui ont laissé les mains vides et ces jours que l’on n’a pas su perdre ». Son écriture est un viatique pour autrui.
« Écrire c’est exprimer cette part de soi qu’on découvre chez autrui, cette part d’autrui qu’on reconnaît en soi-même. Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l’aider à se connaître et à cheminer »
Il va à la rencontre de ses « ténèbres froides », de ses « traversées de la nuit ». Voyage d’Orphée pour retrouver ses ombres chères, et aussi tentative d’exorcisation d’une vie en miettes.
Lambeaux : un chemin de l’existence
Parmi cette perpétuelle introspection, descente dans les grottes de l’intime, Lambeaux occupe une place centrale ; ce petit livre est le plus connu de l’auteur. Juliet a voulu dresser une sorte d’hymne à la mère inconnue et à la mère qui l’a recueilli, la « toute- donnée ».
Dans ce livre fondateur enfin la voix du tout petit garçon qui hurle en lui, qui s’en veut de continuer à vivre, se fait entendre et dresse une écharpe de consolation à ses mères. Dans ce chant d’amour et de parole dénouée, de cet hymne de consolation impossible à rassasier, Juliet dresse un mémorial, un livre-tombeau.
Celui du fils qui réenfante sa mère, la remet au monde.
« Il pourrait se faire que ma mère qui est morte d’étouffement de n’avoir pu parler… trouve à parler à travers moi ».
Charles Juliet a sept ans quand sa véritable mère meurt de faim à trente-huit ans, dans l’asile psychiatrique où elle a été enfermée pour dépression après la naissance d’un quatrième enfant, lui. Huit ans d’enfermement abusif pour ainsi mourir comme les quarante mille malades mentaux morts de la faim.
« Celui qui « survit en toi »
continue de te dicter
nombre de tes mots
de tes actes »
Le récit est bâti en deux parties et trace en fait trois portraits : celui de la mère naturelle, celui de la mère nourricière et celui de l’auteur.
Un bref prologue pose les fondations de cette entreprise : faire ressusciter, récréer la lumière de la mère.
La première partie, la plus longue , fait revivre, ou plutôt vivre, sa mère. Cette mère morte de silence, désespérée qui ne pourra exprimer sa détresse dans ce monde paysan sans pitié qui lui refusera les études. Pris dans l’étau du père et du mari, elle ne peut exister que dans le devoir et la soumission. Cette vie âpre des champs et de dévouement absolu ne sera illuminée que par la lecture de la Bible, et la brève rencontre amoureuse, brève et tragique avec un jeune parisien tuberculeux. Les déchirures se multiplient. Cette descente dans la dépression, cette lente agonie, connaît son apogée avec la naissance de son quatrième enfant, le narrateur. Au lieu de lui insuffler l’amour de la vie, cela l’entraîne dans une tentative de suicide, puis l’enfermement, l’effacement et la mort en juillet 1942, à trente-huit ans. Charles Juliet en gardera un sentiment de culpabilité profond qu’il mettra longtemps à évacuer.
La deuxième partie est le récit « d’apprentissage », de cet enfant placé, à trois mois après l’internement de sa mère, auprès d’une famille d’accueil . Dans cette famille nombreuse de cinq filles, il grandira au rythme des saisons.Une autre mère, pleine d’amour remplace la première absente dès les premiers mois.
Manquant souvent l’école pour garder les vaches au milieu du silence des forêts et des collines, il souffrira de la solitude et il en retirera une sorte de terreur de l’enfance même : « La peur a ravagé ton enfance ». La plus grande peur sera celle de l’abandon.
Enfant de troupe à Aix-en-Provence à douze ans, il découvre la littérature et sa vocation de vouloir vouer sa vie à être un écrivain. Par les études il échappe à la malédiction de la solitude et de l’ennui.
Il découvre aussi le déchirement entre cette vie de caserne et sa vie de paysan. Voulant éprouver s’il était digne de vivre il fait lui aussi une sorte de tentative de suicide en vélo après une visite à son père naturel. Ce sera le tournant dans l’acception du vivre. Il sait qu’il mérite de vivre.
Le reste du livre décrira ses études, sa tentation de devenir médecin militaire et la soumission à la destinée du devoir d’écrire. La difficulté d’écrire, de faire une œuvre entraînera une crise profonde qui durera quinze ans.
Ainsi s’achève ce chemin où l’auteur comprend que sa vie est son œuvre, et son œuvre sa vie.
La boucle se ferme dans les dernières pages quand à l’intérieur même du livre écrit l’écrivain raconte le livre en train de s’écrire. Par cette mise en abyme le miroir de l’écrit reflète enfin la vie. La foi dans l’écriture a trouvé sa création. La thérapie a fonctionné.
Les lambeaux d’écriture
Ce livre est écrit en courts fragments, en lambeaux donc, en refusant toute forme romanesque. Il n’y a volontairement aucun lyrisme apparent. Tout est en suggestions, en ruptures et ellipses. Mots pesés et soupesés, tournés et retournés, pour leur juste densité.
Ce court livre écrit à la deuxième personne désignant indistinctement les trois personnages devient une stèle hiératique à la gloire de la lumière qui finit par percer, un chant sur « la douleur humble et aimante ».
Ce tutoiement et le recours constant au présent, abolissant toute notion de temps, donnent une force prenante à toute cette évocation.
L’écriture de Charles Juliet est frappante à la fois par sa grande nudité, et aussi par cette douceur grave. Une grande pudeur est présente, Juliet emploie d’ailleurs souvent le tutoiement comme pour tenir à distance celui qui écrit, donc lui. Son écriture n’est pas illumination mais longue macération vers le dépouillement. Du silence intérieur à la parole acceptée.
« Être un écrivain, c’est vivre le plus possible dans le silence, et demeurer à l’écoute de ces mots chuchotés qu’il importe de capter et de coucher par écrit. »
La vie enfin acceptée.
Il a réussi à vaincre par l’écriture la pauvreté, l’absence de savoir et de lectures, le silence et la dépression profonde, la tentation incessante du suicide, les doutes et les démons intérieurs.
Ce livre porte toutes les larmes de la mère que Juliet porte en lui :« Pardonne, ô ma mère, à l’enfant qui t’a poussée dans la fosse ».
Cette mère, il la récrée avec une infinie tendresse, il l’imagine prisonnière des hivers et des villages clos, et voulant à chaque printemps s’envoler hors de la glace des gens et des lieux. Il édifie un culte filial pour celle qu’il veut réchauffer d’un peu de chaleur humaine qu’elle n’a pas eue. Il frissonne avec elle dans les levers à l’aube dans le gel, il court avec elle vers la forêt. Il porte sa fatigue, « la fatigue, la fatigue, la fatigue ». Il écrit avec elle sur les murs de l’hôpital psychiatrique :
« Je crève, je crève. Parlez-moi. Parlez-moi. Si vous trouviez les mots dont j’ai besoin vous me délivreriez de ce qui m’étouffe ».
