11. mars 2023 · Commentaires fermés sur Feuillets d’usine : la violence du travail · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: , ,

Joseph Ponthus  est le nom de plume choisi par l’écrivain  Baptiste Cornet  décédé en 2019, en hommage au poète de la Renaissance Ponthus de Tyard  qui fut , avec Du Bellay et Ronsard, l’un des fondateurs de la Pléiade, un groupe de poètes savants et passionnés de littérature antique et de culture humaniste . Ce poète qui eut son heure de gloire à la Renaissance était également un philosophe et un érudit.  Plus »

09. mars 2023 · Commentaires fermés sur Tirailleurs , un film qui montre la guerre à hauteur d’homme · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: , ,
Si le film de guerre est un genre très particulier, dans Tirailleurs , la guerre reste à ” hauteur d’homme” selon les propos du réalisateur Benjamin Vadepied.  En janvier 2023 , la diffusion du film coïncide avec une annonce du gouvernement : les soldats des ex- colonies  , qui ont combattu pour la France , pourront désormais repartir vivre dans leur pays d’origine et continueront à toucher leur pension militaire et les aides auxquelles ils ont droit en tant que citoyens français. Jusqu’alors, ils étaient tenus de résider sur le territoire français pour pouvoir bénéficier de leur pension .     Comment la France métropolitaine considère-t-elle aujourd’hui les descendants de ces tirailleurs sénégalais et comment rendre compte des violences qu’ils ont endurées.Retour sur le synopsis du film : deux paysans Bakary Diallo et son fils Tierno se retrouvent enrôlés de force pour combattre les allemands dans le nord-est de la France en 1917. Le père s’est donné comme mission de ramener son fils sain et sauf mais ils vont tou deux affronter les violences de la guerre et se transformer . 200 000 soldats appelés tirailleurs sénégalais , originaires des pays d’Afrique de l’ouest sont venus grossir les rangs des combattants français: 30 000  sont morts pour cette patrie lointaine où la plupart n’avaient jamais mis les pieds, cette France dont une petite minorité seulement savait parler la langue comme Tierno qui est allé à l’école des blancs . Bakary lui, ne parle et ne comprend que le peul, une langue d’ Afrique de l’Ouest , parlée par 500 000  personnes au  du Sahel, au Mali,en passant par le Niger,  le Burkina Faso, jusqu’au Soudan. Qu’est-ce qui , dans ce film et dans ce rapport à l’histoire  peut nous sembler violent ? 
 L’homme pris dans la tourmente de la guerre 

1 Une violence particulière : la violence de l’enrôlement. Les deux hommes en effet, ne sont pas volontaires; Il sont raflés par les troupes coloniales car un décret intime l’ordre aux habitants des colonies  de venir prêter main forte aux français. Bakary tente de faire fuir son fils; En vain, ce dernier est rattrapé par les soldats recruteurs et emmené au camp d’où il partira , en bateau, pour la France, étape que le film a choisi de ne pas montrer . Son père le suit pour le protéger et  va jusqu’à mentir sur son âge lorsqu’il est interrogé par l’officier recruteur. Bakary s’est trouvé face à un dilemme : abandonner sa femme pour protéger leur enfant ou demeurer avec les siens pour protéger le village dont il est l’un des Anciens. Le réalisateur a expliqué qu’il ne souhaitait pas  construire  ces soldats “forcés ” uniquement dans une posture victimaire, mais au contraire, transfigurer des personnages ordinaires et les élever au statut de véritables héros. Il y a là l’ambition de redonner une forme de dignité à ces pères et plus largement aux générations des parents qui portent cette forme d’humiliation aux yeux de leurs enfants.2/ La violence du déracinement et le rapport à la France “Mère patrie ” ? Une fois en France , les soldats passaient par des camps d’entrainement et se retrouvaient rapidement en première ligne; On peut noter l’importance de ne pas comprendre le français et de ne pas toujours pouvoir communiquer entre eux . La fraternité pourtant  existait dans les faits comme veut le croire le jeune officier Chambeau qui déclare que la guerre les rend tous égaux . L’arrière est présenté comme une zone de non droit où règnent les combines (  un poste à  la cantine  pour ne pas aller au front ) ; Tierno va se faire dépouiller violemment de sa solde par des soldats qui cherchent à tout prix à réunir de l’argent pour s’enfuir. A la fin du film, on verra des fuyards , complices de Bakary, pendus à la sortie du village, sans doute dénoncés par leurs passeurs. On note également des scènes où les soldats africains sont humiliés par des français condescendants .  Le camp de regroupement africain, aux équipements sommaires,  est montré  comme  un espace de violence, d’infériorisation et de mépris, lieu où l’on brise les hommes par le tutoiement, le contrôle sanitaire, les injonctions faites dans un français incompréhensible pour un Bakary qui a besoin d’un traducteur, l’usage d’un français « petit nègre » railleur («  toi défendre maman patrie »), l’uniforme qui bride les corps et entrave les mouvements,  la brutalité des sanctions, la mise au pas sous toutes ses formes. ; Une forme de violence  morale est illustrée dans l’apprentissage des consignes et de la hiérarchie mais elle a été, historiquement,  justifiée par la nécessité de l’obéissance pour la survie du groupe.  l

3/ La violence des visions de la prise de contact avec l’univers du front 

 Lorsqu’il croisent le regard des hommes de retour des combats, les nouvelles recrues  font face à la violence de leurs corps brisés. C’est un long traveling qui dans le film montre le cortège de gueules cassées et d’invalides ; La funeste charrette des morts que découvrent Bakary, Thierno et leurs camarades est sans doute un choc violent . La marche en direction des premières lignes est   ainsi l’occasion d’une rencontre terrifiante avec « l’ensauvagement » de la guerre, la perte du rapport sacré aux morts, les effets de la « brutalisation » , phénomène décrit par de nombreux historiens qui étudient les conséquences de la guerre sur les comportements des hommes.   Mais cette arrivée en France  est aussi l’occasion d’une rencontre avec l’Autre, qu’il s’agisse de l’enfant blonde croisée à deux reprises par Bakary et Thierno, de femmes seules , de paysans qui doivent fuir avec leurs maigres ressources et parfois, en abandonnant  leurs fermes et leurs bêtes.  On sent à l’écran une forme de compassion pour ceux qui souffrent .Peu à peu, les hommes vont se transformer en soldats avant de devenir des guerriers ou des cadavres comme le jeune Adama, fauché en pleine jeunesse pour sa première montée au front.4/La violence des combats : les assauts 

