Mai
08
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 08-05-2013

Enfin un peu de temps pour me rendre au cinéma. Ce fut avec plaisir que je découvris cette comédie, en dépit des remarques trop fréquentes au cours du film, proférées par des quinquagénaires peu discrets.

Pas de grande réflexion, pas de portée sociale ou autre, mais un très agréable moment de divertissement, que je rapproche des femmes du 6è étage. Histoire simple de vies simples, où les différents protagonistes se débattent avec leur humanité, leurs aspirations, leurs contradictions. On y trouve quelques questions essentielles malgré tout, voire existentielles, en lien avec l’intégration des émigrés, avec les relations entre des milieux différents, avec la vision utilitariste que nous avons tous des uns et des autres, avec une réflexion entre le devoir et le plaisir.

En somme, un film très agréable qui, plein de bons sentiments, touche à des questions qu’il faudrait pouvoir creuser ailleurs, dans des films plus fouillés, mais ici, c’est simplement une immersion en pleine humanité que l’on vient chercher, pour partager, avec et à travers les personnages, les soucis de nos existences respectives, afin que, les partageant, nous les allégions.

Mai
03
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par zzeghlache le 03-05-2013

Mohamed Dubois, de son vrai nom Arnaud Dubois, est le futur héritier de la banque Berthier, il apprend qu’il n’est pas le fils de l’homme avec lesquel il vit, celui qu’il considère comme son père. Après l’avoir appris, il quitte la maison familliale pour vivre en autonomie et tombe amoureux. Mais les étrangers à la cité sont mal acceptés, il devra surmonter maintes épreuves pour conquérir le coeur de sa bien aimée ! Pour se faire accepter, il se fait passer pour un beur : il devient Mohamed Dubois… 

Pour ma part, en tant qu’amoueux de l’art cinématographique et de Byouna, je me dois d’aller le voir !

http://www.youtube.com/watch?v=GZxQLorEkxI—> lien vidéo

                                                                                                                                                                                                                                                                       #Journaliste du grenier

Mar
16
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 16-03-2013

Les esprits chagrin diront que tout cela est du déjà vu. Oui et non. En outre, c’est, pour moi, précisément car c’est du déjà vu que j’y retourne. J’aime le couple Bacri/Jaoui et leurs films comme d’autres aiment revoir les mêmes équipes de foot refaire année après année les mêmes matchs ou d’autres encore regarder les mêmes émissions de télé réalité et ces variétés qui ne varient pas.Chacun voyant midi à sa porte, ne critiquons pas les plaisirs d’autrui et gageons que si certains savent exposer avec brio pourquoi pousser une balle dans un filet est une pure merveille à regarder ils laisseront le plaisir aux autres de savourer ce qui  semble être aux premiers une éternelle redite mais ne l’est pas du tout.

Alors, oui, le film et ses acteurs sont attendus, ils le savent, ils en jouent, mais on a plaisir à les trouver là où on les attend, exactement comme les enfants ont plaisir à avoir peur quand, à 2 ans, on leur fait “bouh”. On sait un peu ce qui va arriver mais il y a toujours ce côté plaisant de la réplique qui fait mouche et provoque sourire ou hilarité et, pour attendu qu’il soit, le film n’en regorge pas moins d’imprévus.

J’avoue être friand de ces piques que ce couple mythique nous concocte et nous balance à chaque fois, en pleine face, Bacri est comme on l’aime, ou déteste, hypocondriaque, désagréable, odieux même et pourtant touchant. Jaoui, plus contradictoire que jamais, plus fragile et déjantée que le commun des mortels. L’histoire en elle même, truffée de références à de multiples contes est un jeu de piste qui fait de nous de petits Poucets à la recherche de leurs propres émotions, souvenirs, contradictions ou peurs. Surtout, me concernant, entendre Bacri me donne à croire que je suis un parangon d’amabilité et que je suis en très bonne santé, alors qu’écouter Jaoui me permet de me dire que, finalement, je suis très équilibré et que ma vie est d’une parfaite limpidité, ce genre de piqure de rappel est très profitable!

