21. avril 2018 · Commentaires fermés sur Le lieutenant Rénier : un guerrier d’une autre époque ? · Catégories: Première · Tags:

Le lieutenant Rénier est l’un des seuls gradés de ce bataillon et il est envoyé au front , en première  ligne dans la tranchée de la Tempête pour relever ceux qui s’y sont battus. (p 29) Il commande la troisième compagnie, deuxième section. Il a pour mission de reprendre le kilomètre perdu au cours des dix dernières heures de combat. Il intervient huit fois au cours des deux premiers chapitres et il est  la voix principale qui raconte l’assaut au cours  duquel il meurt, après sa huitième intervention, p 63. 

Il reçoit ses ordres directement  du colonel.Il doit attendre la nuit et avec une dizaine d’hommes dont le caporal Ripoll, il va tenter de reconquérir le terrain perdu (p 31); Inquiet, il observe les hommes de la vieille garde: “on dirait un peuple de boue.;ils ont le regard vide ” des ombres sales et courbées qui ne saluent plus et qui forment un cortège fantôme (p 33) “Ecuyers fatigués de chevalier disparus” les combattants effraient la relève tant ils semblent sales et à peine humains : “ juste la démarche mécanique des chevaux de trait ” “des chiens malades ” pensera-t-il encore; cette tout petite poignée d’hommes qui défile devant eux, ce sont les survivants de l’attaque , les seuls à pouvoir quitter le front “même épuisé et sales” et le lieutenant commence à rêver un jour de leur ressembler. Avant l’assaut, il regarde ces hommes qu’on a lui a confiés : Quentin Ripoll : un roc, fauve, qui parle peu mais un vrai guerrier qui sait devenir chasseur. La relève commandée par le lieutenant Rénier est “accueillie ” par des tirs ennemis, des tirs de nuit qu’il nomment la salve de bienvenue pour déniaiser la relève.  

Ces premier obus blessent des hommes de la compagnie et le lieutenant s’est précipité pour s’occuper des blessés : “j‘ai maculé mon uniforme; pour la première fois, dans la poussière et la panique, pour la première fois au milieu de la douleur aigüe des hommes, j’ai pris à bras-le-corps la guerre et elle a dessiné sur mon uniforme son visage convulsé.”  (p 37) 

Il reçoit l’ordre de rejoindre la tranchée de la Tempête et s’enfonce avec ses hommes dans la nuit barbelée, en silence. L’arrivée du sergent vicieux de la guérite du poste  A rend les hommes nerveux et leur nervosité sera gravée dans cette “nuit de froid et de haine ” par les cris de l’homme-cochon (p 43)  Le lieutenant tire alors en direction des bruits un “coup de feu impossible contre le cri de la guerre ” 
Au début du chapitre II, c’est la voix du lieutenant, juste après celle de Jules, qui annonce le début imminent de l’attaque. “personne jamais ne m’avait préparé à cela”  Tout ce qu’il a appris durant sa formation semble totalement dépassé par ce qu’il voit et ce qu’il vit au front : “je vois des soldat termites” : “est -ce celui qui aura creusé le plus profond qui gagnera la guerre ? “  Le lieutenant n’imaginait pas que la guerre aurait ce visage : ils devinent des hommes de la terre. Meurtriers tapis au ras du  sol. C’est alors que le sergent sadique du poste A vient leur annoncer que l’heure de l’attaque a été fixée à 11 heures : commence alors l’attente et la peur monte;(61) il leur reste une demi-heure et plus personne ne parle: chacun s’occupe comme il peut ; Renier se pose des questions : “je me demande si je tuerai un homme cette nuit. Si je verrai son visage. Si j’aurai l force ou si je resterai blotti dans le fond de la tranchée comme un animal blessé..” p 61 
Tout le monde tremble te personne n’ose se regarder: chacun affronte sa peur; il a hâte de courir et son rôle d’officier lui tient à coeur; il va montrer l’exemple et devenir un guépard.A l’heure dite, il se lève, emplit d’air ses poumons, enjambe le parapet et court “sans faiblir; sans penser à rien” ..il se sent rapide comme un fauve, se dirige vers les ennemis et tombe : c’est Ripoll qui ira le chercher avec  Castellac (p 66) “Il était calme et élégant, avec sur la face une expression que je ne lui avais jamais connue: les yeux et la bouche grands ouverts; Comme s’il essayait de crier ou de boire tout l’air du champ de bataille. Comme si sa gueule affreuse s’ouvrait jusqu’au déchirement pour tenter de respirer encore. Une gueule de gargouille…il avait la gueule déformée de la mort. la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés..Au lieu de cela, il semble crier encore à l’attaque alors qu’il gît dans la boue, que son corps est froid et que plus personne jamais, n’entendra sa voix. La mort s’est jouée de lui. elle l’a pris de plein fouet. Pour sa première charge. C’était un homme et il méritait mieux que cela. ” 
Et Messard continue à faire le portrait du lieutenant : un fier dragonnier..avec lui disparaît tout son siècle..sa tête résonnait de la charge puissante de la cavalerie sabre au clair..fils du vieux siècle , il est mort car les chevaux se font inexorablement faucher par les mitrailleuses (p 68) Ce nouveau déluge ne ressemble à rien de ce que les hommes ont connu, ajoute Messard; désormais, nous sommes les fils de l’ogre et le grand siècle moutarde va nous dévorer...
Le personnage du lieutenant Rénier symbolise le courage des soldats et honore sa bravoure mais l’auteur constate que cette guerre d’un genre nouveau ne peut être uniquement gagnée avec d’anciennes méthodes; on ne peut plus se battre comme au cour des siècles passés car de nouvelles armes ont fait leur apparition et elles révolutionnent les méthodes de combat. La mort de Rénier permet de mesurer à quel point l’armée est inadaptée à ces stratégies inédites de fortifications et d’assauts à l’arme lourde. 
21. avril 2018 · Commentaires fermés sur Daumal ou la nécessité de l’engagement collectif des poètes · Catégories: Première
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René Daumal est né en 1908 près de  Reims et dès les années lycée, il constitue un groupe d’amis avec lequel il se lance dans des expériences extrêmes ; à Paris, c’est le début du surréalisme et ce mouvement va profondément les influencer ; Ils se surnomment les “phrères simplistes ” ou les 4 R et se donnent des surnoms; ce sont de très bons élèves que pourtant l’école n’intéresse guère; ils préfèrent marcher sur les traces de  leur idole : le poète Arthur Rimbaud qui pour ses expériences de Poète- Voyant  préconisait d’obtenir  le dérèglement de tous les sens ; 

Durant une certaine période , ils vont alors se tourner vers différentes drogues extrêmement dangereuses ; Daumal va également essayer la télépathie, le spiritisme, l’hypnose  et il décrira une expérience unique qui a failli lui couter la vie après une absorption de tétrachlorure de carbone. A la fin de sa vie, il deviendra un mystique passionné par l’hindouisme.

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La création de la revue le Grand Jeu

En 1925, René Daumal rentre en khâgne au lycée henry IV à Paris. Vailland a également rejoint la capitale. Ils vont se lancer dans la création d’une revue littéraire . Le premier numéro doit être publié en 1928 pour être consacré à la Révolte. Daumal insiste “pour ne pas donner une place excessive aux poèmes”, “pour ne pas avoir l’air de jeunes gens qui veulent être imprimés. D’ailleurs, qu’importe ? – Trop de poèmes ennuient vite, la partie poétique sera d’ailleurs aussi importante que la philosophique”. René Daumal prend la direction éditoriale du projet.Mais le Grand Jeu reste dans l’ombre des surréalistes qui valorisent également la révolte. La dimension individualiste et réfractaire de cette révolte débouche, pour André Breton et les surréalistes, vers les idées anarchistes. La poésie leur permet également d’exprimer un dégoût pour la société et de dénoncer les contraintes sociales et morales.La trajectoire de René Daumal croise donc celle d’André Breton .  