Pour être dans la forme la plus réaliste et la plus émotive, la plus proche de la sensation du tirailleur qui se trouve au milieu des bombardements, des tirs et des cris,le réalisateur affirme s’être documenté en lisant des récits de soldats. Dans leurs témoignages, il  tente de comprendre  ce que cela représente physiologiquement pour un être humain de se trouver dans une situation de combat à la guerre.  Il restitue notamment cet effet « tunnel » : la mobilisation du corps au combat en termes d’adrénaline est telle que le champ visuel et sonore se resserre devant soi. On n’entend plus et on ne voit plus ce qu’il y a sur les côtés. Ce qui permet d’être tendu vers l’objectif mais accentue le danger puisqu’on perd conscience de ce qui se passe autour de soi. Ainsi , les images tentent de montrer la violence de cette expérience humaine. II Au delà de l’expérience partagée de la guerre , la violence du rapport à l’Autre 
1/ L’effet désintégrateur : la tuerie de masse Cette guerre industrielle désintègre les hommes, fragmente les corps, annule toute possibilité de retrouver une trace des disparus. Sitôt montés au front en septembre 1917, Bakary, son fils et leur bataillon sont envoyés en première ligne. C’est à une violence terrible qu’ils sont d’emblée confrontés : peur, bruits assourdissants de l’artillerie, perte momentanée des sens et des repères , râles des blessés et agonisants abandonnés dans le no man’s land, cadavres laissés sans sépulture comme Adama , rations froides, nuits sans sommeil. Mais le fils et son père vont lutter contre cette déshumanisation qui les menace en continuant à penser aux autres : ils risqueront leur vie pour ramener le corps de leur frère d’armes et Bakary sauvera un renard prisonnier des barbelés. Ce renard le suivra juste sous l’Arc de triomphe où ses restes reposent ainsi que le laisse entendre le film, mélangés avec ceux d’autres soldats  dont on honore symboliquement  la mémoire  sous la tombe du Soldat inconnu. 2/ Violences intra-  et inter -communautaires C’est donc un large éventail de  souffrances et de traumatismes pour les corps mais pour les tirailleurs africains, cette guerre  les a également amenés à une  confrontation avec une civilisation européenne qui leur était présentée comme supérieure et qui se signale avant tout par sa barbarie. Dès le premier engagement, la mort d’Adama place Bakary et Thierno dans la perte . Cette violence n’est pas seulement subie. Elle est aussi administrée. Comme son fils Thierno, le pacifique Bakary finit par céder à la violence. Il est ainsi victime de la brutalisation  inhérente au temps de guerre.  Il tue pour ne pas mourir, et finit par tuer pour obtenir de l’argent afin de s’enfuir, acheter sa liberté. Les hommes peuvent parfois se comporter comme des bêtes sauvages . Comment se souvenir de ces violences lorsqu’on a été arraché à son pays, à sa famille ? On peut toutefois penser, en regardant le film, que le sort  de ces hommes noirs ne diffère pas vraiment de celui  des fantassins « européens ” car les jeunes recrues étaient elles aussi mobilisées et toute tentative de désertion était punie de mort .  .

3/ Violence intra-familiale : le Père et le Fils   Olivier Demangel, le scénariste explique que la relation père- fils a constitué  le point de départ de son travail .  ” Cette relation est l’angle principal. L’idée générale – universelle – est que cette guerre-là a plongé tous les êtres dans une réalité tellement atroce qu’elle a tout redéfini. Y compris d’ailleurs le rapport entre Noirs et Blancs puisque certains historiens datent de la Première guerre la naissance des mouvements de décolonisation, notamment avec la création du premier mouvement panafricain. Dans TIRAILLEURS, c’est le rapport père-fils qui est bouleversé par le conflit parce que la guerre, par définition, invente un autre système d’autorité, et parce que la rivalité qui naît entre les deux personnages fait exploser leur relation, même s’ils finissent par se retrouver.” 4/ Violence et fraternité : le rôle de la mémoire 

 L’expérience de la guerre partagée a modifié durablement les liens entre colons et colonisés et a pu, pour certains, altérer l’image de la France . Les anciens combattants issu des régiments de tirailleurs sénégalais ont pu ensuite vivre douloureusement le racisme d’une partie des Français ; Pourtant n’avons nous pas une dette envers tous ces Africains qui sont tombés sur les champs de bataille ?; Ils ont fait don de leur vie pour un idéal et une devise ” liberté égalité fraternité ” qui n’est peut être pas toujours respectée . L’homme d’Etat, Georges  Clemenceau a tenté de leur rendre hommage .  En croisant une troupe harassée de tirailleurs qui rentraient des tranchées, il leur  aurait dit […] qu’ils étaient en train de se libérer eux-mêmes en venant se battre avec nous, que dans le sang nous devenions frères, fils de la même civilisation et de la même idée […] . Frères ou ennemis ?  Comment ces soldats ont -ils ensuite construit les souvenirs de cette guerre qui est devenue la leur ?  »Comment se souviendront  leurs enfants et leurs descendants  de ces violences lorsqu’ ils ont été arrachés à leurs pays, à leurs familles ? On peut toutefois penser, que quelque part , le film, montre aussi que le sort  de ces hommes noirs ne diffère pas vraiment de celui  des fantassins « européens ” car les jeunes recrues étaient elles aussi mobilisées, sans avoir le choix de refuser l’engagement ,  et toute tentative de désertion était punie de mort .  A l’image de ce qu’a tenté de faire le  lieutenant Chambeau dans son unité,   le film montre lui aussi une forme de fraternité , de rapports d’égalité entre ces soldats mêlés sur les champs de bataille  et dont le sang versé a lui, la même couleur ; Conservons leurs mémoires entrelacées .Pour conclure, il ne s’agit pas seulement dans ce film, de montrer les différentes facettes des violences subies par les soldats , en tant qu’individus doués de sensibilité et en tant que membres d’une communauté dont ils défendent les valeurs ; il s’agit de révéler les transformations opérées par ces plongées dans la violence physique, morale ou psychologique et de construire une histoire respectueuse des hommes et des femmes qui ont traversé ces épreuves et en sont sortis profondément bouleversés dans leur relation au Monde et à autrui ; En effet , les violences subies  ou rencontrées ou administrées ne se contentent pas de nous changer intérieurement, elles modifient durablement  notre vision du monde.