Rien d’extraordinaire au final, un bon opus de ce que le tandem est capable de produire, quelques perles dans les répliques, une belle bande son, un seul regret, tout tourne autour d’une date et c’est le 14 mars, même pas le 15…

 

Mar
11
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 11-03-2013

Ce documentaire, assez bref, 1h30, a le grand mérite de condenser plusieurs années d’enquête sur plusieurs continents. On y apprend beaucoup de choses sur les abeilles, plus encore sur les hommes qui s’en occupent ou qui les détruisent, plus ou moins volontairement. Ainsi, le pire cotoie le meilleur et l’on découvre, aux Etats-Unis, une industrialisation du métier d’apiculteur qui fait froid dans le dos, autant que les remarques affligeantes d’un desdits apiculteurs.

Les informations données sont stupéfiantes de bien des manières, l’état de la recherche en Suisse sur les abeilles est extraordinairement, poussé, avec des analyses du cerveau de l’abeille! L’ Australie, de son côté, profite d’une situation protégée, encore, loin des principaux parasites qui peuvent décimer les ruches, pour travailler sur la génétique des abeilles, dont il existe de très nombreuses espèces.

Je retiendrai surtout qu’en Chine,  faute d’abeilles, c’est la population qui doit polliniser elle même ses pommiers, achetant du pollen en petits sacs de quelques grammes. C’est terrifiant de voir ces paysans devoir grimper dans leurs arbres, et, avec un bâtonnet, tenter de fertiliser toutes leurs fleurs. Le tout, faut-il le préciser, pour un résultat largement inférieur à celui de ces précieux insects. Une certaine forme d’agriculture, une manière de traiter les ruches, de jouer les apprentis-sorciers, tout cela explique largement la situation qui fait que les abeilles sont actuellement véritablement menacées.

A quoi en sommes nous réduits? Pour ceux qui auraient vu le dessin animé Wall E, il me semble que nous ne sommes plus si loin de l’état calamiteux de la planète qui y est décrit, en revanche, l’exil spatial est encore loin d’être possible.

Quand on pense que, comme cela est exposé par des intervenant dans le documentaire, responsables de la situation, tout cela s’explique par le goût de l’argent, il y a de quoi désepérer de l’espèce humaine.

Fév
10
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 10-02-2013

Tout devait me pousser à voir ce film, tout! Le titre cumulant à la fois la référence à une pièce de Molière que j’affectionne tout particulièrement, le Misanthrope (allez savoir pourquoi) et à un mode de déplacement qui m’est cher, le lieu du tournage, notre chère région, le duo d’acteurs. Il semblait impossible que je ne me rendisse pas promptement en un proche temple du 7è art. Cependant, le doute m’assaillait, la bande-annonce me semblait ne pas devoir m’offrir un spectacle qui se trouvât à la hauteur de mes attentes, les critiques, picorées de ci de là me laissaient dubitatif.

Malgré tout, bravant les éléments déchaînés, bon, d’accord, une simple pluie, et les intolérables souffrances qui ne manqueraient pas de gâcher mon plaisir, ma carcasse qui ne tremble pas, pas encore, ne supportant plus les stations assises prolongées, lesquelles stations sont devenues pour moi celles d’un chemin de croix, bref, disais-je, je me rendis hier soir au ciné A et, au milieu d’un public assez nombreux mais fort discipliné, ce que je ne manquai pas d’apprécier, je savourai ce film.

Il fut à la hauteur de mes attentes. Certes, je trouve bien quelques éléments à lui reprocher, cela va de soi, j’eus préféré un recentrage sur le seul duo d’acteurs et non pas ces digressions stériles sur un trio amoureux, j’eus souhaité un développement de la réflexion sur l’amitié, en lien avec mes relectures du moment, l’Ethique à Nicomaque, d’Aristote, j’eus adoré une confrontation plus travaillée des deux interprétations d’Alceste et Philinte. Il serait aussi possible, je le confesse, de se voir lassé par le jeu de Luchini, se caricaturant, mais je l’admire trop pour tomber en ce travers, de la même manière je choisis de passer sur le pastiche, parfois lourd, que représente le personnage de Gauthier, mon reproche irait plus à la bande son, trop proche de celle des femmes du 6è étage, beau film commis par le même réalisateur, avec le même acteur.