Les membres du Grand Jeu  se permettent d’attaquer violemment la société occidentale et ses dogmes. “Faire désespérer les hommes d’eux-même et de la société” devient le but du Grand Jeu. La négation et la destruction de la société avec ses règles idiotes devient un projet salutaire. Le premier numéro du Grand Jeu comprend trois essais sur la “Nécessité de la révolte”. Ensuite, le revue intègre plusieurs poèmes.

                           

Convergences et oppositions avec les surréalistes

Le Grand Jeu se rapproche des surréalistes mais aucun accord n’aboutit. En effet, le Grand Jeu accueille les exclus et dissidents du mouvement surréalistes qui critiquent l’autoritarisme d’André Breton.L’écriture automatique émerge avec la découverte de l’inconscient par la psychanalyse. Un groupe, autour de Breton et Soupault, fonde la revue Littérature en 1919. Ce projet commence « par la démolition de tout ce qui pourrait nous accaparer. Ne pas permettre. La réussite, pouah. La première bataille se livre contre le poème, le pohème, le peau-aime, etc », écrit le jeune Aragon. Breton et Soupault écrivent le poème des Champs magnétiques, réalisés sous la dictée magique de l’inconscient. Les mots et les phrases apparaissent d’eux-mêmes. La découverte de l’aventure surréaliste par Daumal  fait écho à leurs propres préoccupations. Breton tente de supprimer le contrôle qu’exerce la raison sur l’esprit pour libérer une force spirituelle. L’investigation surréaliste se tourne alors vers l’écriture automatique et le récit des rêves.

L’esprit humain doit se libérer de ses conditionnements selon les surréalistes. En 1925, ce mouvement pose des bases précises avec, pour préalable, « un certain état de fureur ». L’action surréaliste ne se préoccupe pas de « l’abominable confort terrestre » mais vise à « changer les conditions d’existence de tout un monde ».

Le Grand Jeu se considère comme communiste dans la destruction de l’ordre établi mais ne rejoint pas le Parti. Les intellectuels communistes sont considérés comme des policiers serviles. Mais l’aventure du Grand Jeu s’essouffle et René Daumal se tourne vers de nouveaux horizons.  « L’Occident individualiste-dualiste-libre-arbritriste, triste, capitaliste-colonialiste-impérialiste et couvert d’étiquettes du même genre à n’en plus finir, il est foutu, vous ne pouvez vous en doutez comme j’en suis sûr », constate Daumal en 1930.

La critique de la vie quotidienne débouche vers une fuite dans la poésie et la métaphysique. Le rêve, l’expérimentation s’apparentent à une fuite hors du monde et de la civilisation occidentale. Daumal, pourtant critique lucide de l’institutionnalisation du surréalisme, ne s’inscrit pas dans une démarche de dépassement de la société marchande par l’émancipation individuelle et collective. La révolution intérieure prime sur la révolution sociale. Sa dérive vers la culture orientale et une forme de religiosité hindouiste révèle l’impasse d’une révolte uniquement spirituelle . 

 

08. avril 2018 · Commentaires fermés sur Jules ou l’échec de la parole · Catégories: Première · Tags:
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Le personnage de Jules représente dans le récit la voix de l’écrivain , celle qui cherche à faire entendre les autres voix, une sorte de passeur de mémoire et de souvenirs mais cette tâche est difficile et il lui faudra s’y reprendre à plusieurs fois . Examinons le rôle de ce personnage dans le troisième extrait du roman que nous étudions .

Jules établit le lien entre les scènes de guerre et le reste du monde ; celui des hommes qui ne connaissent la guerre que par l’expérience des autres . Le passage que vous présentez se situe à la fin de l’avant dernier chapitre : Derniers souffles. Jules est un combattant de la première escouade qui a été relevée par les hommes du lieutenant Rénier et son état inquiète ses  camarades car Marius, par exemple , lui trouve un regard de haine ; il a dépassé le stade de la peur et risque de se faire tuer à tout instant. Il se définit en marchant jusqu’à la gare comme un rescapé et comme le vieillard des tranchées . Ce passage se compose de 3 parties: l’arrivée au village , le discours désarticulé et la réaction de violence des villageois. Que représente ici le personnage ?  Tout d’abord, il est un élément perturbateur ; Pour reprendre la définition d'Aristote qui considère le personnage comme le support d'une action, Jules  va briser la quiétude de ce village tranquille ( description du village, ses bistrots, son marché, la vie banale ) en y apportant le souffle de la guerre et ses voix . Jules est également un porte-paroles : à la fois des combattants mais aussi des morts ; Il a ici une double dimension. en effet les voix qu’il tente de faire entendre il les a enregistrées comme témoin et ancien combattant : il a en effet partagé l’expérience des assauts avec ses compagnons mai lui a survécu ; les voix qui le hantent sont celles des soldat morts et c’est sa culpabilité qui les fait résonner en lui. En 1960, des chercheurs définirent ce qu’on nomme le syndrome du survivant et l’écrivain s’inspire ici des réactions constatées par de très nombreux rescapés après un choc qualifié de post -traumatique . Les survivants ont besoin de se libérer de leur culpabilité en servant de relais pour leurs compagnons morts.

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Les efforts déployés par Jules pour se faire entendre (répétitions, impératifs, prière) aggravent son sentiment d’échec quand on se moque de lui et qu’on le chasse comme un gueux. Quant à l’hostilité des villageois (lapidation, gradation, furie et références antiques) , elle fait pendant à la violence de la guerre ; La course folle de Jules pour échapper à la pluie de pierres imite celle des soldats au front qui tentent d’échapper à la pluie de feu et ce parallélisme peut montrer , à la fois la similitude de leurs destins soumis à la violence des hommes mais l’auteur peut aussi tenter d’illustrer au moyen de cette image la contagion de la violence; le récit de Jules qui es fait l'écho des violences subies par les soldats  fait naître la violence à son tour parmi les civils car il est insoutenable . La lapidation est sans doute une référence ici à la Bible (voir le fichier joint dans la clé USB à l afin de ce billet ). La communauté chassait celui qui avait commis une faute par peur qu'il apporte le malheur sur eux.  Chasser Jules revient  également, dans une interprétation plus moderne, à nier ce qui se passe au front , faire la sourde oreille. On peut penser au silence des voisins des premier camp d'extermination : les premiers témoignages ont été  violemment rejetés par une grande partie de la communauté européenne qui ne pensait pas de telles horreurs possibles. Plusieurs écrivains ont tenté , à leur manière de témoigner de l'horreur de la guerre  au moyen d'oeuvres littéraires et Jorge Semprun, par exemple; à son retour de déportation,  a mis plus de 20 ans avant de réussir à écrire un roman: L’écriture ou la vie, dans lequel il doute de la possibilité de l’écriture de pouvoir tout transmettre. Lisez son témoignage et parlons en ensemble en classe. Son expérience en ressemble-t-elle pas à celle vécue par Jules ? 

Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de raconter. Non pas que l’expérience vécue soit indicible. Elle a été invivable, ce qui est tout autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d’un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. Ne parviendront à cette substance, à cette densité transparente que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. Ou de recréation. Seul l’artifice d’un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. Mais ceci n’a rien d’exceptionnel : il en arrive ainsi de toutes les grandes expériences historiques.

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On peut toujours tout dire, en somme. L’ineffable dont on nous rebattra les oreilles n’est qu’un alibi. Ou signe de paresse. On peut toujours tout dire, le langage contient tout. On peut dire l’amour le plus fou, la plus terrible cruauté. […]

Mais peut-on tout entendre, tout imaginer ? Le pourra-t-on ? En auront-ils la patience, la passion, la compassion, la rigueur nécessaires ? Le doute me vient, dès ce premier instant, cette première rencontre avec des hommes d’avant, du dehors – venus de la vie-, à voir le regard épouvanté, presque hostile, méfiant du moins, des trois officiers. »  Folio, p 26 et 27

Plans possibles à partir de 2 questions  pour cet extrait :

 1) En quoi ce personnage est-il le porte- paroles des autres ? 