« Ni l’une ni l’autre de tes deux mères n’aura eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne savais pas t’exprimer, tu as dû longuement lutter pour conquérir le langage. Et si tu as mené ce combat avec une telle obstination, il te plaît de penser que ce fut autant pour elles que pour toi. Tu songes de temps à autre à Lambeaux .
« Tu as la vague idée qu’en l’écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu’elles ont toujours su ».
Lambeaux est bien en fait une magnifique lettre d’amour à sa mère Hortense Juliet, et à sa mère d’adoption Mme Félicie Rufieux. C’est aussi une lettre d‘amour à la vie. « Lorsqu’elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s’avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots.
Ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance.
Ceux et celles qui s’acharnent à se punir de n’avoir jamais été aimés.
Ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr.
Ceux et celles qui n’ont jamais pu parler parce qu’ils n’ont jamais été écoutés. Ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte. Ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge.
Ceux et celles qui n’ont jamais pu surmonter leur fondamentale détresse. »
Projet d’écriture : « Un jour, il te vient le désir d’entreprendre un récit où tu parlerais de tes deux mères, l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. Leurs destins ne se sont jamais croisés, mais l’une par le vide créé, l’autre par son inlassable présence, elles n’ont cessé de t’entourer, te protéger, te tenir dans l’orbe de leur douce lumière. Dire ce que tu leur dois. Entretenir leur mémoire. Leur exprimer ton amour. Montrer tout ce qui d’elles est passé en toi. »
13. décembre 2016 · Commentaires fermés sur RUY Blas et Hugo face à la critique : imagine que le dramaturge se défende … · Catégories: Seconde · Tags: Hugo, théâtre
Tout auteur , un jour, doit faire face à la critique; Certains s’agacent de voir leur talent contesté; d’autres comme Molière ,s’en remettent au public; d’autres encore comme Corneille passent leur temps à se justifier dans leur préfaces ou leurs postfaces; Respect des règles, innovation, modes ou imitation des Anciens, chaque point a son importance et les artistes peuvent parfois se montrer indifférents ou au contraire , extrêmement chatouilleux. Hugo n’a pas eu en tant que dramaturge le succès escompté et nombreux sont ceux, à son époque, mai également aujourd’hui , qui l’ont critiqué; Passons- en revue les principaux points sur lesquels il a été jugé..voici un petit florilège critique ..
Commençons tout d’abord par les deux sujets d’invention au choix :
Imaginez la réponse que Victor Hugo aurait pu écrire à Emile Zola après avoir lu sa lettre (document 4 )
Ou
Imaginez que Hugo aujourd’hui lise les critiques du site Babelio consacré à Ruy Blas (document 3) : il décide de répondre en écrivant un article où il prend la défense de sa pièce en tentant de comprendre le point de vue d’un lecteur d’aujourd’hui
Liste des documents
Document 1 : un article critique d’un spécialiste du théâtre hugolien
Document 2 : un rappel de sa position de chef de file du drame romantique
Document 3 : des articles de lecteurs tirés du site Babelio
Document 4 : la lettre d’Emile Zola à propos de la représentation de Ruy Blas en 1880
Document 1 : extrait d’un article publié dans la revue de l’ENS à propos des critiques du théâtre hugolien
Historiquement et essentiellement, le théâtre est un genre agonistique, pour ne pas dire polémique. Le conflit engendre le théâtre et, en retour, le théâtre provoque le conflit. Les nombreuses querelles et batailles qui jalonnent l’histoire du théâtre – Le Cid et Hernani, pour ne citer que les plus connues sinon les plus violentes – prouvent que le combat est infectieux et qu’il ne reste pas enclos dans le seul espace scénique. Parmi les confrontations que le théâtre appelle, qu’il nourrit et dont il profite, celle qui l’oppose à la critique que l’on appellera, faute de mieux, journalistique est haute en couleurs et en enseignements. Naguère, en effet, le théâtre vivait et mourait par la critique que dispensaient les journaux et leurs censeurs redoutés. Puisqu’il est un art de société, le théâtre s’expose plus qu’aucun autre genre littéraire et les dramaturges sont davantage aux prises avec les critiques que leurs (con)frères romanciers ou poètes. Plus attaqués que les autres, ils ont dû développer davantage leurs systèmes de défense et apprendre à répondre.
En tant que dramaturge, Hugo a rarement trouvé grâce aux yeux de la critique. Contre ce théâtre trop poétique, trop épique, trop sublime et trop grotesque – trop hugolien, en somme –, celle-ci fait rage et reproche à l’auteur tout ce qui fait son génie .Chacun de ses drames a été l’occasion d’un combat ; la publication en volume lui permet de se justifier et de riposter en cuirassant ses pièces d’un paratexte abondant, varié et destiné à anéantir les critiques qui ont été émises et prévenir celles qui viendront. La dimension agonistique perdure donc, quelle que soit la durée écoulée depuis le tumulte des représentations.
Hugo ne cite jamais les noms de ses détracteurs et ne relaie presque jamais les propos déplaisants qu’il a dû essuyer lors de la création des pièces : inutile d’élever la querelle en débat. Souvent il donne littéralement son congé à la critique : « L’auteur pourrait […] examiner une à une avec la critique toutes les pièces de la charpente de son ouvrage ; mais, il a plus de plaisir à remercier la critique qu’à la contredire »
Le vrai jugement est celui de la postérité. « Si son drame est mauvais, que sert de le soutenir ? S’il est bon, pourquoi le défendre ? Le temps fera justice du livre, ou la lui rendra. Le succès du moment n’est que l’affaire du libraire » écrit-il par exemple à la sortie de Cromwell.
Que lui a-t-on reproché ?
Hugo est fréquemment accusé de produire sur la scène des pièces immorales. Dans la préface de Lucrèce Borgia, il réplique et se défend.
On lui reproche également la dimension grotesque ;
En 1882, si le grotesque dérange toujours, Hugo est devenu une telle idole qu’on lui passerait la plupart de ses excès. La finalité de ces variantes n’est pas pratique mais polémique : montrer à quel point les versions finalement choisies par Hugo sont supérieures en raison même de ce que l’on considère encore comme une faute de goût.