08. février 2023 · Commentaires fermés sur Penser la seconde guerre mondiale : l’humanité face à la barbarie; la question du Mal · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: , , ,

La seconde guerre  mondiale constitue un choc dans l’histoire de la pensée occidentale et marque une sorte de tournant dans notre Histoire  . Au- delà du nombre effarant de morts, au delà du déferlement de violence sur plusieurs continents, au- delà de la découverte et de l’expérimentation sur des êtres humains ,des armes de destruction massive comme le gaz et la bombe nucléaire à Hiroshima, les hommes découvrent, peu à peu le système concentrationnaire mis en place par le régime nazi, l’organisation des camps  et la solution finale pensée par les architectes du Reich. Ils découvrent l’ampleur du Mal et sa “banalité” pour reprendre elle concept d’Hannah Arendt .

De nombreuses œuvres artistiques tentent de rendre compte de cet événement majeur : livres, films , témoignages des survivants et documentaires historiques auront beau essayé de nous faire approcher ce qui a pu être vécu par les combattants et les populations civiles , il demeure parfois difficile de réaliser que des hommes ont voulu en exterminer tant  d’autres pour des motifs idéologiques . Plus »

07. février 2023 · Commentaires fermés sur Comment un film peut -il rendre compte de la violence de l’Histoire ? · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: ,

Vous allez devoir présenter une synthèse orale du film que vous avez visionné : il s’agit avant tout de tenter de comprendre comment les images parviennent-elles à restituer une forme de violence . Pour reformuler , qu’est-ce qui nous fait violence dans les images ? La vision de corps déchiquetés, les gros plans sur les visages des acteurs qui expriment la souffrance, la vue de centaines de corps ensevelis ; Lorsqu’il s’agit de documentaires ou d’images d’archives, qu’est-ce qui est le plus insoutenable ? De croiser le regard de ces enfants décharnés , de contempler la satisfaction de leurs tortionnaires , d’assister, impuissants, aux exécutions  de masse ?  Plus »

06. février 2023 · Commentaires fermés sur La zone du dehors de Robert Damasio: le triomphe des Tigres Pourpres · Catégories: Le livre du mois, Spécialité : HLP Première, Terminale spécialité HLP · Tags: , , ,

Créer un univers dystopique, c’est avant tout nous permettre de réfléchir au fonctionnement du  monde dans lequel nous vivons et des lois qui le gouvernent  . La science-fiction est ainsi un outil d’élucidation et de réflexion; Damasio fabrique un monde angoissant à partir d’une hypothèse réaliste : l’Europe est devenue de siège de guerres chimiques et les populations locales sont forcées d’émigrer; Alors que certaines vont s’installer en Afrique, d’autres colonisent l’espace . A l’âge de 13 ans, comme de nombreux terriens exilés, Captp découvre les cerclons ; un monde proche de Saturne, à un an et demi de voyage de la Terre , sur lequel règne l’ombre du cube; Les individus y sont encartés dans un clastre qui leur attribue leur identité et un certain nombre de lettres  qui formeront leur matricule ; Tout autour du cercle , la radzone regroupe les parias de cette démocratie : les radieux sont , en effet,  des travailleurs pauvres, sans identité qui vivent de la revente des objets radioactifs . En dehors des limites du Cercle, le Dehors est un univers “sauvage” et interdit qui ressemble à la terre des premiers âges.  ” ici régnait l’espace, le désert inégal sans bordure, une immensité qui ne prenait humaine dimension que par la trace, précaire des pas, et le mouvement ; L’air y est irrespirable et il est bordé par le Nakkarst, un champ magnétique invivable. A l’intérieur des cerclons, des réserves d’oxygène permettent aux  humains de respirer : sans cet apport d’or, l’air est rempli d’ammoniaque toxique.

Dans les sous-sols des Cerclons, qui fait figure de démocratie modèle dirigée par A.. , un mouvement séditieux, la Volte , prépare une Volution; Son directoire est formé du bosquet :  Brihx, Obffs ,Slift, Captp, , Kamio le poète ; Son ancien chef Zorlk a été encubé, et la Volte qui compte environ 4000 membres se demande quelle est la meilleure stratégie pour mener une action choc contre la puissante institution du “Défordre “ qui vient de mettre en place des milliers de points de sécurité pour ” réguler/stranguler ; contrôler les corps/ incorporer le contrôle ; Chaque  habitant- citoyen clastré est muni d’un implant et pour pénétrer dans un bâtiment, il doit franchir une porte-mâchoire. Pour ceux qui n’ont pas de passe , l’accès est interdit . La technologie gère ainsi la traçabilité des 7 millions d’habitants et peut limiter leurs déplacements ou les géo- localiser immédiatement .  Au début du roman, au cours  d’une réunion secrète de la Volte, Slift propose d’équiper les portes de lames afin de “faire sortir le sang “. Kamio s’interroge alors sur la justice de cette solution : “Un cadavre de plus rendra-t-il notre humanité meilleure ? “ Il demande aux voltés de réfléchir aux conséquences de leurs actes . Une longue discussion a lieu entre les partisans de l’action dure et ceux qui souhaitent ne pas utiliser la violence . “sans violence, aucun pouvoir ne s’est jamais senti menacé. Sans violence le peuple ne réagit jamais ! sans violences pas de Volution possible ..; pour combattre, nous n’avons que l’éclat de nos ruptures ! que notre fureur ! Alors il faut surprendre, jaillir, déjouer, fracturer les routines, que ça explose, qu’on frappe vif! … je veux qu’on soit violent oui, pas pour le sang. mais parce qu’on se bat contre une société de consensus massif. Plus un consensus est mou, plus il est puissant, plus il absorbe les attaques, moins on peut le déstabiliser: nous sommes face à un gros bloc de gélatine ...p 78 comment dès lors le renverser et pour instaurer quel nouveau monde ? 