Un discours collectif : 

 a) a choisi un village et a pris la parole devant la foule

 b) faire entendre les différentes voix qui le hantent = objectif du personnage depuis qu’il a quitté les tranchées et décidé de ne pas y retourner 

c) irrépressible besoin de parler mais difficulté marquée par …

Un accueil hostile inattendu 

a) le déni ou la peur ? les civils face aux soldats : 2 mondes qui s’ignorent ? 

b) le retour de la violence , sa contagion : gradation de la colère, la lapidation, un acte symbolique , les parallélismes entre ici et là bas (leurs derniers souffles de vie) 

c) l’échec de la transmission par la parole : la déroute du personnage , sa fuite à corps perdu : référence à Oedipe

Jules représente le rescapé, le survivant, le témoin qui se sent coupable d’avoir abandonné ses camarades (syndrome du survivant  )

Ccl : passage dans l’épilogue à un art visuel, la sculpture qui donne non pas voix mais corps aux soldats morts.

2) De quel échec s’agit-il pour le personnage ? 

a) échec du dire

discours hâché, morceaux de voix sans liens, pas de souffle

b) échec de la transmission 

personnage ne se fait pas entendre : les gens rient et l’insultent 

rejet par la foule ; se fait chasser, à bout de souffle

c) échec de sa mission 

il devait faire entendre les voix de ses camarades restés au front : n’y parvient pas 

déclenche la violence et considéré comme un traitre et un criminel , un déserteur 

 

30. mars 2018 · Commentaires fermés sur M’Bossolo, le soldat de l’espoir : un soldat venu d’ailleurs . · Catégories: Première · Tags:

Durant le dernier assaut, les hommes de la relève meurent : Barboni se sacrifie et s’empare du lance-flammes pour donner une peu d’avance à ses camarade qui fuient ; une balle tirée dans le réservoir de son arme le fait exploser. Ripoll qu’on croyait perdu est sauvé par un soldat à la peau noire.

Dermoncourt meurt sans qu’on sache comment : d ‘épuisement ou d’une balle dans le dos ” ( p 132) et Ripoll voit mourir sous ses yeux Castillac (le crâne fendu) .Il ferme les yeux avant de pouvoir distinguer Messard.Les hommes sont balayés par la vague des ennemis et Ripoll a l’impression de s’enfoncer dans la terre ; Il entend “des sons étranges dans la brume.;comme si la terre parlait avant de m’accueillir en son sein “ p 143

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M’ Bossolo le porte et le ramène vers les lignes arrières : il sait que le temps leur est compté : il doit agir vite et sans faiblir (p 145). Il fait partie pour Ripoll de ces hommes de la nuit avec leur peau “brûlée toute entière, leur peau lisse et noire, plus sombre que la boue” . Il les prend pour des ombres de la terre. Gaudé mêle toujours un élément fantastique dans ses récits et cette dimension mythique est apportée ici par ces soldats étrangers, des tirailleurs sénégalais. Voici quelques éléments histotriques pour mieux comprendre le rôle de ces soldats durant le conflit. 

  16 avril 1917 au petit matin, 15.000 tirailleurs sénégalais s’élancent à l’assaut du plateau du Chemin des Dames, dans l’Aisne, entre Soissons et Laon. Ce jour là, 1.400 d’entre eux meurent dans ces combats.Ces soldats venus de loin pour combattre sur le sol français sont fauchés par les mitrailleuses allemandes, encore opérationnelles après des jours d’intenses bombardements.  

En 1917 enfin, 20 bataillons sont placés sous le commandement du général Mangin, l’officier général qui publiait déjà en 1910 un ouvrage au titre retentissant,  La Force noire. Celui-ci croyait dans les vertus guerrières des Africains, ces qualités permettant de constituer des unités d’une « incomparable puissance de choc ». Malgré une préparation militaire effectuée dans le Midi de la France, éprouvante déjà, plus d’un millier de ces soldats coloniaux sont évacués avant le commencement de l’offensive de printemps. La dureté du climat en ce début d’année décime leurs rangs. 

En première ligne et sur les deux ailes de la VIème armée, ces « tirailleurs sénégalais » ne sont pas épargnés lors de ces combats, très meurtriers, qui dureront jusqu’à la fin de l’été. 

Au total, 29.000 de ces soldats coloniaux et africains sont morts au cours de la première Guerre mondiale, soit un homme mobilisé sur cinq. Et, si ces taux de pertes correspondent à ceux des troupes métropolitaines également engagées dans les combats de la Grande Guerre, la « force noire » méritait bien un hommage spécifique de la nation. Peu d’entre eux en effet seront médaillés. Mais, le 13 juillet 1924, à Reims, un monument « Aux héros de l’Armée noire » est inauguré. Le même groupe en bronze sculpté par Paul Moreau-Vauthier est également élevé à Bamako, au Mali. 

Sur le Chemin des Dames, il faudra attendre le 22 septembre 2007 pour que soit inauguré la « Constellation de la douleur », une œuvre sculpturale due à Christian Lapie, sur l’initiative du Conseil général de l’Aisne. Ces neuf sculptures, depuis sont implantées sur une parcelle appartenant au Département, à proximité de la Caverne du Dragon, sur les lieux même où ces tirailleurs africains sont tombés par centaines en 1917. Selon l’artiste, « ces figures sans bras ni visage, monumentales et puissantes, interrogent et déstabilisent », le passant.

Dans le roman, M’ Bossolo représente cette force noire , dernier espoir pour de nombreux blessés; La voix chaude de M,Bossolo coule sur les plaies de Ripoll qui comprend que les hommes de la nuit le ramènent vers les siens (p 146); Décidé à le porter jusqu'u bout , M' Bossolo représente "une pauvre humanité en marche qui porte ses blessés comme des divinités de bois ”  Au delà des tranchées et des champs de bataille, le corps de Ripoll voyage jusqu’en Afrique, en des lieux sûrs où la guerre ne peut pénétrer (p155) et le soldat devient alors un géant qui traverse des continents et qui, fort de ce qu’il a accompli, reviendra terminer le combat : “t’avoir mis en lieu sûr me rendra indestructible”  (p 156) ; Désormais , M’Bossolo se transforme en un ogre broyeur de métal et qui plantera ses dents dans l’ennemi.

Ce personnage réapparaîtra dans une autre nouvelle de Gaudé : Colonel Barbaque: Ripoll a voulu rejoindre l’Afrique et découvre les marques horribles du colonialisme. Il devient alors une sorte de vengeur,un horrible Dieu de la guerre. Quant à MBossolo l’écrivain l’a fait mourir de la grippe espagnole quelques jours après avoir sauvé Ripoll et ce dernier part en Afrique pour devenir noir et découvrir le pays de son  Sauveur. Vosu trouverez en pièce jointe le plan d’étude réalisé en classe pour étudier le personnage de M Bossolo (texte 16 ) 

 

07. mars 2018 · Commentaires fermés sur La rhétorique et les genres oratoires · Catégories: Fiches méthode · Tags: ,
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La rhétorique est l’art de bien parler; Les Anciens ont mis au point une série de traités qui enseignent l’efficacité en matière de construction des discours ; ils établissent une distinction entre les discours de l’avocat qui défend un client ou plaide une cause dans le cadre d’un procès ;  (éloquence judiciaire )  les discours des hommes politiques qui tentent de faire voter des lois ou d’ amener des citoyens à voter pour eux ( genre délibératif ) ; Enfin le genre épidictique regroupe tous les discours prononcés à l’occasion d’un événement de la vie quotidienne  tel qu’un enterrement  (oraison funèbre) ou un mariage ou un discours de réception d’un prix . 

1. Les trois genres rhétoriques

II.1.1. Le genre judiciaire

Le genre judiciaire renvoie à un discours dont la fonction est d’accuser ou défendre.

Le genre judiciaire est donc surtout destiné au tribunal, puisque c’est là principalement qu’on accuse ou qu’on défend.De plus, le genre judiciaire renvoie essentiellement au passé, puisque lorsqu’on juge des faits, ces faits sont en principe déjà accomplis.Enfin, le genre judiciaire met nécessairement en œuvre les valeurs du juste et de l’injuste.