Une autre critique fréquemment adressée à Hugo, comme à tous les forgeurs de fiction, est celle de maltraiter l’histoire dans ses drames. Sur ce point, sa défense ne variera jamais : tout en plaidant sans cesse pour la liberté du créateur, Hugo multiplie les preuves de bonne foi et d’érudition
Hugo, l’homme-océan, ne peut se contenir dans les limites usuelles qu’on impose aux dramaturges. S’il sait faire parler des personnages, il veut également prendre la parole lui-même jusqu’à l’extrême limite. Il entend montrer qu’il est le maître du jeu dramatique et éditorial, l’énonciateur tutélaire caché derrière tous les personnages, présent d’un bout à l’autre du volume et qui étouffe toute autre voix, fût-elle celle de la critique. Il prouve à nouveau qu’il est bien le « génie sans frontières » dont parlait Baudelaire. La mainmise qu’il voulait sur le théâtre comme art vivant, Hugo la réalise lorsqu’il imprime ses drames.
Document 2 : un rappel de sa position de chef de file du drame romantique
Chef de file du Romantisme : Le créateur du drame romantique
En 1827, la préface que Victor Hugo rédigea à sa tragédie, Cromwell – sa première œuvre dramatique -, devint immédiatement le manifeste du théâtre romantique. Ce traité se divisait en trois parties : la première, à finalité destructrice, condamnait les règles aristotéliciennes de l’unité de lieu et de temps (deux des règles appliquées dans le théâtre classique), la deuxième partie recommandait en revanche de conserver la seule règle aristotélicienne acceptable, celle qui concernait l’unité d’action, tandis que la troisième partie affirmait le droit et le devoir, pour l’art, de représenter la réalité sous tous ses aspects. Hugo définissait ainsi, contre l’esthétique du théâtre classique, les règles d’un nouveau genre théâtral, le drame romantique.
Le drame romantique né des théories de Hugo se caractérise par l’introduction du laid et du grotesque sur la scène théâtrale, par un plus grand souci de la couleur locale et surtout par le mélange des genres – puisqu’au sein d’un même drame figurent des éléments tragiques et comiques.
Le 25 février 1830, la représentation de la pièce Hernani, qui donne à Hugo l’occasion de mettre lui-même en pratique ses principes, se déroula dans une atmosphère surchauffée par les polémiques entre défenseurs de la tradition et tenants des nouvelles doctrines. C’est cette soirée mouvementée, restée dans l’histoire littéraire sous le nom de « bataille d’Hernani », qui fit officiellement de Hugo le chef de file du Romantisme français. Hugo illustra encore ses théories au théâtre, notamment avec des drames passionnés comme Le roi s’amuse (1832), interdit par la censure, Lucrèce Borgia (1833) ou Ruy Blas (1838), un de ses drames les plus connus.
L’homme de génie s’inquiète peu des diatribes, des harangues et des clameurs de ses ennemis; il sait qu’il aura la parole après eux. (Faits et croyances)
· Le beau n’a qu’un type; le laid en a mille. (Cromwell, préface)
Les grandes révolutions naissent des petites misères comme les grands fleuves des petits ruisseaux.
Document 3 : des articles de lecteurs tirés du site Babelio
rb85.jpg, déc. 2016
Quand un auteur est convaincu de l’enjeu politique et social de la littérature, il est inévitablement porté à s’intéresser au théâtre, art bien plus populaire que celui de la littérature, surtout au XIXe siècle, quand le théâtre était le seul moyen de transmettre une oeuvre écrite inaccessible à la majorité analphabète d’une population. Victor Hugo étant un auteur ayant toujours cherché à créer pour ceux qui n’en n’ont pas les moyens et en ont le plus besoin, il était logique qu’il lance définitivement sa carrière littéraire par le théâtre, et pas n’importe quel théâtre, un théâtre débarrassé des restrictions classiques, un théâtre romantique, exalté, lyrique et emporté, cherchant à satisfaire autant l’intellectuel porté sur l’exactitude historique et le caractère des personnages que le sentimental adepte des intenses peintures des passions.
Lancé par “Cromwell” et surtout par “Hernani” , le drame romantique hugolien atteint son apogée avec “Ruy Blas“. Bien que ce texte puisse heurter, et même faire sourire, les professionnels de notre théâtre contemporain, il n’en garde pas moins une grande fraîcheur par la beauté et la vigueur de ses vers, la force de ses images et son indéniable caractère populaire. Il est vrai qu’aujourd’hui, les auteurs cherchent avant tout à ne pas être populaire et à créer, non pas pour tous, mais pour certains. le théâtre perd ainsi (peut-être au profit de la télévision et du cinéma ?) ce qui fit sa grandeur et lui donnait tout son sens : être l’élément déclencheur d’un engouement populaire, être créateur de lien social. Ce que Victor Hugo réussit à faire par son théâtre, par ce fameux drame éminemment politique d’un valet épris de la reine d’Espagne, d’un homme du peuple ayant des velléités d’insoumission, d’égalité et de liberté, dans un temps où les incompétences de l’aristocratie commençait à faire de l’ombre aux nouvelles forces et aux volontés aiguisées d’une classe bourgeoise désirant tenir, elle aussi, les rênes de son destin.
J’adore cette pièce. Une histoire d’amour flamboyante, une imposture, l’arrière-plan du peuple en marche hugolien, un vilain digne de Frollo (Don Salluste) et une fin shakespearienne dans le sang. Je vénère Shakespeare, adore Hugo, et lorsque le second est le plus proche du premier, son maître, je ne peux qu’applaudir. Il déverse dans cette pièce toute sa passion, conjuguée à un décor espagnol qui s’y prête tellement
Assez déçu par cette pièce de théâtre de Victor Hugo (je préfère ses romans et ses poésies à ses pièces de théâtre !). Ma déception est due au célèbre film “la folie des grandeurs” (avec Montand et de Funès) tiré de cette pièce et que j’ai vu et adoré. Dans cette pièce, les passages comiques n’apparaissent pas (ça je m’en doutais un peu, j’imagine mal Victor Hugo écrire le passage comique du chien qui baise la main à Alice Sapritch !!!). La pièce est plus dramatique car Don Salust surprend Ruy Blas avec la Reine et essaie de les faire chanter. Ruy Blas tuera Don Salust et se tuera en avalant du poison, c’est effectivement moins gai que le film !
J’ai trouvé le thème de cette pièce très actuel, même si les hommes de pouvoir dont elle parle sont des aristocrates de l’Espagne du 17ème siècle… C’est son intérêt principal, sans compter, bien sûr, la belle écriture de Victor Hugo ! Mais à mon goût, l’intrigue est trop rocambolesque, l’histoire d’amour trop romantique. Finalement, ce que j’ai préféré, c’est la préface écrite par Victor Hugo ! Je pense que j’aurais plus apprécié cette pièce si je l’avais vue au theâtre, car elle pleine de rebondissements, de portes qui claquent, et il faut que ça aille vite, il faut du spectacle…
Ne criez pas, madame! Je m’appelle Ruy Blas et ne suis qu’un navet!