Les autorités des Cerclons se servent de millions de caméras et de drones pour contrôler l’ensemble des activités des clastrés. Epiés constamment  mais en toute discrétion  par les machines dont le puissant ordinateur central baptisé Motor, les voltés mettent au point leurs actions; D’abord ils posent des clameurs un peu partout, et verrouillent leur mouvement : seuls 20 voltés connaissent la stratégie globale du mouvement et donnent leurs consignes à leurs troupes; La presse s’est déchaînée contre la Volte après qu’une fillette a eu les jambes fracturées par une lame de porte: ils sont désormais considérés comme des terroristes et la surveillance est renforcée au moyen de  mini-caméras  difficiles à détecter qu’ils implantent  parfois jusque sur les nerfs optiques , afin qu’elles transmettent les images vues par les yeux ; Néanmoins, le bosquet décide de poursuivre la lutte et envisage de frapper à deux reprises; Pour éveiller la conscience des cerclons sur le danger que représentent les capsules ingérées ou greffées sur leurs terminaisons nerveuses, ils créent un survoltage lors de la fête annuelle du Clastre et provoquent 17 morts et des centaines de blessés parmi la foule : les danseurs , en effet, ont reçu des décharges électriques  qui ont provoqué de grandes souffrances et devaient conduire à leur décapsulage d’urgence. “Cette fête , affirme Captain, nous allons en faire le cauchemar technologique de la décennie; Il s’agit d’électrochoquer 300 000 personnes: “ceux qui ingèrent des des capsules autofixantes n’y voient qu’un raccourci pour optimiser leur plaisir . Ils y voient une nouvelle liberté, qui sera étendue par  chaque nouveau biogiciel mis sur le marché. ” Captain lui redoute lse ” accoutumances organiques” et veut graver une leçon” à vif ” en frappant “la totalité de leur réseau nerveux” . Ils tentent de mettre un coup d’arrêt à la stratégie “carcéviscérale ” du gouvernement et effectivement, leur action aura un retentissement puissant . Damasio aborde , dans cette partie du roman, l’impact des nouvelles technologies qui modifient les perceptions  et les possibilités du corps et du cerveau humain ; ” les technogreffes , c’est l’avenir”, pense un cerclons venu à la fête , ” avec ce qui pulse dans la colonne, je sens plus vite, pense plus vite. Tous mes réflexes sont accélérés. Ça fait un siècle que les ordinateurs nous ont dépassés, que les alliages sont plus fiables que nos os. Maintenant on vient de trouver des fibres élastiques qui sont plus souples que nos muscles ; qui se contractent plus vite et mieux, qui ne produisent pas d’acide lactique et qui sont virtuellement inusables .  “Tu vois un réseau inextricable de fils, de fils, tu es à l’intérieur de toi, dedans, tu te vois, comment tu es fait, toutes les synapses, tous les fils, comme un cheveu, et l’oeil aussi, tu viens derrière, il est comme une boule, ça grésille, les fils, il y a des images qui passent , elles clignotent, elle ne se maintiennent pas, elles fusent, fusent, très curieux comme elles vient, crépitent, c’est très beau ” ; Voilà comment s’exprime, avec enthousiasme, ce jeune technogreffé. Après le lourd bilan de l’attaque du Parc, la capture des membres du bosquet est la priorité du gouvernement et la récompense pour ceux qui les dénonceront  est fixée à un million 

 Ils s’attaquent ensuite à une action de grande envergure; une attaque  contre la tour de la télévision afin de créer une gigantesque coupure dans les media. Parmi les renforts qui se joignent à eux se trouve malheureusement ,un agent double, le redoutable Kohtp. Il tente de tuer Capt, et surtout fera échouer l’explosion de la tour . Capt est fait prisonnier et emmené sous le cube gouvernemental pour être interrogé. A sa grande surprise, le président lui propose le poste de E .. ministre de l’éducation . Les deux hommes évoquent leurs conceptions antagonistes  de la démocratie, de la liberté et du pouvoir . Capt tente de blesser l’orgueil de A en lui disant qu’il a “l’envergure d’un drone”  et qu’au lieu de gouverner , il se contente de s’agiter sur des écrans comme une marionnette usée. Le Volté fini par refuser la proposition de A après avoir longtemps hésité .  Trahir sa cause permettrait de lui sauver la vie “un mort , tout héroïque et auréolé qu’il soit de ses actions , reste toujours un mort : quelqu’un qui ne sert plus à rien et qui vient encombrer la mémoire des vivants”  . Dire non au ministère et aux responsabilités d’éduquer le peuple, c’est es battre conter alors qu’il a une occasion unique de construire te d’agir pour quelque chose .   Sa captivité est éprouvante et l’issue d’un procès médiatisé, sa condamnation à être incubé est prononcée à une courte majorité .  Il va être injecté vif dans le cube, un tas d’ordures nucléaires radioactives. Dans sa cellule, il reçoit plusieurs visites du président qui lui offre notamment un drôle de cadeau : un jeu baptisé Capturez Captp avant sa mise sur le marché . L’effet sur lui est terrifiant et peu à peu il perd le sens des réalités et celui du temps. Mais sa pensée résiste aux différentes techniques de manipulations ;ses tortionnaires constatent qu’il ” prend l’énergie de votre violence et il l’inverse, accrue à son profit. Torturez-le ; allez y; Non seulement vous ne le briserez pas mais vous en ferez une bête de proie “ . Il faut avant tout le dévitaliser , qu’il ne sorte pas d’ici la rage au ventre et le verbe aiguisé. Il faut user sa formidable capacité de penser par l’absence de stimulation…. Son procès , au coeur du géodôme, rassemble plus de 4 milliards d’humains ; Il est présenté comme une menace contre la démocratie: “La Volte qu’il dirige est-elle le masque d’une nouvelle dictature ou le visage riant des esprits libres que nous avons renoncé à être ? ” annonce le commentateur . Les spectateurs vont pouvoir voter et 50,7 se prononcent en faveur de l’incubation. Les dernières pensées de Captp sont tournées vers Boule de chat “les lits de bois des amoureux flottant sur un océan de bleu simple et la chaleur des voiles enroulant le soleil ”   comme si l’amour et la poésie  finissaient toujours par  avoir  le dernier mot .  Pendant ce temps, les Voltés préparent l’évasion de leur héros et Slift finit par réussir à l’hélitreuiller hors du Cube . Gravement irradié, notre héros a la sensation de “revenir de l’envers du monde ” et se met à penser que peut être les gens sont heureux dans Cerclon . Cependant la Volte décide de construire un monde différent en dehors de Cerclon; Anarckia, la première polycité volutionnaire du cosmos habité ”  Le discours de Captp galvanise la foule :  “Savez- vous pourquoi les volutions n’aboutissent jamais ? parce que chaque volté répète sur ses propres groupuscules de désirs ce que le pouvoir fait des citoyens; le pouvoir pompe la plus-value vitale des corps et il la recycle pour faire du ciment social ! Citoyens… coupez l’autocensure, les rétrocontrôles , crevez voter sac à conscience te descendez un cran plus profond, sous l’individu que vous croyez être jusqu’aux mouvements qui vous font… libérez les cages de vos zoos intimes.. ou restez gardien de zoo toute votre vie;” 