II.1.2. Le genre délibératif

Le genre délibératif renvoie à un discours dont la fonction est de persuader ou de dissuader.Le genre délibératif s’adresse donc à une assemblée publique. En effet, c’est au forum, dans un conseil, ou encore au Parlement qu’on persuade ou dissuade d’entreprendre la guerre, d’élever un bâtiment, d’accomplir telle ou telle action concernant l’ensemble de la société.Le genre délibératif renvoie par conséquent au futur, puisqu’il s’efforce d’amener l’auditoire à prendre une décision qui engage l’avenir.Le genre délibératif met essentiellement en œuvre les valeurs de l’utile et du nuisible.

II.1.3. Le genre démonstratif (ou épidictique)

Le genre démonstratif renvoie à un discours dont la fonction est de louerblâmer, ou plus généralement d’instruire. Il est parfois aussi appelé genre épidictique.Le genre démonstratif s’adresse à un auditoire réuni à l’occasion d’un événement particulier tel qu’un mariage, un décès, une réception officielle. C’est là qu’on loue ou blâme; c’est là qu’au travers de la louange ou du blâme, on instruit des choses de la vie.Le genre démonstratif ou épidictique renvoie tout à la fois au passé, au présent et au futur: il s’agit de louer ou de blâmer tel ou tel personnage, dont on évoque pour ce faire les actions passées et dont on prédit les actions à venir à partir de ses qualités présentes.Le genre démonstratif ou épidictique a donc principalement trait à l’admirable et à l’exécrable.

II.2. Genres rhétoriques et genres littéraires

Les genres rhétoriques entretiennent un rapport étroit avec les genres littéraires.

Le genre judiciaire est très présent dans la tragédie, où les situations de conflits abondent. Les personnages tragiques sont en effet souvent amenés à se justifier, à accuser, ou à se disculper. Ainsi, dans Le Cid de Corneille, Chimène accuse Rodrigue du meurtre de son père et demande réparation au roi qui se trouve alors en position de juge (II, 8). À son tour, le père de Rodrigue prend la défense de son fils et fait valoir ses arguments.

Le genre délibératif est présent dans divers genres littéraires. Il intervient dès que les personnages doivent se décider à agir dans un sens ou dans un autre. Au théâtre, les scènes où un confident, un proche ou un ami dialoguent avec un personnage pour le conseiller relèvent du genre délibératif.  Parfois, un seul personnage peut tenir un monologue relevant du genre délibératif, comme lorsque Rodrigue, dans les fameuses stances du Cid, s’interroge sur la conduite à tenir (I, 6).

Dans la poésie lyrique, les vers dans lesquels le poète exhorte sa Dame à se montrer moins cruelle ressortissent également au genre délibératif.

Le genre démonstratif ou épidictique est très présent dans la poésie lyrique où le poète chante la beauté de sa Dame, de même que dans la poésie officielle où il chante la grandeur d’un monarque et dans la poésie religieuse où il chante la grandeur de Dieu. On trouve également le genre démonstratif au théâtre, dans les scènes d’exposition, au cours desquelles un personnage met un autre personnage au courant de faits qu’il doit connaître.

II.3. Les cinq opérations rhétoriques

Quel que soit le genre rhétorique d’un discours, ce discours doit obéir à certains principes communs aux trois genres pour être efficace.

Un discours doit ainsi présenter des arguments pertinents ou relater des faits pertinents; un discours doit aussi suivre un plan qui en assure la cohérence et l’organisation; un discours doit également adopter un style approprié aux circonstances; il doit enfin être prononcé de façon vivante.

Ces diverses exigences correspondent moins aux étapes successives de la composition d’un discours qu’à des opérations rhétoriques par lesquelles il faut nécessairement passer pour produire un discours efficace. Examinons ces opérations les unes après les autres.

II.3.1. L’inventio ou la recherche des arguments

L’invention (inventio, dans les traités de rhétorique rédigés en latin) désigne la recherche des arguments et des idées à présenter aux destinataires du discours.

Ces arguments sont de deux types: les arguments affectifs qui agissent sur les émotions et la sensibilité des auditeurs et les arguments rationnels qui en appellent à leur raison.

II.3.1.1. Les arguments affectifs: l’ethos et le pathos

Les arguments affectifs se distribuent eux-mêmes en deux catégories: l’ethos et le pathos.

L’ethos est l’image que l’orateur ou l’auteur du discours donne de lui-même à travers son discours. Il rassemble les notations relatives à l’attitude que l’auteur du discours doit adopter pour s’attirer la bienveillance des destinataires. Cette attitude doit être faite de modestie, de bon sens, d’attention aux destinataires…

La seconde catégorie d’arguments affectifs rassemble les notations visant à éveiller les passions de l’auditoire (colère, crainte, pitié,…). C’est ce qu’on appelle le pathos du discours, autrement dit la charge émotionnelle du discours. Celle-ci peut notamment prendre la forme d’apostrophes véhémentes ou encore d’exclamations

La construction canonique du discours argumentatif :

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– Exorde : une introduction

– Narration : on raconte les faits

Confirmation : on réaffirme son opinion et on donne ses arguments

Réfutation : on réfute les arguments de la partie adverse

Péroraison : la conclusion du discours argumentatif

Les cinq étapes pour construire un discours argumentatif :

– L’invention : chercher tous les arguments pour ou contre

– La dipositio : organiser ses arguments dans un plan

– L’actio : le savoir être, le comportement, les gestes qui viennent appuyer le discours

– memoria : maîtriser son sujet et ne pas être collé sur ses notes

– L’élocutio : la voix et l’intonation 

 

04. mars 2018 · Commentaires fermés sur les types de discours : réviser pour le bac · Catégories: Fiches méthode · Tags: , ,

Un sujet d’invention fréquent  peut consister à composer un discours : n’oubliez pas que ce type de texte privilégie certaines techniques qu’il vous faut mémoriser ; Commençons par réviser un peu ..pour comprendre quelles sont les particularités de la rhétorique des discours. Tout d’abord, un discours doit être abordé dans une situation de communication : il vous faudra d’abord préciser à quel public s’adresse l’orateur et dans quel contexte il se trouve; On différenciera , par exemple, un discours politique d’un discours de commémoration ou de réception , par exemple, à l’occasion de la remise d’une récompense ; On tiendra compte également de la position du locuteur : représente-t-il un parti, une faction ? s’exprime-t-il au nom d’un collectif ou en son nom propre ? Ainsi, on pourra envisager les arguments dans leur contexte ; De plus, on tiendra compte des procédés  employés et notamment de ceux qui nous provient de l’éloquence antique ou de l’art oratoire classique ; Entrons dans les détails …

LE DISCOURS = un texte écrit, destiné à être lu à voix haute ou publié et qui s’adresse à un large public afin d’emporter son adhésion. Le discours ne semble donc pas vouloir se contenter d’un destinataire unique mais au contraire cherche à convaincre et persuader le plus grand nombre. Contrairement à l’essai, il utilise forcément les techniques de la rhétorique, c’est-à-dire de l‘art oratoire, en déroulant avec rigueur une pensée très structurée.

La première qualité d’un discours est d’être éloquent : n’oubliez pas que vous vous adressez à un public, à des lecteurs ou le plus souvent à des auditeurs donc tenez compte de votre auditoire et adressez-vous à eux, cherchez à attirer leur attention.

 

Le discours est un texte rédigé avec soin et destiné à être lu devant une assemblée ou un large public.

Ex : Discours de réception du prix Nobel de Camus (XXe) ; Appel de l’abbé Pierre en hiver 1954 (XXe) Discours d’André Malraux (voir illustration) pour l transfert des cendres de Jean Moulin au panthéon.

 

Le sermon est un discours religieux qui sert de discours de prédication, pour répandre la parole divine.

Ex : Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre de Bossuet (XVIIe) est un éloge + un sermon. Une oraison funèbre est la version religieuse de l’éloge des héros tel qu’il était pratiqué dans la Rome antique: C’est un genre codifié qui obéit à des règles strictes 

 

Le dialogue philosophique est un discours à deux voix permettant au lecteur d’assister à la confrontation de deux points de vue différents afin de se forger sa propre opinion.