Je n’ai pas un grand goût décidément pour le drame hugolien, même si Ruy Blas a des accents légèrement plus convaincants que ceux d’Hernani, tout m’y semble forcé, empesé, ampoulé, téléphoné- pour tout dire vaguement ridicule – alors que l’esthétique du drame devrait être celle d’une fertile liberté de ton, d’un créatif mélange des genres…
Si je suis tétanisée d’effroi, pétrifiée par la beauté des tragédies classiques, raciniennes ou sophocléennes, le drame hugolien, lui, me laisse de marbre et m’ennuie même énormément…
Je vais même vous faire une confidence, que je ne me risquerais jamais à faire sur un réseau de doctes lettrés comme celui de Babelio, mais nous sommes entre nous, pas vrai? Ruy Blas ne m’a vraiment transportée d’aise que quand j’ai vu, au cinéma, sa parodie, La Folie des Grandeurs, avec l’inénarrable de Funès dans le rôle de Don Salluste!!
Le théâtre de Victor Hugo – soyons cruel, pour une fois, envers cet immense auteur -, c’est un peu du sous-Shakespeare: ça mélange le tragique et le comique; ça parle beaucoup, dans des vers grandiloquents; ça passe de la perfidie la plus noire à la noblesse (forcément chez le serviteur, Hugo renverse toujours tout) la plus honorable. Un valet aime une reine, un perfide se venge, un voleur se fait voler, et tout cela s’exalte à foison, pousse de hauts cris, se veut grandiose. Bref, nous ne sommes plus des romantiques. Ruy Blas, pour les cyniques du vingt-et-unième siècle, n’est plus que le prélude à La Folie des Grandeurs, dont Hugo, à coup sûr, était atteint.
C’est toujours pareil avec moi et les écrits d’Hugo : je trouve son style puissant, ses vers sublimes, et je déteste ses histoires. Je dois même avouer que j’ai éclaté de rire à la réplique finale !
Je me suis pressé à lire Ruy Blas, je n’ai pas réellement pu apprécier la complexité de la pièce. Malgré tout j’ai particulièrement aimé. Je ne connaissais pas Victor Hugo en tant que dramaturge, et pourtant il y a du talent. J’ai vraiment pénétré dans le Royaume espagnol de l’époque. J’ai adoré découvrir l’aristocratie, j’ai adoré la tirade de Ruy Blas au gouvernement, j’ai adoré la politique du personnage.
Document 4 : la lettre d’Emile Zola à propos de la représentation de Ruy Blas en 1880
ZOLA CONTRE RUY BLAS
Zola rend d’abord hommage à Hugo en tant que poète, mais critique sa philosophie “conduisant la jeunesse à tous les mensonges du lyrisme, aux détraquements cérébraux de l’exaltation romantique “. Il poursuit ainsi :
[…] Et nous venons bien de le voir, à cette représentation de RuyBlas, qui a soulevé un si grand enthousiasme.
C’était le poète, le rhétoricien superbe qu’on applaudissait. Il a renouvelé la langue, il a écrit des vers qui ont l’éclat de l’or et la sonorité du bronze. Dans aucune littérature, je ne connais une poésie plus large ni plus savante, d’un souffle plus lyrique, d’une vie plus intense.
Mais personne, à coup sûr, n’acclamait la philosophie, la vérité de l’œuvre. Si l’on met à part le clan des admirateurs farouches […] tout le monde hausse les épaules aujourd’hui devant les invraisemblances de Ruy Blas. On est obligé de prendre ce drame comme un conte de fée sur lequel l’auteur a brodé une merveilleuse poésie. Dès qu’on l’examine au point de vue de l’histoire et de la logique humaine, dès qu’on tâche d’en tirer des vérités pratiques, des faits, des documents, on entre dans un chaos stupéfiant d’erreurs et de mensonges, on tombe dans le vide de la démence lyrique.
Le plus singulier c’est que Victor Hugo a eu la prétention de cacher un symbole sous le lyrisme de Ruy Blas. Il faut lire la préface et voir comment, dans l’esprit de l’auteur, ce laquais amoureux d’une reine personnifie le peuple tendant vers la liberté, tandis que don Salluste et don César représentent la noblesse d’une monarchie agonisante. On sait combien les symboles sont complaisants […] Seulement celui-ci, en vérité, se moque par trop du monde.
Voyez-vous le peuple dans Ruy Blas, dans ce laquais de fantaisie qui a été au collège, qui rimait des odes avant de porter la livrée, qui n’a jamais touché un outil et qui, au lieu d’apprendre un métier, se chauffe au soleil et tombe amoureux des duchesses et des reines ! Ruy Blas est un bohème, un déclassé, un inutile : il n’a jamais été le peuple. D’ailleurs admettons un instant qu’il soit le peuple, examinons comment il se comporte, tâchons de savoir où il va. Ici, tout se détraque. Le peuple poussé par la noblesse à aimer une reine, le peuple devenu grand ministre et perdant son temps à faire des discours, le peuple tuant la noblesse et s’empoisonnant ensuite : quel est ce galimatias ? Que devient le fameux symbole ? Si le peuple se tue sottement, sans cause aucune, après avoir supprimé la noblesse, la société est finie.
On sent ici la misère de cette intrigue extravagante, qui devient absolument folle, dès que le poète s’avise de vouloir lui faire signifier quelque chose de sérieux. Je n’insisterai pas davantage sur les énormités de Ruy Blas, au point de vue du bon sens et de la simple logique.
Comme poème lyrique, je le répète, l’œuvre est d’une facture merveilleuse ; mais il ne faut pas une minute vouloir y chercher autre chose, des documents humains des idées nettes, une méthode analytique, un système philosophique précis. C’est de la musique et rien autre chose.
J’arrive à un second point. Ruy Blas, dit-on, est un envolement dans l’idéal ; de là, toutes sortes de précieux effets : il agrandit les âmes, il pousse aux belles actions…(la suite sur votre document polycopié..)
À propos de l’entrée de RuyBlas à la Comédie-Française, en août 1880
04. décembre 2016 · Commentaires fermés sur Faites entrer l’accusé: la réalisation du procès · Catégories: Seconde
Notre projet est maintenant commencé et les groupes avancent ..à des rythmes différents ; un point rapide sur l’organisation du travail et la répartition effective des rôles ; Nous avons 5 Don Juan à notre disposition ; les spectres également sont plus nombreux que dans la pièce ainsi que les ex abandonnées . La mère de Don Don juan hésite entre la défense et l’accusation contrairement à son père qui le considère (à tort selon Molière ) comme un bon fils. Notre tribunal est constitué d’une greffier, d’une juge est de différents avocats , plus ou moins efficaces d’ailleurs. Voyons un peu ce qui reste à travailler …
Tout d’abord, la première difficulté réside dans la prise en charge de la partie technique : les metteurs en scène doivent penser aux accessoires , au montage du plateau (mise en place rapide et démontage) , à la bande son et éventuellement à la création d’un document projeté ( qui comporterait les noms des acteurs ..des photo -montage, des bandes musicales, et des enregistrements pourraient compléter le dispositif technique de régie)
Ensuite les metteurs en scène devront régler le déroulement des scènes avec un ordre de passage strict qui sera distribué à chaque groupe de comédiens et des consignes précises qui seront données à l’ensemble des participants durant la répétition générale du mercredi, veille du spectacle et de la représentation. L’idéal serait de minuter les scènes répétées par les groupes de personnages.