Ce film ne fut donc pas une merveille mais assurément un bon moment de divertissement, l’occasion d’entendre quelques vers toujours aimés et, pour ceux qui aiment le théâtre il ne peut qu’être source de grande satisfaction. Je retiendrai, me concernant, la fin du film, avec notre Alceste/Luchini en costume, au milieu de cette humanité, perdu, anachronique, dépassé,  dont il nous redit, scène suivante, face à l’immensité de l’océan, sourire heureux au lèvre, qu’il a conçu pour elle une effroyable haine.

Déc
24
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 24-12-2012

Tiré du roman éponyme (cela signifie qui a le même nom, mais c’est plus classe tout en étant maintenant galvaudé) de François Mauriac, ce film est une petite merveille. Oh, naturellement, pas d’effets spéciaux, pas de grand spectacle, mais le spectacle de la vie, de la vie d’une femmes prisonnière, telle l’Albertine de Proust, de ce carcan des convenances sociales de son temps. Il flotte sur ce film comme il règne sur le livre, le délicieux parfum des landes de pin, de cette odeur si caractéristique de résineux, qui, pour nombre de nos contemporains signifie “vacances à la mer” et qui, pour Thérèse, rime avec l’odeur insupportable de son étouffement.

Thérèse le dit, elle a trop d’idées dans la tête et parfois ses actes n’ont pas de motivation claire. C’est dans cet état d’esprit qu’elle va tenter de mettre fin à la vie de son mari. Le jeu des enjeux, le poids de la famille, le poids des convenances, des préjugés etc, sont-ils responsables de cela? Le dégoût envers son mari, à l’encontre de sa vie ne le seraient-ils pas tout autant? C’est bien car on ne parvient pas à le déterminer que le film est bien conduit, le jeu des possibles reste ouvert et permet à plus de spectateurs de se retrouver dans le personnage. Enfin, avec 4 séances au cours de la semaine, les spectateurs furent assurément peu nombreux, on ne peut que le déplorer.

La fidélité au roman, le jeu des acteurs, les décors, tout y est pour vous faire oublier le temps et replonger dans cette France des années 20, celle des années dites folles, dans l’euphorie de l’après guerre, folie qui, manifestement n’était pas parvenue dans les Landes. Naturellement le sentiment d’oppression est assez évident, mais c’est aussi cela qui fait la force du film et, pour qui aime réfléchir sur les oppressions de tous ordres et leurs poids, pour celles qui voudraient se convaincre que leur existence de ce jour est finalement très libre, voici un film tout indiqué.

Déc
16
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 16-12-2012

 

http://www.musicme.com/Vincent-Courtois/albums/Ernest-Et-Celestine-%28Feat.-Thomas-Fersen%29-%28Bande-Originale-Du-Film-De-Benjamin-Renner,-Vincent-Patar-Et-Stephane-Aubier%29-3299039944721.html

 

Oserais-je vous dire à quel point ce fut un ravissement que de voir ce film? Je rédige cet article en écoutant cet extrait de la bande son mis ci-dessus et vous demande d’y prêter, vous aussi, une oreille attentive. Ce dessin animé à l’aquarelle est un délice pour les yeux. Je ne dédaigne pas, vous le savez, les dessins animés contemporains, mais, de tels dessins, c’est un saut dans un autre monde là aussi. L’histoire surtout est très attachante et particulièrement dans le ton de tout ce qui nous entoure actuellement. L’ours Ernest et la souris Célestine sont mis au ban de leurs sociétés respectives car ils sont amis et que cela ne se fait pas, c’est contraire aux convenances, aux habitudes! Pour ce crime effroyable, s’aimer, contre toute attente et sans aucun mal, ils seront jugés et condamnés. Cependant, eux, jusqu’au bout, altruistes et pleins de bons sentiments, sans céder à la facilité ou à la violence, changeront la face de leurs mondes, autorisés à vivre ensemble.

Présenté de la sorte, cela peut sembler mièvre. Il n’en est rien. A nouveau mes pauvres phrases ne peuvent faire comprendre le flot d’émotions que les images, la musique, le thème et la manière de le traiter firent naître en moi. Oh, nous n’étions que 6, dont un enfant et pour les autres, des cheveux blancs, dont les miens, mais ce film mérite d’être vu et commenté, il ne peut être qu’aimé. Pour les plus jeunes ce sera une excellente éducation à la tolérance, pour les plus vieux l’occasion de pousser un peu la réflexion sur nos jugements à l’emporte pièce, sur nos condamnations péremptoires, sur nos attitudes de statue du Commandeur. N’oublions jamais que nous fûmes des enfants et que si les enfants sont parfois bien cruels, ils savent aussi être les premiers à faire preuve d’empathie.