Ex : Diderot est le philosophe des Lumières qui utilisait beaucoup la forme dialoguée

 

La lettre ouverte est une lettre destinée à une personne précise mais rendue volontairement publique par son auteur pour toucher le plus grand nombre.

Ex : Lettre ouverte « J’accuse » d’Emile Zola à l’occasion de l’affaire Dreyfus en 1898 : cette lettre est destinée à Monsieur Félix Faure, président de la République, mais publiée volontairement dans le journal L’Aurore. Les lettres  philosophiques de Voltaire peuvent être considérées en partie comme des lettres ouvertes.

 

Le manifeste est une œuvre théorique qui cherche à servir de référence à un groupe pour définir une nouvelle pensée.

Ex : Manifeste du surréalisme d’André Breton (XXe)

Les techniques communes à tous ces type de discours  à privilégier sont les questions rhétoriques ,  les adresses au public,  la ponctuation expressive, les répétitions.

La rhétorique distingue trois grandes parties dans un discours : l’entrée en matière (exorde) , le corps du texte et sa structure (dispositio) – et enfin la conclusion (péroraison)

Avant de commencer votre discours, notez au brouillon des éléments de disposition et d’organisation; réfléchissez notamment à l’ordre des arguments que vous allez employer et pensez à vous servir des arguments de vos adversaires pour les contrecarrer.

Soignez votre entrée en matière et votre final…

04. mars 2018 · Commentaires fermés sur Réparer les vivants : un roman polyphonique ..moderne · Catégories: Première · Tags:
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Simon avant l’accident

Ce roman de Maylis de Kerangal paru en 2014 est troublant sur plusieurs points. D’abord l’intrigue n’est pas banale car elle nous interroge sur l’existence de l’âme et la relation que nous entretenons avec nos défunts et leur souvenir; Ensuite, le roman est organisé en étoile autour des personnages qui se croisent au sein de l’intrigue et qui s’effacent tour à tour avant de revenir au premier plan. Nous les découvrons à la fois dans leur univers et à travers leurs relations avec es autres protagonistes; une voix narrative chapeaute le tout et nous entraîne ,à sa suite , dans les mystères du coeur humain .Suivons ces voix qui nous invitent à leur suite à réfléchir à ce qu’est la vie et l’amour, deux thèmes éternels dont les fils ne cessent de s’entrecroiser dans toute écriture.    

 Que raconte ce roman et comment les personnages  sont -ils agencés? On notera tout d’abord que le véritable héros de l’histoire , c’est le coeur de Simon autour duquel les différents protagoniste vont se croiser te qui va les rassembler. Le coeur de Simon Limbres va bientôt cesser de battre dans sa poitrine mais pendant 24 heures il va devenir le personnage le plus important de cette intrigue tragique ; L’histoire commence par un coup de de téléphone, c’est le portable de Simon Limbres qui sonne : il est 05:50 et il part surfer avec ses amis: Joan et Christophe.

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Le matin du drame

 Très vite, au retour de la plage , c’est l’accident mortel sur une route de campagne et Simon arrive à l’hôpital  au moment où le docteur Pierre Révol commence sa garde en réanimation : “la réa est un espace à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées, héberge ces corps situé entre la vie et la mort.” Une nouvelle infirmière lui serre la main : elle s’appelle Cordélia Owl ; tous deux vont prendre ne charge Simon à son arrivée ; Gros plan sur le personnage du médecin: un chapitre résume sa biographie et son parcours ( p 42 à 47 ) . Mais son portrait est interrompu par l’arrivée de Marianne , la mère de Simon, à l’hôpital. Le narrateur refait son parcours dans la ville depuis le coup de fil de l’hôpital jusqu’à son arrivée dans le bureau de Révol. ( p 60) Au moment où Marianne quitte l’hôpital, le médecin passe un coup de fil à Thomas Rémige, infirmier coordonateur des greffes d’organes et grand passionné de chant . C’est ce personnage qui désormais occupe le premier plan du roman et le narrateur nous raconte son histoire. Ce sera ensuite au tour de Sean, le père de Simon de faire son apparition : le couple se reforme auprès de leur enfant à l’hôpital et tous deux vont devoir décider s’ils souhaitent donner ses organes car Simon est en état de mort cérébrale;

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L’adieu à Simon

Le roman montre alors comment le médecin Pierre Révol va tenter de faire accepter aux parents à la fois la mort de leur enfant et l’idée que son corp peut servir à réparer des vivants, c’est à dire sauver à son tour d’autres vies et éviter d’autres morts. Pendant que les parents et les soignants discutent, Cordelia l’infirmière s’occupe du corps de Simon et repense à la nuit passée avec son amant.   Chaque portrait de personnage est composé d’anecdotes personnelles qui nous éloignent de la trame narrative et qui forment de petits récits au sein même du récit principal. Les parents de Simon suivent Thomas Rémige et consentent au don d’organes; pendant ce temps là, Juliette la petite amie de Simon pense à lui et attend son appel; C’est un autre appel qui intervient alors à ce moment précis au sein de l’intrigue : celui de Thomas Rémige  qui à 17 h 30 déclenche la chaîne qui va aboutir aux transplantations des organes de Simon; Gros plan sur  Marthe Carrare le médecin de l’Agence de la biomédecine qui va procéder à la répartition des greffons. Le coeur est destiné à une patiente du service du professeur Harfang ; C'est ce brillant médecin qui passe alors au premier plan du roman ; L'infirmière du service de  réanimation de l'hôpital du Havre, Cordelia qui termine sa garde de douze heures, croise alors les parents de Simon qui lui apparaissent comme des fantômes . Ces mêmes parents rentrent rechercher leur petite fille Lou qu’ils avaient déposée le matin même chez les voisins : il est alors 18 h. Le téléphone sonne chez Claire Méjan pour lui dire qu’elle va subir sa greffe de coeur : c’est la seconde fois que le service du professeur Harfang l’appelle; la première fois, ils avaient refusé le greffon. Pendant que Claire la receveuse prépare ses affaires, Virgilio le médecin qui part prélever le coeur de Simon au Havre,  saute dans un taxi après avoir subi une scène de la part de sa petite amie Rose qui joue les patientes pour les médecins de l’hôpital.

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La greffe du coeur de Simon

Le lecteur assiste au clampage du coeur et suit Virgilio  le chirurgien dans son voyage de retour en compagnie d’Alice Harfang,une jeune interne qui a assisté à son premier prélèvement . Le coeur de Simon s’envole dans l’avion qui emporte le chirurgien et pendant ce temps, Marianne, sa mère imagine le coeur de son fils traverser le ciel. dans sa chambre , Claire la receveuse se prépare; le professeur Emmanuel harfang vient  lui parler et elle reçoit la visite de ses trois fils  ; Le corps de Simon lui est veillé par Thomas Rémige et Cordelia Owl ; il s’agit de le restaurer afin qu’il soit rendu à sa famille . l’opération peut alors commencer : Luc Harfang et Virgilio travaillent ensemble et Claire a désormais un nouveau coeur ; Il est 5 h 49 … ce coeur qui bat désormais dans sa poitrine lui a sauvé la vie et le roman pose un certain nombre de questions philosophiques autour de ce coeur transplanté. 

L’intrigue aura donc duré 24 heures , un peu comme une tragédie classique et les personnages  se sont croisés sur la scène du roman , un peu comme des acteurs de théâtre qui entrent et sortent de scène après avoir dit leurs répliques . Il s’agit donc d’un roman dont la construction pourrait être comparée à une étoile ; chaque personnage vient tour à tour sur le devant de la scène mais tous se croisent autour du corps  et du coeur de Simon .