Il faudra aussi que les textes écrits par les acteurs soient ponctués d’indications scéniques ; en effet, il est important de savoir comment devront être prononcées les répliques .
La présentation du spectacle : elle pourra être assurée par la greffière qui, à la manière d’une journaliste sur un reportage, devra donner aux spectateurs des indications sur ce qu’ils vont voir; la pièce imite elle déroulement d’un procès et juge un accusé Don Juan.
La juge qui préside les débats a un rôle important sur plusieurs plans : elle doit introduire les différents témoins , prévoir les enchainements entre les groupes et imiter le véritable déroulé d’un procès en appelant les témoins à la barre, en s’entretenant avec les avocats et en faisant régner l’ordre dans la salle d’audience.
Les avocats se relaient auprès de l’accusé pour prendre en charge les accusations (on les appelle alors des procureurs) ou pour défendre leur client; ils questionnent les témoins, demandent au juge des reports d’audience ou la permission d’interroger un nouveau témoin . Le vocabulaire juridique doit être employé à bon escient : chefs d’accusation, preuves , alibi, reconstitution du crime, plaidoirie, réquisitoire, liste des griefs , liste des charges.
Les témoins : leur rôle est déterminant et ils vont nous faire découvrir différents aspects du personnage ; certains sont en concordance avec l’intrigue imaginée par Molière; d’autres en revanche,sont issus de votre imagination et apportent quelques notes de fantaisie à une histoire connue qu’il permettent ainsi de transformer. On entendra donc plusieurs ex- compagnes du séducteur : certaines en colère et d’autres encore amoureuses.
Les textes des acteurs : dans l’ensemble , vos répliques ne sont pas suffisamment étoffées et les didascalies très lacunaires .
Bon courage car il faut que tout soit prêt pour le 15….
13. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Les lettres au théâtre : simples accessoires ou véritables instruments ? · Catégories: Seconde · Tags: Hugo, théâtre
Quoi de moins scénique qu’une lettre? par définition, elle est écrite pour être lue par son destinataire et son contenu n’a pas pour vocation d’être exposé au public .A moins qu’il s’agisse justement d’une lettre publique appelée aussi lettre ouverte ; De nombreux dramaturges ont eu recours à ce qui n’est parfois qu’un artifice pour rendre le hors- scène présent ; prenons quelques exemples ..
Dans Cyrano de Bergerac, pièce d’Emond Rostand, Roxane lit à voix haute, les lettres d’amour qu’elle pense avoir été écrites par Christian mais au cours d’une scène célèbre, les spectateurs apprennent que Cyrano est en réalité l’auteur des mots d’amour que Roxane reçoit ; il prête se mots et sa plume au beau Christian et masque ainsi sa laideur et sa timidité derrière le visage d’un autre . Dans Ruy Blas, plusieurs lettres vont jouer un rôle important ; Au début de la pièce, Salluste, marquis de Finlas, fait écrire à Ruy Blas son valet, une sorte de contrat d’allégeance qui stipule qu’il agit pour son compte exclusivement; Ensuite, nous apprenons que Ruy Blas écrit, en secret, des mots d’amour à la reine et les dépose sur un banc dans le jardin avec un bouquet de ses fleurs préférées.
La reine va même recevoir une lettre totalement anodine du roi qui lui annonce fièrement qu’il a tu six loups; A cette occasion, elle
va découvrir que Ruy Blas est l’auteur des billet doux qu’elle reçoit régulièrement car elle a reconnu son écriture ; en effet, le roi a dicté osa propre émettre à Ruy Blas et ce dernier est chargé de l’apporter à la reine ; la lettre jeu donc ici un double rôle dramatique; elle donne une présence te une voix au personnage du roi mais elle fait également avancer l’intrigue dans la mesure où elle permet à la reine de découvrir l’identité de son mystérieux amant romantique .
Vous avez le choix , pour compléter l’intrigue de Ruy Blas , de composer une de ces 4 lettres
Un lettre de Don Sallust dans laquelle il tente de trouver des arguments afin que son cousin césar alias Zafari accepte de lui prêter main-forte dans ses projets de nuire à la reine.
une lettre du roi d’Espagne qui en mission à l’étranger écrit à la reine; il lui révèle des secrets d’Etat, le contenu de sa mission qui a pour but de rendre à l’Espagne sa gloire passée ; A la fin de sa missive, il glisse quelques mots plus intimes pour son épouse.
Ruy Blas avant de se suicider en buvant la fiole de poison, laisse une lettre pour la reine et lui tend juste avant de mourir; elle la lit sur scène au moment où le jeune homme agonise ou juste après son trépas.
Après la mort de Ruy Blas, la reine découvre qu’elle est enceinte ; elle cache au roi cette liaison secrète avec Ruy Blas mais elle décide alors d’écrire une lettre destinée à son futur enfant pour lui révéler les circonstances de sa conception .
Dans tous les cas, quel que soit le sujet qui vous inspire, vous devrez mettre en scène la lettre en précisant dans quelles circonstances elle est, soit écrite, soit lue. Votre texte comporter donc une série de didascalies qui indiquent clairement la mise en scène avec la position des personnages, des éléments de décor et de scénographie. (4 pts)
Votre lettre se composera ensuite des formules d’usage : adresse, date , envoi et signature; vous veillerez à respecter la langue du dix-neuvième siècle et l’orthographe en usage actuellement (4 pts)
Les éléments de contenu de cette épître seront en relation, à la fois avec le personnage mais surtout avec les éléments déjà connus de l’intrigue ; vous pourrez donc vous inspirer librement de certains scènes pour inventer ces lettres mais vous respecterez scrupuleusement les indications données par le dramaturge à l’intérieur de Ruy Blas. (8 pts)
Après avoir lu et en étudiant en classe la pièce de Molière , vous avez désormais une idée plus précise du personnage de Don Juan et vous allez devoir mettre en scène son procès. Il faudra tout d’abord reconstituer une cour de justice et désigner un juge qui dirigera les débats, un avocat de la défense qui prononcera une plaidoirie en faveur de l’accusé, un procureur qui instruira à charge en rappelant les griefs contre l’accusé.Vous devrez également imaginer les différents témoins qui se succéderont à la barre et leurs témoignages. Vous jouerez cette pièce dans la salle polyvalente du lycée devant une autre classe qui elle aussi a étudié la pièce.