Déc
09
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 09-12-2012

L’enthousiasme n’est pas le mot qui me vient en tête en premier lieu au sortir de ce film, basé sur la véritable histoire de Christian VII de Danemark, à la fin du XVIII. La salle des 400 coups, pourtant pleine, fut, ce soir, durant plus de 2heures, au coeur d’intrigues de cour, de relations adultères, de projets progressistes des Lumières, de relations amicales devenant des relations de domination etc.

Ce sont là des thèmes intéressants, me dira-t-on, ce à quoi je répondrai que oui, que je les affectionne même, mais, il manquait ici quelque chose,  un je ne sais quoi d’indéfinissable, un souffle, dirais-je. Certes, le jeu des acteurs était convenable, mais aussi convenu, l’ambiance et la manière de filmer me semblèrent ternes, mais cela pouvait aussi être voulu car cadrant bien avec l’esprit qui se dégageait de l’ensemble. Il me reste les costumes et les paysages, mais la musique n’était pas de la partie.

Je m’avoue donc déçu, c’est assez rare, convenez-en, je suis d’ordinaire bon public. Un avis positif viendrait-il contrebalancer ma vision des choses ou bien  me laissera-t-on, encore, seul face à mes interrogations, lesquelles ont, c’est criant, le mérite de voir cet article ne pas dépasser l’écran, unité de mesure devenue l’étalon de ce Torchon.

Déc
05
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 05-12-2012

En cette période où l’on parle encore, parfois, du mariage pour tous, sortait ce film, qui tient plus du documentaire en fait, qui présente la vie de personnes homosexuelles, des deux sexes, nées dans l’après-guerre. La salle des 400 coups était bien remplie le soir où je vis ce film de près de 2 heures, film qui brise bien des images. Le thème est fort délicat, on en convient, les choses sont dites avec des mot simples et explicites sans que pour autant il n’y ait jamais de vulgarité. Face à ces existences qui eurent à affronter un regard et une violence que l’on rencontre, fort heureusement, de moins en moins à l’égard des personnes homosexuelles, c’est, avant tout, le sentiment de leur souffrance qui vient à l’esprit. Souffrance de se savoir différentes, d’en éprouver une forte culpabilité, de ne pouvoir surmonter cela qu’avec peine.

Dans le même temps, il y a dans ces témoignages un élan d’espérance, un élan de vie, des vies qui débutent parfois lorsque d’autres s’achèvent, à la quarantaine, à la cinquantaine, à 70 ans,  comme pour retrouver ce temps perdu dont on sait pourtant fort bien qu’il ne pourra jamais revenir. Chacune de ces vies est très particulière en revanche, toutes montrent une constante, le sentiment amoureux, je dis bien le sentiment. Cet élan du coeur qui fait se porter vers autrui. Toutes ces histoires, racontées par des personnes âgées, me faisaient penser à ces mots que disent parfois les adolescents. Ce fut l’occasion de constater que le sentiment amoureux, s’il est universellement partagé est aussi un élément qui transcende les âges de la vie.

Oct
17
Classé dans (Le jeudi, c'est cinéma !) par la Vieille Garde le 17-10-2012

C’est une semaine d’exception qui s’achève pour moi, 3 films, je ne sais même pas si j’en vois tant lors de la fête du cinéma. Il faut cependant reconnaître qu’il y avait ces derniers jours quelques éléments à ne pas rater, celui de ce soir ne fait pas exception. Une salle, 11 spectateurs, 10 femmes. Y aurait-il du sexisme dissimulé dans ce que je suis allé voir? Un film qui, inspiré, assez librement, d’une histoire vraie, évoque la vie d’une cuisinière de président de la République française, en lequel on devine François Mitterrand.