02. mars 2018 · Commentaires fermés sur Le vocabulaire de l’argumentation : repérer une stratégie argumentative · Catégories: Fiches méthode · Tags: ,
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Un orateur en action 

Etudier des textes argumentatifs suppose de savoir nommer avec précision les procédés employés par les écrivains pour nous convaincre et / nous persuader de la justesse de leurs thèses. Leurs stratégies argumentatives désignent l’ensemble des moyens qu’ils vont mettre en oeuvre pour défendre leurs opinions ; Ils peuvent se servir des formes de textes (discours, dialogue, récit ) , des différents registres (les mélanger, les opposer ) , du lexique plus ou moins imagé, plus ou moins péjoratif ou critique ou au contraire élogieux. Le plus important consiste à repérer la thèse qu’ils soutiennent ou qu’ils combattent et la manière dont ils s’y prennent pour fabriquer leur raisonnement et réussir à vous influencer ; N’oubliez pas d’observer les connecteurs logiques : ils vous seront d’un grand secours pour déterminer à quel type d’arguments vous êtes confrontés. L‘éloquence désigne l’art de savoir convaincre en paroles et donc de bien utiliser les stratégies argumentaires adaptées à un public précis ou à une situation de communication. 

Voilà qui devrait vous aider à y voir plus clair ….

Fiche de vocabulaire sur l’argumentation :

I/ Pour commencer :
– Argumenter : signifie soutenir une thèse (idée) dans le but d’obtenir l’adhésion de son destinataire à l’aide d’arguments 
Deux démarches pour argumenter :

Convaincre : chercher l’adhésion du destinataire sa thèse en faisant appel à des arguments logiques, qui sollicitent la raison. (chiffres, exemples , raisonnements déductifs, inductifs )

Persuader : chercher l’adhésion du destinataire sa thèse en faisant appel à des arguments affectifs, qui sollicitent ses sentiments. (pitié, colère, compassion, haine..) 

II/ Vocabulaire argumentatif :
– Thème  : sujet abordé par un texte. Pour le repérer, il faut s’intéresser au titre de l’œuvre, aux champs lexicaux présents.

Argument : c’est un élément de raisonnement (un fait, une remarque, une réflexion, une analyse) sur lequel on s’appuie pour justifier une thèse. Il est le plus souvent abstrait ou général .

– Exemple : c’est un élément concret, précis, qui sert à  illustrer un argument. Il est également appelé illustration 

– Le syllogisme : raisonnement déductif (de la règle générale  on tire l’exemple ou le cas particulier ), formé de deux propositions conduisant  à une conclusion.
Ex : « Tous les hommes sont mortels ; or je suis un homme ; donc je suis mortel ».

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– Le sophisme : souvent fondé sur le même principe que le syllogisme, il s’agit d’un raisonnement qui paraît rigoureux mais il est illogique : « Tous les hommes sont mortels ; or Socrate est mortel ; donc Socrate est un homme » (mais en fait Socrate est le nom de mon chat par exemple).

– Le paradoxe : du grec « para » (contre) et « doxa » (opinion) ; pensée contraire à l’opinion communément partagée. Il surprend le lecteur par son côté étonnant.

III/ Les différentes pratiques de l’argumentation :

– La délibération :
Délibérer : du latin « deliberare » qui signifie « réfléchir mûrement, trancher, décider »,consiste à considérer différents points de vue. Il s’agit de confronter des idées contradictoires avant de prendre une décision, de trouver une solution.

– La conviction :
Convaincre nécessite de faire appel  à des arguments sollicitant la raison, l’intelligence, les facultés d’analyse du destinataire pour obtenir son adhésion. Les arguments doivent donc être illustrés au moyen d’ exemples ; la progression argumentative est marquée par l’utilisation de connecteurs logiques (tout d’abord, ensuite, puis, en revanche, cependant, alors, aussi, en outre…). page1image23264 page1image23424 page1image23584

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La persuasion :
Persuader, c’est agir sur la sensibilité du destinataire pour obtenir son adhésion. On a donc recours à  des procédés tels que : l’apostrophe, les questions rhétoriques (questions qui n’attendent pas de réponses), l’exclamation, la variation des différents registres .

IV/ Exemples de genres argumentatifs :

L’essai : L’essai désigne un genre littéraire caractérisé par un texte en prose, argumentatif où la présence de l’auteur est nettement marquée par l’utilisation de la première personne. L’auteur livre une réflexion et ses impressions à travers une écriture personnelle. L’essai est donc un genre où l’auteur développe une pensée en mouvement en train de se saisir. Les sujets traités sont essentiellement d’ordre philosophique, moral, politique, artistique et parfois religieux.

On considère que c’est Montaigne (1533-1592) qui crée le genre en intitulant son œuvre Essais. Dans cette œuvre répartie en trois livres, il analyse notamment les faiblesses de la nature humaine et ses imperfections ; il confronte les civilisations et réfléchit sur la notion de barbarie…

La lettre :En général, elle est adressée un destinataire réel que l’on veut convaincre. Elle est souvent propice au débat dans la mesure où elle implique une réponse. Elle peut aussi prendre la forme d’une lettre ouverte, publiée, s’adressant ainsi au plus grand nombre. Par exemple, « J’accuse » de Zola est une lettre adressée au président Félix Faure, publiée le 13 janvier 1898 dans le journal L’Aurore, pour dénoncer l’injustice concernant l’ « affaire Dreyfus ».

L’apologue :Il s’agit d’un récit allégorique, plus ou moins court, en vers ou en prose, visée morale (implicite ou explicite). La fonction première de l’apologue est de divertir au moyen d’un récit plaisant chargé de livrer un enseignement moral.

V/ Exemples de registres pour le texte argumentatif :

– Le registre polémique :Du grec « polemos », signifiant « combat », le registre polémique est synonyme de violence verbale entre deux interlocuteurs. C’est un registre qui suscite le débat. Le texte polémique comporte une ponctuation expressive avec des exclamations, des interjections et des interrogations.
L’auteur ou le narrateur d’un texte polémique attaque ouvertement un personnage, une institution, une idée.

– Le registre comique peut être présent sous la forme de :L’absurde : il permet de confronter deux éléments qui n’ont rien en commun. L’ironie : elle consiste dire le contraire de ce que l’on pense.

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Un combat d’éloquence 

– Le registre satirique :Il permet de dénoncer des situations en les ridiculisant et de faire réagir le lecteur grâce à l’ironie et à l’exagération de certains traits.

– Le registre didactique :Il permet d’enseigner un savoir. La fonction du texte est de transmettre un savoir ou une morale. 

02. mars 2018 · Commentaires fermés sur Les aveux au théâtre : analyser une scène d’aveu · Catégories: Fiches méthode · Tags:
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Le sujet de bac blanc proposait un corpus formé de  textes de théâtre : une tragédie classique de Racine, Phèdre  qui nous livre un face à face pathétique entre l’héroïne éponyme , une jeune  reine, nouvelle épouse du roi Thésée , qui durant lalongue absence de son époux, est tombée amoureuse de son beau-fils; Empoisonnée par cette passion funeste et et monstrueuse , troublée , elle ne sait comment alléger son cour et son âme du fardeau de cette culpabilité et elle se livre ici, à de timides aveux, pressée par sa nourrice Oenone qui s’inquiète pour elle ; Le second extrait est tirée d’une comédie amoureuse de Maritaux; pour tester la sincérité des sentiments de leurs promis , deux aristocrates ont l’idée de demander à leurs valets de prendre leur place ; on assiste  alors au moment où Arlequin se sent obligé de révéler sa véritable identité et à sa grande surprise, Lisette , à son tour, avoue qu’elle n’est qu’une femme de chambre; cette double révélation orchestrée par des apartés et des quiproquos va permettre aux deux jeunes gens de s’aimer ; Alors que dans le drame romantique de Hugo, Ruy Blas , nous sommes les témoins d’une révélation douloureuse : celle d’un amour interdit ou tout du moins jugé scandaleux , entre un homme du peuple, obligé de jouer les valets et la plus grande dame du pays: la reine d’Espagne .  Ici le dramaturge exploite la dimension pathétique de l’aveu: le héros prend conscience de son destin tragique et décrit les tourments d’une passion dévorante; Il est encore question d’amour dans la pièce d’Anouilh inspirée de la tragédie antique Antigone : alors qu’elle vit se dernières heures, la princesse écrit à son fiancé pour moi avouer qu’elle l’aime et surtout qu’elle redoute la mort ; cette dimension pathétique des aveux est renforcée par la volte-face de l’héroïne : seul le spectateur connaîtra son secret ; Le personnage du confident ici est un garde qui manifeste une forme d’indifférence, de distance : il écrit sous la dictée et ses hésitations ont une dimension comique qui atteste edu mélange des genres revendiqué par le dramaturge.  La question de synthèse portait sur la manière dont les aveux sont finalement formulés …alors bonne lecture .