La fin du roman raconte la fondation de Magnitogorsk, Gomorrhe, Virevolte, Horville et Mirajeu dans la zone du dehors; Le principal problème des citoyens libres  est l’approvisionnement en conduites d’oxygène . L”anarchie éclairée est un système très exigeant : pas de chef ni de représentant , pas de maire, de police, de fonctionnaire, ni juge ni loi ni clastre ni carte et pas d’argent surtout . L’économie est basée sur le troc et l’échange direct car “avec l’argent commençait la dépossession, la fluidité inhumaine du travail abstrait. avec l’argent s’ouvrait la possibilité de l’accumulation donc le capitalisme et la formidable machine à fabriquer de l’inégal, à le stocker et à l’amplifier, es remettait en marche. Dans cette société, passe place pour les paresseux ou les tricheurs : n’ayant rien à offrir aux autres, ils s’asphyxiaient eux-mêmes. Les liens qui es seraient ainsi entre les travailleurs étaient des liens de “sueur et de sang ” . A Horville, ce fut une spirale positive ” le bien généra du bien dans les coeurs; Etre juste devenait une évidence ”  “Impersonnel un système social écarte l’homme de l’homme.” Pour Captp, l’homme est fondamentalement bon à condition d’être en rapport direct et vital avec d’autres hommes.  Cependant , le monde du dehors est fortement critiqué par le dedans et l’enthousiasme des débuts s’essouffle au bout de quelques mois . Le gouvernement avait pigé Captp et fait installer une nanocaméra sur son nerf optique: ils ont fait assassiner Slift et projettent de reprendre le contrôle sur les Cités du dehors .Le président, appelé au téléphone par Captp dévoile alors l’étendue de la machination : ils ont utilisé Captp pour en faire une sorte  de “joueur de flûte qui débarrasse Cerclon de la peste voltée qui commençait à contaminer ” les citoyens. Cependant, ils ont sous- estimé les forces vitales de l’amour et de l’amitié et les hackers voltés réussissent grâce au piège de cette conversation téléphonique , entre leur leader et le président ,  à faire exploser le cube avec leur usine d’oxygène, geste symbolique  et destructeur . 

29. janvier 2023 · Commentaires fermés sur Comment penser l’innommable? : exprimer la violence du génocide · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: , , ,

Si les historiens ne sont pas tous d’accord sur les limites de la définition du terme génocide, on pénètre avec ce mot dans l’univers des crimes de masse perpétrés au nom d’une idéologie. Le terme a été utilisé par le juriste polonais Raphael Lemkin  en 1944, pour désigner  « la pratique de l’extermination de nations et de groupes ethniques ».Ensuite , ce mot été employé rétrospectivement pour le massacre systématique des Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand (1904-1908), celui des Arméniens par les Turcs (1915-1916), et , plus récemment  celui des Tutsi au Rwanda (1994). Ces précisions émanent du mémorial de la shoah , autre terme hébreu ( traduction: catastrophe)  qui cette fois, désigne  l’Holocauste ou la persécution et l’assassinat systématique de 6 millions de Juifs, organisé par l’État nazi et ses collaborateurs de 1933 à 1945. En plus de commettre le génocide des Juifs, les nazis ont commis le génocide des Roms et des Sinti. Plus »

27. janvier 2023 · Commentaires fermés sur Comment faire face à l’horreur de la guerre ? Réalisme et déréalisation · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: , ,

U.S. Marines look at the corpses of an Iraqi Republican Guard general and his driver near Al Aziziyah, an area loyal to Saddam Hussein.

Témoignages et fictions abordent différents aspects de la violence telle qu’elle  apparaît dans les affrontements historiques . Comment la littérature parvient -elle à nous donner un aperçu notamment de la manière dont la guerre et son cortège de violences est perçue par les enfants  ?  Nous étudierons la manière dont le regarde de l’enfant déréalise l’extrême violence dans le roman de Nancy Huston Lignes de faille ; L’action se passe en 2004 et il s’agit de relater l’expérience de Sol, un enfant qui regarde sur internet des images de cadavres de soldats irakiens massacrés par l’armée américaine en 2003 . Nous verrons tout d’abord quel est l’univers de références de l’enfant : le monde des dessins animés où la mort n’est jamais montrée comme définitive ; Nous montrerons ensuite que le regard de l’enfant enregistre une vision des événements et qu’il prend conscience progressivement d’une réalité à laquelle il n’est pas préparée ; enfin, nous comparerons l’écart entre ce que décrit l’enfant et ce que notre regard d’adulte perçoit de la mémoire réalité . Se servir d’un regard innocent ou naïf permet ainsi ,au lecteur, de mesurer l’extrême violence . 