Pour reconstituer ce tribunal, vous pourrez bien évidemment vous inspirer des différents personnages de la pièce comme le valet Sgnarelle et celui de doña Elvire Gusman, les frères d’Elvire qui rêvent de venger l’honneur bafoué de leur sœur. Les femmes seront nombreuses à ce procès et en plus d’Elvire, de Mathurine et de Charlotte, il est tout à fait possible d’inviter et d’imaginer plusieurs anciennes conquêtes de Don Juan que vous ferez venir pour l’occasion et que vous présenterez au public. Les hommes seront également représentés avec Pierrot qui devra s’exprimer avec son accent paysan ainsi que Lucas . Vous pouvez aussi créer en plus du personnage de marchand de Monsieur Dimanche, de nouveaux personnages comiques ou tragiques de créanciers. Certains témoignages sont particulièrement attendus comme celui du pauvre et celui du Commandeur. En plus de ces témoins que vous avez croisés dans la pièce , vous avez l’opportunité d’inventer de nouveaux caractères .
Consignes pour le travail de groupe.
Vous formerez des groupes de 4 au maximum et au sein de chaque groupe, vous travaillerez individuellement le texte du personnage dont vous jouerez le rôle le jour de la représentation . Le personnage de Don Juan principal accusé ,sera interprété , à tour de rôle par au moins 6 élèves différents car il devra répondre à chaque accusation
Liste des rôles à distribuer . L’idée est que chacun joue un rôle …à sa mesure
6 Don Juan au minimum
2 ou 3 juges qui auront en charge l’organisation des débats
Au moins 3 avocats pour la défense et 3 ou 4 pour l’accusation
une douzaine de témoins dont les interventions ne seront pas limitées à des prises de paroles car ils devront répondre aux questions des avocats
Chaque groupe écrira entièrement les répliques des personnages et les questions des avocats . Il sera nécessaire que les groupes désignent un coordonnateur qui travaillera avec les coordinateurs des autres groupes, à la reconstitution du déroulement du jugement.
Deux ou trois élèves pourront s’improviser metteurs en scène, scénographes et accessoiristes. Ils seront chargés de la mise en scène du projet et dirigeront toutes les répétitions . Il est bien entendu possible de se servir du texte de Molière et d’inventer de nouveaux aspects du personnage , en concordance avec ceux que vous avez entrevus.
Modalités d’évaluation .
Ce travail de longue haleine sera évalué de trois manières . Une note d’investissement par groupe sur 5 qui sera l’indicateur du sérieux et de la motivation de l’ensemble du groupe. Une seconde note évaluera le travail écrit qui sera rendu par chaque élève soit sous forme d’un texte de théâtre monologue et dialogue , soit sous la forme de notes de mises en scènes . La troisième note tentera d’évaluer la performance scénique le jour de la représentation et reposera sur la maîtrise du texte , la conviction du jeu et parfois la capacité à improviser et à se montrer crédible .
13. octobre 2016 · Commentaires fermés sur Don Juan ou défendre l’indéfendable: l’éloge paradoxal ! · Catégories: Seconde · Tags: Molière
Dans sa pièce de théâtre, Molière prend position sur des sujets de société qui font débat à son époque . Il craint la censure de l’Eglise qui grâce à certains de ses membre haut placés dans l’entourage du roi Louis XIV et de la reine Catherine de Médicis, pourraient réussir à faire interdire les représentations . C’est pourquoi il dissimule certaines de ses critiques derrière l’humour de Sganarelle , ce valet poltron qui admire son maitre tout en le détestant . Mais qu’est-ce au juste qu’un éloge paradoxal et comment se fabrique-t-il ?
Ainsi la comédie s’ouvre sur un éloge paradoxal du tabac; A cette époque, les médecins sont partagés sur les bienfaits et les méfaits du tabac; Certains docteurs recommandent son usage à des fins thérapeutiques: le tabac permettrait de soigner certaines affections et il aurait des vertus curatives ainsi que l’affirme Sganarelle dans sa tirade; toutefois, l’Eglise qui juge l’usage du tabac amoral , tente d’interdire sa vente pour ainsi en limiter l’usage; Molière juge cette attitude abusive et invite ici une forme de défense des fumeurs en imaginant des arguments loufoques pour soutenir leur point de vue; ainsi le tabac rendrait généreux, et seuls les fumeurs seraient dignes de vivre ; cet éloge est comique parce qu’il est exagéré et que les arguments employés par Sgnarelle ne sont pas tous recevables; certains sont mêmes totalement fallacieux, erronés, illogiques, irrecevables.
Plus tard dans la pièce,c’est Don Juan cette fois qui se livrera à un éloge de l’infidélité ; ce qui peut là encore sembler paradoxal car l’infidélité est considérée comme quelque chose de mal, de contraire aux usages et d’immoral. Il peut donc paraître étrange de voir un personnage défendre les thèses de ceux qui soutiennent l’infidélité amoureuse. On les appelle des libertins à l’époque de Molière car ils ne pensent qu’à leur liberté d’action et refusent les contraintes , les normes et les usages en vigueur. En faisant de Don Juan un libertin en amour et un libre-penseur, Molière nous amène à réfléchir sur l’intolérance et les moeurs de son époque; Ainsi Don Juan donne plusieurs arguments en faveur de l’infidélité : lis ce passage (en pièce jointe à la fin de l’article ) , repère les principaux arguments avancés par Don Juan et choisis à ton tour de défendre l’indéfendable en imaginant et en créant une tirade d’un personnage qui prendrait la défense, sur un ton comique, de quelque chose qu’habituellement tout le monde condamne .
L’évaluation de ton travail sera établie sur les critère suivants
pertinence du choix de l’objet à défendre (2 pts)
qualité des arguments employés (4 pts-)
qualité des exemples inventés (4 pts)
variété des arguments (2 pts)
correction de la langue (vous n’êtes pas obligés de demeurer dans le contexte du dix-septième siècle ) 4pts)
présence du registre comique (4 pts)
Pour t’aider ..
L’éloge paradoxal valorise ce qui peut être tenu d’ordinaire pour trivial ou néfaste. Cette pratique est devenue une sorte de tradition littéraire dans les écoles de rhétoriques. Elle laisse libre cours aux vertus ironiques du paradoxe.