Avant de vous propose des pistes pour le corrigé de la question de corpus, n’oublie pas qu quand vous êtes face à une écritute théâtrale, il ne faut pas oublier la dimension spectaculaire et le rôle du spectateur grâce à la double énonciation. Pensez également à utiliser vos connaissances sur les genres ; Le tragique a pour objet d’émouvoir en faisant ressentir de la terreur et de la pitié (pathétique ) pour le héros; le comique naît souvent de la situation proposée (quiproquo, déguisement, faux-semblants) ; Le drame romantique mêle le grotesque et le sublime et Ruy  Blas présente d’ailleurs de nombreux points communs avec Phèdre ; thème de la passion fatale et destructrice, suicide final par empoisonnement; Enfin le théâtre peut aussi être l’objet d’une critique de certains aspects de la société  en présentant les différences de rang social comme des obstacles insurmontables à l’amour ; Hugo définit son héros comme “un ver de terre amoureux d’une étoile “ . Le thème de l’amour était bien un élément fédérateur et chaque personnage avouait à un proche ou à un simple témoin , son penchant pour l’objet de ses désirs.

La question de corpus : éléments de réponse à organiser ..

  1. Le rôle de l’interlocuteur dans l’obtention de l’aveu difficile
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  • un interlocuteur pressant : 
  • dans l’extrait de Phèdre, Oenone, qui tient le rôle traditionnel dans la tragédie classique de la confidente de l’héroïne,  la presse de questions pour obtenir l’aveu (impératifs, stichomythies et répliques brèves qui confèrent à la nourrice un ton péremptoire).
  • On retrouve les impératifs et les interrogations dans l’extrait de Marivaux lorsque Lisette veut qu’Arlequin lui dévoile sa véritable identité. Cependant, la situation s’inverse dans cette scène de double aveu dont la dimension comique repose sur des effets de parallélisme entre les deux serviteurs qui avouent l’un après l’autre quel est leur véritable statut (« magot »/ « magotte », « soldat d’antichambre de Monsieur » / « coiffeuse de Madame »)
  • un confident involontaire :  dans l’extrait de Ruy Blas, Don César ne cherche pas à obtenir l’aveu. Il est cependant un personnage indispensable sur le plan dramatique pour recevoir cet aveu et sa présence semble déclencher la libération de la parole du héros éponyme : Don César n’a que des répliques de moins d’un alexandrin, parfois d’une seule syllabe (« Ciel ! ») comme s’il était sidéré par l’aveu, tandis que les répliques de Ruy Blas sont de plus en plus longues  
  • Un obstacle à l’aveu : dans la pièce d’Anouilh, le garde n’est que le scripteur de la lettre que lui dicte Antigone. Il ne semble pas comprendre ce qu’elle lui dit. L’impossibilité de toute communication suscite le désarroi de la jeune fille qui finit par renoncer à s’expliquer. 

 

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II. Des détours et des dérobades qui retardent l’aveu

  • Des personnages qui ne répondent pas directement à leur interlocuteur : 
  • Apartés par lesquels le personnage ne répond pas mais commente la stratégie à adopter pour  faire comprendre la vérité  (Texte A, v. 5 ; texte B, l. 8 ou l. 11). 
  • Antigone (Texte D) ignore aussi les questions du garde, mais il s’agit plutôt pour elle de continuer à expliquer son geste malgré les interventions peu pertinentes de ce dernier. 
  • Digression de Phèdre sur sa lignée maudite qui retarde l’aveu.
  • Emploi de périphrases (caractère indicible de la vérité) : « Fils de l’Amazone » pour désigner Hippolyte (Texte A) qui ne sera d’ailleurs pas nommé par Phèdre elle-même mais par Oenone, « soldat d’antichambre de Monsieur » pour évoquer le statut de valet (Texte B), « hydre aux dents de flamme » pour la passion amoureuse (Texte C). 

III. Une amplification de la gravité de l’aveu

  • Désarroi des personnages face à une vérité presque impossible à dire

Expression de l’émotion :

  • ponctuation expressive (exclamations dans les textes A, B, C)
  • Interruptions (points de suspension dans le texte A, tirets qui indiquent un discours décousu  et haletant dans le texte C) 
  • Interjection (« Oh ! ») d’Antigone (Texte D)
  • Questions (non rhétoriques, elle se demande vraiment comment avouer la vérité) de Phèdre. Idem dans le texte B mais dans un registre comique. 
  • Procédés d’amplification
  • hyperbole « le comble des horreurs » (Texte A)
  • Gradation « quelque chose / D’étrange, d’insensé, d’horrible et d’inouï » (Texte C)

Sujet d’invention : quelques pistes  

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Plusieurs critères peuvent être retenus pour évaluer les écritures d’invention . J’ai fait apparaître 3 indicateurs sur les copies ; la qualité de l’écriture et notamment du style ; j’ai pénalisé les copies qui utilisent un style trop familier ou relâché et j’ai comptabilisé dans cette rubrique quelques anachronismes (le stress à Rome chez l’empereur , les finances de Louis XVI qui sont définitivement dans le rouge ..) Deux éléments sont ensuite évalués sur 6 points : la qualité théâtrale de l’écriture du dialogue et le choix de la situation et de la nature dramatique de l’aveu.

Faut-il sanctionner l’absence d’un paratexte ? Il est peut- être préférable de valoriser la présence d’une courte introduction notamment quand elle nomme les personnages, les situe et définit la situation qui va être développée ?

Notons d’abord que les copies se sont le plus souvent inspirées de situations lues ou étudiées en classe 

Les types d’aveux : les meurtres d’abord et souvent passionnels

  • une soeur qui tue sa sœur car elle est amoureuse du mari de cette dernière se confie à sa suivante le jour des funérailles (le cadre est intéressant pour les effets de dramatisation)

  • un homme qui avoue (à son meilleur ami) qu’il était amoureux de l’épouse de ce dernier et qu’il l’a tuée

  • une mère avant de mourir qui avoue (à son fils ) qu’elle a tué son père , sujet de tragédie

  • un mari qui avoue (à son épouse ) avoir tué un homme par accident et l’avoir enterré dans une cabane au fond du jardin.

L’amour impossible arrive en tête des situations choisies comme dans les tragédies ..

Au premier rang des interdits, la morale et la famille …nous rencontrons ainsi :

  • une femme amoureuse du mari de sa sœur qui l’avoue (à sa servante )

  • une princesse amoureuse d’un homme de rang inférieur qui l’insulte pour le faire renoncer à leur amour (double faute en quelque sorte)

  • une jeune femme bourgeoise amoureuse d’un homme de rang inférieur qui l’avoue à sa soeur et ensuite à son père (double aveu cette fois )

  • un guerrier grec (Ulysse bis ) qui avoue à la femme de l’île sur laquelle il a fait escale qu’il est déjà marié et que son coeur est pris ailleurs . (bigamie criminelle )

  • une reine veuve qui tombe amoureuse du mari de sa fille (Phèdre version belle-famille )

  • un prince qui tombe amoureux de la mère de sa fiancée et se confie à son meilleur ami (Phèdre revisité )

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    La scène d’aveu comme l’illustrait le corpus peut appartenir soit au genre tragique soit aux comédies : on notera d’ailleurs que certaines copies mélangent assez habilement parfois les deux registres en créant une dispute en surimpression de leur scène d’aveu . Mais c’était une difficulté supplémentaire et certains ont été maladroits en mixant les registres . Anouilh s’ efforce de créer ce mélange en choisissant un confident pour le moins étrange avec ce garde qui ne semble pas saisir l’importance des révélations d’Antigone ; la pièce , en effet, est construite sur le mélange des genres et le spectateur est ici partagé entre le pathétique des révélations d’Antigone, ici affaiblie à cause de son amour pour Hémon et de sa peur de mourir ; cette fragilité du personnage est dramatisée par le choix de ce confident imposé qui agit « mécaniquement »  mais dont les répliques peuvent également nous faire sourire par leur dimension décalée , inattendue et ce procédé estompe la tonalité pathétique.