Pour un enfant, la pensée magique domine : on meurt pour de faux, on a mal pour rire ainsi que l’indique la “fessée pour rire ” que son père lui donne le soir avant de le coucher  et de lui chanter une chanson; L’univers des comptines s’impose d’emblée dans la mémoire d l’enfant avec une  de ses chansons préférées qui  est, en fait l’occasion de lui faire des chatouilles en marquant la solidarité des différentes parties de son corps et en lui apprenant à les nommer (le pied, le genou, la jambe ) ; L’enfant associe donc spontanément les corps de soldat morts avec des jouets cassés et constate qu’on ne peut pas les réparer ; L’expression arriver au Ciel est un euphémisme pour désigner la mort et l’enfant établit , là encore , un lien entre les images des héros de dessins animés qui meurent “cent fois ” et leur résurrection l’instant suivant ; les conditions de leurs morts sont détaillées “ s’aplatissent comme des crêpes ” ou se “font écrabouiller par des grosses pierres “hâcher et mâcher par des ventilateurs électriques ” ; On note ici que la violence de leur mort nie toute forme de souffrance : ils sont comparés à des objets sans importance, à de la matière morte comme de la viande hachée  ; cette transformation des corps les fait apparaître comme de vulgaires objets cassés:les cadavres des soldats sont comparés à des poupées, aux torses  “emmaillotés dans de vieux bouts de vêtements ” ; En adoptant le point de vue d’un enfant et en substituant ses images à celles de la réalité des cadavres , l’auteure déréalise la violence . Toutefois, la vision de l’enfant n’est pas exempte d’une certaine prise de conscience ; 

On distingue, tout d’abord, l’émergence de sentiments ; la joie initiale de l’enfant “j’adore cliquer sur les cadavres des soldats ” qui est l’indication d’une activité ludique, de son point de vue , cède peu à peu la place à un sentiment de tristesse ; L’enfant commence par s’étonner de ce qu’il voit et du morcellement des corps “ un torse, peut-être , une jambe ? “ avant de se sentir que ça évoque pour lui  quelque chose de triste en prenant conscience que l’os qu’il aperçoit n’est plus relié à rien ; L’enfant rejoint alors , en partie , le point de vue de l’adulte : ” je me dis que ce truc là n’est tout  simplement pas réparable”  L’imprécision du vocabulaire donne à entendre la perception de la mort comme la fin de l’activité humaine .  Ce soldats réduit à des morceaux de corps à demi -enfouis dans le sable du désert, n’ont plus rien de commun,  avec les êtres vivants qu’ils furent ; Réduits à l’état d’objets , ils inspirent   néanmoins une forme d’empathie lorsque l’enfant réalise que pour eux, “l’époque des aventures est terminée ” ; Une fois de plus, ses mots traduisent l’irrémédiable .

Nancy Huston, en tentant de restituer le point de vue d’un enfant , emploie un procédé qui consiste à utiliser un point de vue interne afin de créer un décalage entre la vision du personnage et la réalité de cette vision pour le lecteur . Dans son conte philosophique, Candide, le philosophe Voltaire  utilisera la même technique dans le chapitre qu’il consacre à la description de la violence du conflit entre les abares et les bulgares ; Voltaire , indigné par les horreurs des guerres incessantes que mènent les princes européens avides d’agrandir leurs empires , décide d’utiliser le point de vue naïf de son héros, un jeune homme  “ordinaire ” ,  appelé Candide ; ce dernier, enrôlé de force se retrouve sur un champ de bataille et constate les dégâts : “

Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.

Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre…

Dans cette description, Voltaire commence par déréaliser la guerre en la présentant comme le résultat mécanique d’une suite d’actions : comme si les armes agissaient seules sans qu’aucun homme ne soit responsable du massacre. L’oxymore boucherie héroïque traduit cette ambivalence de la violence de la guerre: un mélange d’admiration pour le courage des hommes et de répulsion pour ce déchainement de violence qui s’apparente, parfois, à de la bestialité . Le second paragraphe place le lecteur face à l’horreur la plus crue avec la multiplication des hyperboles et des détails réalistes ; Mais ce tableau provoque plutôt l’indignation : l’homme y apparaît comme déshumanisé , anonyme et morcelé ; La dernière métaphore ” membres palpitants ” mélange l’idée des corps déshumanisés avec celle dérangeante, qu’ils abritent encore un peu de vie donc d’humanité ; cette distance est peut être nécessaire pour nous permettre justement de penser la violence dans toute son horreur et de réfléchir à ce qui reste  justement d’humanité dans ces restes humains ; 

Laurent Gaudé, romancier contemporain, a choisi lui de montrer , dans Cris la violence de la guerre , à hauteur d’hommes ;  chaque personnage est un soldat au front et chaque voix  fictive restitue la portion de réalité que le combattant entrevoit ; Ce kaléidoscope crée un effet saisissant d’immersion : le lecteur a , en effet l’impression, d’être plongé , avec ces personnages , dans une violence qui les détruit , les fait glisser vers la folie, la mort mais aussi la création artistique à l’image de Jules , ce rescapé qui érige des statues de boue à la mémoire de ses compagnons tués dans les tranchées. En nous plaçant justement à hauteur d’homme, le récit nous fait entrevoir le caractère profondément inhumain de ces massacres  qui mutilent atrocement les corps et les esprits .  L’analyse du romancier apparente cette guerre d’un nouveau genre à une violence intérieure et mythique : celle de l’ogre qui dévore ses propres enfants : “un siècle béant qui happe des hommes et vomit de la terre “; la violence ici a un caractère monstrueux et annonce un nouveau déchaînement : “je vois le grand siècle du progrès .. éructer des bombes et éventrer la terre de ses doigts ” Ici la fiction , avec son côté prophétique, se substitue à la force des témoignages ; le travail narratif effectué sur le mixage des voix déréalise la guerre mais permet d’atteindre une dimension mythique et philosophique : les déplacements des personnages sont les métaphores de l’enfermement et chacun, rattrapé par la spirale de la violence , atteint  les limites de son humanité ; Coupés de l’ancrage historique, ils rejoignent le temps du mythe: Titans hilares, Vulcain , gorgones monstrueuse ou ogres . Les paroles , sous l’effet de la souffrance, deviennent des cris et les hommes , des bêtes fauves ou des cochons qu’on égorge ; là réside peut être le principal danger de la violence : faire sortir l’homme de son humanité; ne plus se reconnaître comme créature humaine en perdant le logos ( ici le langage articulé )  et la raison , demeurer à jamais prisonnier du cri en basculant vers la folie sous l’effet du traumatisme. 