Dom Juan comporte de nombreux éloges paradoxaux :
– Eloge du tabac, I, 1
– Eloge de l’inconstance, I, 2
– Eloge de la médecine, III, 1
– Eloge de l’hypocrisie, V, 2
Les effets conjugués de l’ironie et de la parodie favorisent une double démystification des thèmes de l’idéologie de l’époque (morale, religion, honneur, mariage, gloire). Mimés, parodiés par Don Juan, ils deviennent ridicules. Parodiés par Sganarelle, ils nous renvoient une image caricaturale de l’idéologie.
L’éloge paradoxal emploie la parodie que l’on peut définir comme un mécanisme par lequel un texte littéraire imite en déformant pour faire rire (emploi de l’ironie, de l’emphase, de l’hyperbole, du burlesque, de l’héroï-comique…) soit un autre texte, soit certaines caractéristiques et procédés d’un genre, d’un courant de pensée… Les effets de décalage sont nombreux, ils comportent l’apparition d’un élément inattendu et incongru (par ex. référence à Aristote et à la philosophie dans l’éloge du tabac), ce qui est noble ou sérieux est dévalorisé, les sujets triviaux sont présentés comme nobles.
Un peu moins sérieux , voici quelques (bonnes) idées trouvée dans un forum sur web-tricheur ; Un élève voulait faire un éloge paradoxal de la guerre… voilà son brouillon ..
Guerre: les points à défendre
-réponse à la surpopulation en cas de guerre nucléaire ou quand y’a bcp de monde, fait fonctionner l’économie avec les armes et autres traffics, fait évoluer la science, permet à la fin des conflits de créer des organisations internationales du style la SDN après la WWI, l’ONU ou même l’OTAN pour se protéger, ça fait de l’audience pour le 20h… . Ca permet aussi à certains d’être connus : héros de guerre comme les hommes de band of brothers ou les écrivains /scénaristes qui s’inspirent du conflit pour écrire, ex “platoon” de Olivert Stone.
Cet élève a commencé par des arguments et il a également cité 2 exemples avec la SDN, et le film Platoon. Essayez pour votre travail de trouver un exemple pour chaque argument !
Comment et à partir de quels éléments construire un paysage état d’âme ?
Cette notion a été abordée dans le cadre de l’étude de l’écriture poétique et elle caractérise les tentatives des poètes d’établir des correspondances entre des éléments naturels et des éléments spirituels. Ils se servent , par exemple, de symboles comme les saisons pour suggérer leurs sentiments. Prenons quelques exemples avec Verlaine, Baudelaire et quelques autres …
Lorsque Verlaine écrit “les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone” , il établit des correspondances , c’est à dire des liens entre ce qu’il ressent (sentiment de lassitude et d’ennui traduit au moyen du nom langueur) et une sorte de paysage imaginaire qui contient les éléments suivants :
des sensations auditives mêlées avec sanglots qui connote la tristesse et violon qui est un instrument de musique souvent utilisé pour des compositions tristes
une saison à savoir l’automne qui est la saison de la mélancolie
Prenons un autre exemple avec L’Invitation au voyage de Baudelaire : le poète invite le lecteur à l’accompagner dans un endroit idéal où ” là tout n’est qu’ordre et beauté , luxe calme et volupté”
Il compose ce lieu idéal avec des objet qu’il apprécie particulièrement comme des meubles précieux; il ajoute également des sensations olfactives avec des fleurs aux parfums rares et la senteur de l’ambre; il place au centre de ce paysage la femme aimée et le lieu de leur amour : une chambre dans laquelle ils sont ensemble et d’où ils contemplent un magnifique coucher de soleil sur la ville : ” hyacinte et or ” sont les couleurs choisies par Baudelaire. Les couleurs vont jouer un rôle important dans votre paysage ; Pensez à les décliner et à en indiquer les nuances: beau outremer, bleu turquoise, clan, pourpre, rubis, rouge carmin…
A vous de jouer maintenant ..
Choisissez des objets que vous aimez , qui vous semblent beaux, un endroit dans lequel vous vous sentez bien (soit un décor naturel comme une plage , une clairière ) soit à l’intérieur d’une maison ; décrivez ces objets ou ce décor en utilisant des adjectifs qualificatifs mélioratifs ; Pensez à ajouter des couleurs, des odeurs, des saveurs, des éléments qui suggèrent la douceur du toucher (pensez par exemple aux matières comme le velours, la soie, le taffetas.) N’oubliez pas les sensations visuelles avec la beauté des éléments naturels ( le soleil mais pas trop brûlant, le vent tiède, l’herbe si vous appréciez la campagne ou le sable si vous préférez la plage ). Pensez également à des lieux sécurisants, des refuges où on se sent à l’abri : “la courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur” , écrit le poète Paul Eluard pour parler de celle qu’il aime .
L’ être aimé peut à lui seul représenter le paysage idéal et son corps se transforme alors en territoire comme avec ce poème de Senghor dédié, à la fois à l’Afrique et à la femme noire.
Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais
lyrique ma bouche Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux
flancs des princes du Mali Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains
Emile Verhaeren, comme de très nombreux poètes , se montre sensible à cette mélancolie inspirée par l’automne ou que la saison automnale sert à traduire . Poète symboliste, il est l’un des premiers à utiliser le vers libre pour ses compositions souvent intimistes. A l’approche de l’hiver, le poète se sent plutôt d’humeur sombre et il compose un paysage état d’âme en 21 vers qui comporte à la fois des éléments naturels et des sentiments.
Examinons de plus près les correspondances entre les différents composants de ce texte poétique. Une fois notre inventaire terminé, il vous faudra répondre à quelques questions et en classe, nous tenterons de mettre de l’ordre dans nos idées pour ébaucher un commentaire littéraire. N’hésitez pas à imprimer ce billet si vous le pouvez.
Voyons tout d’abord la versification : 21 vers irréguliers
Les plus courts comptent 4 syllabes comme le 3 et le 5 ; beaucoup sont des octosyllabes ( le 2, le 4, l e10 ) ou des décasyllabes (le1 ,le 6 ) et on repère même des alexandrins comme le 7 , le 8 ..) on parle donc de mètre irrégulier ou de vers hétérométriques
Quelques rimes à retenir : suivies et ensuite embrassées et même croisées ; Le poète ne suit pas un schéma particulier : il utilise différentes possibilités pour combiner les rimes.
Les couples intéressants : automne et monotone;pourrir et mourir qui fait un lien entre la Nature et la vie de l’Homme; ce qui crée une correspondance entre le matériel et le spirituel .Jour et regret sourds qui montre la mélancolie du poème.