Faut-il jouer la carte de l’originalité ?

C’est une question que se posent souvent les candidats qui cherchent ainsi à se démarquer des choix plus convenus de leurs camarades . En effet, le correcteur risque de se lasser de la version 40 de Phèdre ou de la lettre d’aveu mais il faut noter que le corpus sert aussi de référence et qu’il parait judicieux de s’inspirer des situations mises en scène , en tentant de les réécrire.

Parmi les copies qui ont su faire preuve d’inventivité , on trouve :

  • une femme qui avoue un rêve (à son époux ) où elle voit son avenir heureux avec un autre homme ( situation originale car elle décide littéralement de le quitter pour réaliser son rêve.)

D’une facture un peu plus classique, on trouve les deux situations suivantes qui oublient juste de mettre l’aveu au centre des préoccupations des personnages

  • Un amoureux qui demande de l’aide à une amie pour écrire une lettre d’amour qui lui sera finalement destinée mais sans le lui dire ..imitation de la célèbre scène de la révélation où Cyrano se trahit en lisant la lettre de Christian alors qu’il fait nuit ..exposant ainsi à Roxane son amour et la supercherie dont elle a été la victime

  • une femme qui quitte son mari pour rejoindre un autre homme (elle l’avoue d’ailleurs assez sèchement au pauvre mari dépité , qui a bien du mal à comprendre ce qui se passe )

Un élève a été bien inspiré et a pensé à l’aveu d’une faute professionnelle : le ministre incompétent redoute la réaction de son supérieur le roi de France<font face="Times New Roman">; Le monde du travail pouvait offrir un large éventail de choix (supercheries , faux en écriture , s’attribuer le travail d’un autre ..)

Le réservoir des situations tragiques pouvait être largement exploité comme par exemple cette copie où Rodrigue est devenu le fils de Caligula qui avoue ( à sa fiancée ) qu’il va devoir combattre son père en duel à mort dans l’arène (version romaine du Cid de Corneille )

Mais l’amour n’était pas nécessairement un ingrédient indispensable pour fabriquer une scène d’aveu théâtrale . Une copie qui sort des sentiers battus a mis en scène une situation où une jeune femme arrête ses études pour s’occuper de son grand-père désormais seul ; elle fait cet aveu à une amie-qui paraît consternée . On pouvait se demander ce qui a motivé le choix de cette situation qui semble tant heurter la meilleure amie et confidente .

Peu importe l’aveu au fond, les procédés de dramatisation et de retardement ont souvent fait la différence entre des copies qui exploitent une idée et des copies qui s’efforcent de tirer parti théâtralement de la même idée

Comment théâtraliser l’aveu ?

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Rappelons ici quelques procédés d’écriture théâtrale

  • l’aparté ou adresse au public qui joue sur la double énonciation

  • les effets de retardement

  • le dialogue de sourd

  • les répliques interrompues

  • l’arrivée d’un personnage qui interrompt l’échange

  • les hésitations, revirements et autres formules préparatoires du type : je ne sais si je puis, je ne saurais vous dire, vous allez me trouver horrible, vous allez sans doute être surpris , il faut que je vous dise

  • L’usage des didascalies était important : on pouvait, par exemple, inventer les gestes d’accompagnement de l’aveu  : asseyez-vous, allons plus loin…la fait asseoir, lui prend la main , détourne le regard, fait les cent pas, on pouvait aussi noter des variations du ton : d’une voix peu assurée, tremblante, en toussotant..

 

 

 

01. mars 2018 · Commentaires fermés sur Le quatrième Mur : idées de plans pour les extraits présentés · Catégories: Première · Tags: ,
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Les 5 passages du roman évoquent tous une étape dans le parcours du personnage de Georges :  la naissance de sa fille  qui lui rappelle son enfance plutôt malheureuse , la mort de sa mère et  l’enterrement de son père; son premier contact avec la guerre ensuite après l’explosion qui interrompt la  seconde répétition des acteurs à Beyrouth ; Sa décision de quitter sa femme et sa fille pour repartir après la lettre de Marwan qui lui annonce la mort de Nakad: état qu’on peut considérer comme une sorte de victoire de la guerre ; sa transformation tragique  en assassin après le meurtre de Joseph Boutros, le frère de Charbel et enfin, l’épilogue du roman: la mort de Georges qui est présentée comme le franchissement du quatrième mur, celui qui sépare les morts des vivants . Pour chacun de ces extraits, il faudra adonner des éléments précis d’introduction, les situer à l’intérieur du récit et ensuite répondre à la question posée à l’aide d’un plan . Voilà quelque exemples , à la fois de questions et de plans sommaires . A l question, quelle est l’importance de ce passage, il faut bien sur répondre à quelle étape il correspond dans la construction du personnage : le lecteur découvre une enfance malheureuse qui explique la violence , Georges découvre la guerre ; Georges rompt avec son passé et abandonne sa famille; Georges tue et devient cette fois un acteur à part entière de la guerre et plus seulement  une victime ; Enfin le romancier offre ici un final théâtral et tragique à son personnage dont le sort est scellé dè les première lignes du roman. Entrons dans le détail des textes …

T 1 : déclencheur – Georges devient père …remontée des souvenirs qui , aux yeux du lecteur, participent à la construction du personnage de Georges , doté d’un passé.

  • père et  fils : des rapports marqués par une incompréhension ( les différences , l’absence de souvenirs , les images antithétiques d’ouverture et de refus de communication 
  •   la Figure de la mère : idéalisée, s’oppose à la froideur du père (tendresse contre silence ) : images à commenter, clichés de la tendresse maternelle et du vide laissé par la mort de la mère 
  • le récit de l’enterrement  du père est une anecdote qui illustre la froideur de la relation père/fils : possibilité d’entrer en contact 
  • la violence présentée comme la conséquence de ce manque de corps à corps , peau à peau = Georges devient un combattant et cherchera à défendre sa peau (isotopie de la peau à développer ) 

T 2: l’explosion = déclencheur   PB: comment le personnage relate-t-il cet épisode tragique ? 

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  • un tableau étrange et horrible : les conséquences de l’explosion ; personnages figés , terreur, pleurs , bruits et prières ; détails saisissants .
  • la réaction de Georges : ce qui se passe autour de lui et en lui 
  • personnification de la guerre : une déesse cruelle , un monstre dévorateur 

T 3 : la cérémémonie des adieux 

Déclencheur : Suite à une série d’incidents (anniversaire Mii Linotte , boule de glace, oublis de Georges ) et après la lecture de la lettre de M qui révèle la mort de Nakad, G fait ses valises et part sans dire au revoir ..comment l’écrivain met-il en scène ce départ ? 

  • une absence de sentiments qui cache un mal-être: rupture avec le passé (photo ) 
  • les préparatifs symboliques: rangement, coup de balai, remise en ordre 
  • les affaires qu’on emporte : le sac, la clé et la terre ; dimension tragique 
  • le triomphe de la guerre  

T 4 : Georges devient un assassin 

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Déclencheur : retour de Georges à Beyrouth après la mort de Nakad 

  • avant le coup de feu : préparatifs et étirement du temps , regards croisés : Georges en statue contemple un martyr : une plaie envie, un animal blessé..
  • le coup porté : détail des actions et sentiments du personnage ; la surprise fait place à la stupéfaction : les paradoxes 
  • les conséquences du geste : la mauvaise conscience de Georges qui se cherche des excuses et présente son geste comme une libération pour la victime ; il devient le Mal, un ogre, le Diable ..il est transformé 

Ccl: victoire de la guerre qui a rattrapé et transformé le personnage 

T 5 

Epilogue du roman : retour au premier chapitre et mort de Georges le héros 

  • une mort symbolique : les dernières paroles et les dernier gestes 
  • une mort mise en scène : forme théâtrale et liens avec Antigone 
  • une mort tragique : différée mais inexorable, attendue mais redoutée