27. janvier 2023 · Commentaires fermés sur Histoire et violence : la guerre 14/18 …. des témoignages à la fiction. · Catégories: Première, Terminale spécialité HLP · Tags: , ,

La défaite de 1870 a bouleversé les esprit mais le traumatisme provoqué par la guerre de 14/18 sera encore bien plus profond; en , effet, ce conflit mondial a causé une crise de conscience internationale et nous a amené à repenser la place de l’homme dans la guerre , à repenser même le visage de la guerre . Un peu plus d’un siècle après Verdun et le terrible chemin des Dames , la littérature ne cesse de produire des récits qui réinventent cette guerre alors qu’aucun poilu vivant n’ est plus là pour témoigner.  Si Céline a combattu sur le front et dans les tranchées avant d’écrire Voyage au bout de la Nuit , si Guillaume Apollinaire a connu les combats et les bombardements, si Roland Dorgelès  en écrivant Les croix de bois ou Henri Barbusse en écrivant Le feu, peuvent s’inspirer de leur vécu de soldats, il n’en va pas de même pour des romanciers qui naquirent par§s la seconde guerre mondiale .  Pierre Lemaître avec Au revoir là haut, Sébastien Japrisot avec Un long dimanche de fiançailles, Markus Malte avec Le garçon,  ou Laurent Gaudé avec Cris, Marc Dugain avec La chambre des officiers , tous témoignent de la violence de cette guerre avec des fictions .  Quel rôle joue alors la fiction au moment où les témoins disparaissent ? Est-elle un instrument plus efficace pour refléter la violence des événements et les traces qu’ils laissent dans la mémoire des hommes 

Les romans prennent  , en quelque sorte, le relais de l’histoire tout en infléchissant son cours dans nos mémoires. Quatre années de guerre,  plus de  huit millions  de mobilisés, plus de 1 million de morts, 3 millions 1/2 de blessés  et 750 000 mutilés. La littérature patriotique va relayer la doctrine officielle : les patriotes comme Anatole France, Maurice Barrés,  et Maurras exaltent la guerre , l’héroïsme, rappellent les combat anciens et vantent les exploits des guerriers; ils dénigrent tout ce qui est allemand et dépeignent les soldats du Kaiser comme des brutes sanguinaires. En opposition violente avec ces écrivains, les pacifistes comme Romain Rolland, Roger Martin du Gard ,  Jean Giono et Jean Giraudoux  se révoltent contre l’imbécillité de la  guerre et ce qu’ils nomment une incompréhensible folie collective. Bertol Brecht en Allemagne est également antibelliciste ; parmi les pacifistes, certains refusent tout simplement l’idée de la guerre, d’autres tentent de sauvegarder la paix à tout prix comme Giono qui sera arrêté pour pacifisme au début de la seconde guerre mondiale pour avoir affirmé : “j’aime mieux vivre à genoux que mourir debout.”  De nombreux intellectuels réfléchissent aux causes des guerres : Alain accuse l’honneur d’être le responsable de la plupart des conflits mais force est de constater que la guerre est capable de séduire de très nombreux hommes; si cet attrait de la violence se retrouve dans de nombreux livres, les ouvrages rédigés par d’anciens combattants montrent surtout le dégoût de la guerre:Je suis écoeuré, saoul d’horreur” écrit Genevois et Henri  Barbusse, auteur du récit Le feu, ajoute à ce tableau d’horreur une note  critique d’inspiration marxiste contre les gouvernements et le Vieux Monde  : les trente millions d’esclaves jetés les uns sur les autres par le crime et l’erreur dans la guerre de la boue , lèvent leurs faces humaines où germe enfin une volonté ” .

Comment la violence de cette guerre est -elle traduite dans les romans ? 

Texte 1 : Céline 

Analyses et observations au fil du texte 

D’emblée la guerre est décrite avec son cortège de violences : L’expression “croisade apocalyptique “fait appel à des références bibliques  qui promettent la fin du monde ; En effet l’apocalypse est synonyme de destruction du monde avec le Jugement dernier . L’homme face à la guerre est comparé à un puceau , qui n’a pas d’expérience et qui va découvrir pour la première fois, non pas le plaisir ici mais l’Horreur ; Céline , en mettant sur le même plan, deux univers aux antipodes l’un de l’autre , montre à quel point la guerre apparaît comme une expérience traumatisante. Elle surprend l’homme , le prend en quelque sorte au dépourvu comme le traduisent les questions rhétoriques qui marquent ici l’étonnement ” qui aurait pu prévoir -tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéante des hommes ? ”  Contrairement à certains penseurs qui voyaient la guerre comme une punition divine , Céline accuse directement les hommes d’être responsables de ces horreurs . La périphrase “meurtre en commun” montre que les valeurs qui s’appliquent en temps de paix , sont révolues ; un crime de guerre se justifie par la situation et ne peut être considéré comme un “crime ordinaire ” ; Le soldat reçoit le droit de tuer et on récompense les assassins les plus efficaces ; L’allusion de la fin du premier paragraphe: ça venait des profondeurs peut faire référence aux sources de la violence latente en  chacun de nous.

Le second paragraphe brosse quelques éléments de portrait du colonel : ce qui peut sembler absurde aux combattants , c’est qu’on les envoie sans cesse au front , reprendre elles quelques centaines de mètres , perdus la veille . Les massacres à la sortie des tranchées de tous ces soldats fauchés par les balles ennemies, parait une “abomination ” . La puissance de feu qui résulte de l’utilisation des armes modernes a été largement sous-estimée par les autorité militaires et les hommes pensent qu’on sacrifie inutilement leurs vies . En 1917, on note d’ailleurs que le nombre des mutineries et des mutilations volontaires ne cesse d’augmenter : les soldats préfèrent s’infliger des blessures douloureuses plutôt que de retourner au front. 