Les éléments naturels : ils forment un paysage triste avec d’abord le ciel ; il pleut et le ciel est gris
pluie morne : personnification de la pluie qui est vue comme quelqu’un de triste
Filasse , connotation péjorative avec le suffixe asse; signifie débris de fils non encore tissés, tissu effiloché et par extension, cheveux blonds pâles , fins et mal peignés (fin rayons de soleil ? )
Suie v1 couleur de la cendre, connote le gris et la saleté.
le vent : plusieurs qualificatifs comme tenace (personnification ) et monotone: on imagine un vent qui souffle en permanence ; ce vent est connoté lui aussi négativement comme la pluie; on l’accuse d’être responsable de la chute des feuilles ; ainsi dénudés par le vent, les arbres perdent leurs couleurs et leur beauté. Le vent est comparé à un rôdeur c’est à dire un voleur qui vient dérober la vie ,accélérer le processus de la mort des feuilles.
or et pourpre sont deux couleurs qui désignent les feuilles jaunes, dorées et les feuilles rouges de certains feuillus qu’on trouve au mois d’octobre dans les contrées tempérées ;
les feuilles apparaissent au vers 9 et sont comparées à des mains ; leur chute symbolise leur mort avec d’une part la couleur noire et ensuite le verbe gésir qui signifie demeurer sans bouger particulièrement quand on est mort (un gisant est une tombe qui reproduit la forme d’un corps allongé)
Il s’agit d’un paysage de plaine banal de campagne avec un chemin bordé d’arbres et on entend la cloche d’une église qui sonne le glas ; il s'agit de la sonnerie aux morts.
Après avoir repéré les différents éléments naturels qui forment ce paysage , on peut passer à l’étude des champs lexicaux dominants ;
Le champ lexical de la mort est assez développé dans le poème : pourrir au vers 3 et mourir au vers 6, le verbe gésir au vers 10 et surtout le vers 15 “sous un vague tombeau d’ombre et de crépuscule” qui mêle la tombée de la nuit et l’obscurcissement à l’idée de la mort- avec des mots qui peuvent faire penser aux deux domaines , matériel et spirituel comme ombre. (les ombres désignent les morts pour les Anciens ) ; La mort avance et la vie recule , se tasse jusques au fond du sol : cette image d’une vie recroquevillée , à terre , peut nous faire penser à la victoire de la mort dans ce combat sans merci qui l’oppose à la vie . Ainsi la cloche finale annonce de manière symbolique cette mort à l’approche. Le mot mort se retrouve en position forte, dans le dernier vers du poème, associé à sac de bois . La comparaison ici rapproche la fin de l’année à quelque chose qu’on jetterait violemment ; L’image du sac de bois qui rejoint le tas de bûches peut aussi montrer qu’une fois que l’année est terminée, on ne se souvient plus de ce qui s’est passé; on perd la mémoire du temps écoulé et on ne peut plus différencier au milieu du tas de bois, les différents moments passés du temps.
Les sentiments présents dans le poème : le poème n’exprime que rarement ses sentiments personnels de manière directe en employant le registre lyrique; il se sert plutôt du symbolisme en associant à un objet concret un sentiment abstrait, le plus souvent sous la forme d’un adjectif qualificatif . Ainsi la pluie est morne, le vent tenace, et les feuilles frémissantes. Ce frémissement qui est d’abord une sensation traduit le plus souvent soit le froid, soit la peur . Les feuilles sont également tristes alors qu’en fait il faut comprendre que cette tristesse qui émane du paysage, est celle qui imprègne l’esprit du poète, son état d’âme. Le verbe s’épuiser qui est associé à l’heure nous fait songer à une sorte d’épuisement moral du poète lui-même qui se sent abattu et la présence de regrets dans le poème indiqué une tonalité élégiaque. le poète s’adresse même au lecteur avec cette question rhétorique du vers 16 à 18 qui dramatise encore l’arrivée de la mort et la présente comme une fatalité avec cette “vieille et morne destinée ” . La reprise de l’adjectif morne qu’on trouvait déjà au vers 2 assure une forme d’écho entre les différentes parties du poème ; De plus, morne et mort n’ont qu’un seul son qui diffère et le poète se sert ici de la paronomase : procédé qui consiste à choisir des mots parce qu’ils sont des sonorités très proches.
La poésie de Verhaeren crée donc des correspondances, des échos sonores et musicaux à l’intérieur de ce paysage état d’âme qui caractérise , à travers l’évocation d’une plainte automnale venteuse et pluvieuse , la peur de la mort et du temps qui passe inexorablement . On retrouve dans de nombreux paysages tristes les mêmes caractéristiques .
Maintenant que tu as lu le cours, réponds sur ton cahier à ces quelques questions :
1. Quelles caractéristiques communes retrouve-t-on entre nos trois paysages ?
2. Quels sentiments y sont exprimés ?
3. Comment les poètes mettent-ils en correspondance les objets, les sensations et les sentiments ?
4. Quels types de paysage te semblent particulièrement indiqués pour évoquer le Spleen ?
5. Le poète évoque les feuilles mortes : quelles autres images de la mort tirées de la Nature peut- on mettre en relation avec un paysage état d’âme.
6. Imagine maintenant un paysage idéal qui traduit le bonheur , la joie de vivre et compose sous forme poétique ce paysage état d’âme : rédaction à rendre le lundi 03 octobre . En cliquant sur le lien ci – dessous, tu verras un poème de Baudelaire dont tu pourras t’inspirer. Tu peux aussi l’imprimer à partir du fichier joint.
Cette année, nous avons commencé l’année par l’étude des poèmes de Baudelaire qui représentent des paysages états d’âme; les élèves avaient comme consigne de fabriquer en petits groupes un texte poétique composé à partir d’un paysage qui évoque le Spleen baudelairien . Voilà quelques réussites …
Un paysage original et sous marin
Quand les abysses terrifiantes se referment et que les algues mortes et sèches se déposent sur l’écume, ces fonds sinistres hantent mon esprit ; les créatures marines comme les murènes et les poulpes tournoient autour de moi. Similaire à un roc, je m’enfonce dans les eaux troubles où l froid glaçant de l’eau me transperce les os; les coraux digèrent lentement mon corps enlisé ; je repose au milieu de cet vase sombre et humide et les dents sanglantes de la mer m’emportent dans le cimetière marin où gisent les épaves funèbres des bateaux échoués qui comme des couteaux, découpent les ombres de la vaste mer bleutée.
Ont collaboré : Ethan, Théo, Quentin et Alex
Quelle est la forme de leur poème ?
Un monde opaque
Le ciel est tombé à la manière d’ une vitre sans tain et a laissé place à une brume sans fin
Je traverse à pas lents les faubourgs assombris et fait face à une horde d’esprits endormis
Au bord du ruisseau j’écoute le sifflement du vent dans les roseaux et les noirs sapins
Le vert de l’eau reflète les fonds marécageux qui semblent abriter un monstre assoupi.