J’ai beaucoup de choses à dire encore à propos de ce film et, après m’être retenu pour les 2 premiers de cette semaine, je ne puis tenir et vais, à ma triste habitude, vous livrer, en vrac, l’expression de mes émotions, au sortir de la salle, comme on déguste un soufflé au sortir du four.

Étant habitué à trouver des liens, là où parfois même il n’en peut exister ailleurs que dans mon esprit ou ma mémoire, en voyant ce film, je me suis souvenu.

Je me suis souvenu du fait que dans le proche village d’Ingrandes, au début du siècle précédent, se retira une femme, qui, afin de subvenir à ses besoins, se louait dans les fermes et les maisons bourgeoises pour exercer ses talents de cuisinière, elle avait auparavant connu les fastes de Paris en étant cuisinière de Gustave Eiffel. Ayant retrouvé, quelques heures plus tôt, une odeur agréable, qui éclairait de souvenirs heureux cette triste journée, je me suis souvenu d’autres d’odeurs que j’aime, afin de clore cette semaine  au cours de laquelle mes séances de cinéma furent autant de promenades sensorielles. Ce fut ainsi que défilèrent successivement en ma mémoire cette singulière odeur que tous les automnes de mon enfance faisaient revenir à mes narines, que je n’ai plus sentie que fort rarement depuis, toujours les larmes aux yeux, l’odeur des feuilles des marronniers, d’une longue allée qui en comptait 42, et que l’on brûlait alors. Je me suis souvenu d’autres films, salé-sucré, Julie-Julia, le festin de Babette, tous en rapport avec la cuisine, révélant à quel point c’est un art, une communion, un acte d’amour, capables de transformer, jusqu’à l’intime, les êtres. Je me suis souvenu de livres, de discussions sur des recettes, sur des auteurs et des hommes comme Brillat-Savarin ou Lucullus mais aussi ce cher Proust, je me suis souvenu de la passion de Louis XIV pour les petits-pois, je me suis souvenu de Marie de Médicis et de ses pâtés de langues d’oiseaux. Je me suis revu dans des cuisines et leurs fourneaux en fonte, leurs cuisinières à bois, leurs gazinières, avec des femmes que je ne cesse d’aimer en dépit de leur absence. Je me suis souvenu de tartes aux prunes, de pains d’épice, de confitures de tous fruits, de châtaignes chaudes que mes cousins et moi confectionnions et dégustions enfants. Je me suis souvenu, je me suis souvenu, je me suis souvenu…

Tant de choses se trouvaient donc enfouies en moi, j’étais donc si bien parvenu à oublier ce que j’ai toujours aimé et quelques images, de plats variés, quelques tirades d’un film clamant, par la bouche d’un Jean d’Ormesson que je trouvai moins brillant qu’à l’ordinaire, les vertus de la cuisine de nos grand-mères, suffirent à faire remonter, affleurer en ma mémoire, telles les bulles d’un bouillon généreux qui mijote au coin du feu, tous ces souvenirs.

Que ce film, servi par la délicieuse Catherine Frot, de laquelle je demeure définitivement amoureux, sa démarche, sa voix, son maintien sont une composition des plus savoureuse, que ce film, disais-je mérite d’être vu. Il n’est pas extraordinaire, il ne sera pas encensé par les thuriféraires de la critique, il est parfois convenu, il use parfois de ficelles presque grossières, de celles qui servent à lier les viandes, mais il fut pour moi une délicieuse madeleine, telle celle si chère à Proust et sur laquelle, depuis ce matin, à la demande de madame de la Vieille Rédaction, les zélèves se trouvent mieux informés.

Ce film fut un repas à lui tout seul, repas simple et sans surprise, comme ces rôtis ou gâteaux du dimanche, qui reviennent inlassablement sur la table, dont on croît parfois se lasser, car on en croit deviner le goût et la saveur à l’avance et qui sont au contraire ces points fixes et ces invariants dont nos vies agitées et futiles on si souvent besoin, car ils sont l’expression du Temps qui passe sans passer, de ce temps passé par une mère  aimante qui sait prendre le temps de faire plaisir plus que de nourrir. Ce film est un repas, ce film sera le plat que vous souhaiterez, il sera salé ou sucré, vous l’accommoderez à votre goût, vous en reprendrez ou pas, mais il vous laissera la sensation d’un moment savoureux, quoi qu’il arrive.