Jusqu’au bout Ferdinand Bardamu voudrait croire à une erreur : le champ lexical de la méprise apparait à plusieurs reprises  avec “abominable erreur maldonne et  la nouvelle question rhétorique : “donc pas d”erreur ? ” au début du troisième paragraphe . Le point de vue du soldat envisage alors le droit de tuer en toute impunité comme un renversement des valeurs communément admises , une sorte d’irrationalitése tirer dessus.. sans même se voir .. faisait partie des choses qu’on peut faire ” ; On ressent ici la stupéfaction te même l’indignation du soldat ; L’auteur utilise la focalisation interne afin de faire épouser au lecteur l’avis de son personnage . Le combattant se retrouve  seul face à un ennemi puissant ,  la Guerre , ici insultée avec l’expression familière “la vache” .

Céline termine de décrire la violence en mentionnant le caractère inéluctable de la mort imminente qui terrorise les soldats “ De la prison , on en sort vivant, pas de la guerre ” ; La formule lapidaire, le coté sentencieux, reflètent une forme de fatalité ; Les combattants vivent avec ces pensées morbides qui les assaillent ; Bardamu ne vient même , à regretter, par une sort ed paradoxe, de ne pas avoir été condamné à une peine ede prison: ce qui lui aurait évité d’être en danger de mort au front. 

Question d’interprétation :  Par quels moyens Céline révèle-t-il le sentiment d’absurdité face à la guerre ? 

Plan détaillé :  

  • La guerre : une erreur ?      question rhétorique, champ lexical méprise, incompréhension 
  • Une abomination meurtrière   focalisation interne , insistance sur la mort , croisade apocalyptique 
  • Un événement qui renverse l’ordre du monde et les valeurs , le droit de tuer, le meurtre en commun  , puceau de l’Horreur 

 

Textes complémentaires : extraits de Markus Malte  Le garçon 

 La der des der : même pas

Les soldats de 14 espéraient que leurs épreuves et leurs témoignages empêcheraient de nouveaux massacres pour qu’au moins, cette guerre soit la der des der comme ils l’avaient surnommée. Il n’en fut rien et certains qui , en 14 justement défendaient la paix , se mirent en 39,  à  désirer la guerre pour des raisons idéologiques .  Simone Weil , par exemple , qui affirmait “qu’aucune paix n’est honteuse quelles qu’en soient les causes” ira combattre en 1936 en Espagne contre le général Franco et finira déportée en 1943.Dans les années 20, l’optimisme est encore de rigueur avec la Société des nations et le désarmement: les chefs d’Etat se bercent pourtant  d’illusions à Locarno et à Thoiry;  en moins de 15 ans, la conquête de la Mandchourie par le Japon, la montée du parti nazi en Allemagne et la victoire du fascisme en Italie sont pourtant des signes annonciateurs du désastre. Le danger devient manifeste avec le réarmement de l’Allemagne , la guerre d’Espagne et l’annexion des Sudètes ainsi que la partition de la Tchécoslovaquie. Ce qui change cette fois , c’est la nature de la menace; il ne s’agit plus de lutter contre l’impérialisme de Guillaume II mais de résister contre ce qui menace les valeurs humanistes . 

23. janvier 2023 · Commentaires fermés sur Céline et Bardamu : souvenirs de 14/18 ou la guerre remise en question · Catégories: Première, Terminale spécialité HLP · Tags: , ,
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Louis Ferdinand Céline alias Monsieur  Destouches est un écrivain sulfureux qui a longtemps été mis au ban de la littérature enseignée aux jeunes dans la mesure où durant la seconde guerre mondiale, il  clairement pris parti pour Hitler et écrit plusieurs pamphlets  violemment antisémites . Toutefois c’est surtout en tant qu’ancien combattant de la première guerre mondiale qu’il faut considérer la dimension autobiographique de son expérience sur le champ de bataille à travers Bardamu, le héros-soldat de son roman Voyage au Bout de la Nuit. Céline , dans un langage oral, parfois familier et un style très particulier ,  retrace l’épopée, sorte de découverte initiatique du monde à la manière voltairienne , d’un jeune homme ordinaire :  Ferdinand Bardamu .  Céline  dénonce à la fois les horreurs de la guerre, le fait qu’elle rende l’homme bestial mais également son absurdité . Il rejoint ainsi les auteurs qui critiquent la guerre mais son ouvrage va bien au- delà et s’attaque aux abus du colonialisme, fustige  l’invention du  travail  à la chaîne  qui abrutit le travailleur et critique également les illusions amoureuses ; l’extrait que nous étudions se situe au début du roman; Bardamu essuie avec son régiment une attaque allemande qu’il décrit d’une drôle de manière . Plus »

22. janvier 2023 · Commentaires fermés sur Histoire et violence : en guise d’introduction, quelques questions · Catégories: Terminale spécialité HLP · Tags: ,

Dans ce chapitre , nous allons aborder différentes questions qui ont trait à la violence: celle qu’on exerce tout d’abord et celle qu’on subit . Avant même de comprendre ce qu’a de particulier la violence liée aux crises politiques et idéologiques qui ont traversé les siècles, il est important de définir la nature de cette  forme de violence. Peut- on faire  délibérément le choix de la violence   pour faire triompher sa conception du monde ? La non- violence est-elle une stratégie collective efficace ?  Pour défendre une cause qu’ils pensent juste , certains hommes sont- ils prêts à faire usage de la violence contre ceux qu’ils considèrent alors comme  leurs ennemis? Faire le choix de la violence n’est jamais anodin et devenir un assassin pourtant autorisé à tuer  peut marquer durablement l’image que nous nous faisons de notre humanité .Certains  hommes sont- il davantage enclins à utiliser la violence ? certains y prennent-ils du plaisir alors que son usage peut répugner à d’autres ? Comment qualifier une violence que nous exerçons quand elle nous est imposée, dans le cadre d’un ordre  émanant de notre hiérarchie, si nous sommes soldats, par exemple ? Devons nous nous y conformer  quoiqu’il nous en coûte ou gardons- nous notre libre-arbitre ?  D’ailleurs, il peut être intéressant de se demander si l’art de la guerre comporte des régles qui encadrent l’usage de la violence  .  Plus »